Jeudi, 14 heures, station Luxembourg, jour de manif. Le soleil brille. Dans la foule, on voit de nombreux lycéens accompagnés d’adultes : professeurs mais aussi quelques parents, si l’on en croit des syndicalistes qui crient dans leur mégaphone. L’école est donc encore une fois en crise. Je suis bien placé pour le savoir. Enseignant moi-même, en Seine-Saint-Denis, je n’entends parler que de ça dans la salle des profs de mon lycée. Il ne faut pas longtemps avant que je sois repéré par des élèves et des collègues. « Tiens, mets ça, tu seras plus dans le ton ! »
Je me retrouve en deux secondes affublé d’une pancarte qu’on m’accroche en bandoulière et sur laquelle est inscrite « Président Bling-Bling = école en TOC ». Pour compléter mon accoutrement, on me tend une pancarte dans le même registre. Et c’est ainsi que j’avance dans la manif.
Alain, un adolescent, affirme : « Ce que fait le gouvernement avec l’école, c’est n’importe quoi ! » Il est dans un lycée de la région parisienne, il ne comprend pas « pourquoi on demande des sacrifices supplémentaires à des élèves ou des profs de banlieue qui sont déjà en grande difficulté. Moi, dans mon lycée, c’est déjà assez dur comme ça ». Le cortège progresse Boulevard Raspail lorsque je repère la plaque de Carcado Sausseval, une école privée. Le hasard a voulu que la manifestation passe devant cet établissement où se trouvent quelques élèves. Ils regardent passer des jeunes brandir des pancartes qui appellent à la révolte.
Je me dirige vers quatre jeunes filles dont deux sont assises à même le sol. Mariana, Stéphanie, Edwige, Laetitia sont toutes quatre élèves de ce lycée privé en classe d’adaptation (photo du haut). Elles viennent de terminale BEP, mais sont entrées en 1ère d’adaptation STSS (ancienne 1ère SMS). Certaines ont appris l’existence de la manifestation « une heure avant, par sms ». Elles n’y participent pas, elles attendent au soleil, la cigarette à la main que leur heure de perm se finisse avant de réintégrer les cours. Elles disent ne pas être « au courant des motifs de la manifestation car dans l’école, on ne parle pas de ça ». Et même si on en parlait, ici, « on ne pourrait rien faire, ajoute Edwige. Mais d’après ce que disent les pancartes, on est d’accord avec ceux qui manifestent ».
La suppression de la filière BEP et surtout la suppression possible (les textes ne sont pas clairs là-dessus) de la classe d’adaptation permettant de passer des classes professionnelles au classes générales leur semble une aberration. « Pour ceux qui n’ont pas la capacité d’aller en général, c’est clair que ça donne l’impression d’une voie de garage. » Stéphanie et Laetitia qui viennent du 92, Edwige de Versailles, sont donc, en quelque sorte, trois élèves à qui j’aurais pu faire cours. Mais elles sont en même temps l’exemple de la distance qui est en train de s’instaurer avec les classes que je rencontre dans les lycées du 93, au détriment de ces dernières.
« Ici, on est déjà 34 élèves par classes parce qu’il n’y a pas assez de classe d’adaptation STSS : on n’a pas le choix, c’est pour ça qu’on est là, même si l’année coûte autour de 1000 euros l’année », expliquent-elles. Toutefois, nuancent-elles, l’ambiance est bonne et le niveau aussi. Ainsi, Edwige m’apprend au détour de la conversation que dans l’ancien BEP privé ou elle était élève, elle avait 13 de moyenne générale. Je garde le silence et me mets à rêver : 13 de moyenne générale ! Cela existe donc dans certaines classes de BEP. Là où j’enseigne, elle tourne autour de 9. « Malheureusement, ajoute-elle, pour être pris dans mon ancien établissement, il fallait 14 de moyenne. » Edwige a donc dû chercher un autre lycée privé qui l’accepterait.
Laetitia tourne la tête et regarde la fin du cortège. « Moi, j’aurais préféré être dans le public, dit-elle. Mais ce n’était pas possible parce que j’ai, moi aussi, fais mon BEP dans le privé et lorsque j’ai voulu retourner dans le public, il n’y avait pas de place pour moi. » Lorsqu’elle entend cela, Mariana a comme un cri du cœur : « Je trouve ça horrible de payer pour un BEP. Pourquoi, alors qu’il y a des BEP publics super bon ? Dans le mien, au Luxembourg dans le 13e arrondissement, tout le monde l’a eu l’année de l’examen. »
Je quitte les quatre jeunes filles au pas de course pour rejoindre le cortège en me disant que finalement, elles aussi, ont très bien compris pourquoi certains lycéens faisaient grève.
Axel Ardes
« Qui sème la misère récolte la colère ! »
Chou Sin
Souscrire aux commentaires par RSS.
Les commentaires et pings sont fermés.


J’annonce que dans quelques temps, je ne parie pas sur la durée mais sur la finalité, que Monsieur Chou sera hautement connu dans la sphère de l’image ;
je relance à hauteur de 3500…
V
LEMILITANTSANSFRONTIERES dit :
« » Action honorable que celle des lycéens qui tirent la sonnette d’alarme.
Ecoutons-les !
Aidons-les !
Comprenons-les !
Partout c’est pareil : on ne pense qu’à supprimer des postes budgétaires dans le secteur de l’ Education nationale , et fi pour le reste.
Que les classes soient surchargées ou les enseignants surexploités, là n’est point le problème de ceux qui ne font que compter les sous à économiser au détriment du niveau des élèves et de la santé mentale des enseignants.
Sachons répondre aux inquiétudes des lycéens ! « »
Tous les travailleurs de l’ Education doivent aussi s’y mettre puisque c’est aussi leur sort que les jeunes défendent.
BRAVO !!!
LE VESCERIEN
je cite:
« Je quitte les quatre jeunes filles au pas de course »
fallait t’accroher . le futur presentateur du 20h sur TF1 ça plait aux filles
(n’oublie pas , tu es d’une minorité visible aussi , l’ami !!! )
à Calais ,dans un lycée public
Un jeune homme de 16 ans poignarde un lycéen de 18 ans .
Récit : »en l’apercevant le lycéen qui avait un différend avec lui est allé dans sa direction et a sorti un couteau à lame dépliable et l’a poignardé .Il dit que lui meme a été surpris de son geste;il a plutot voulu menacer;il a tendu le bras et puis le couteau est entré dans la chair » C’est avec le plus grand sérieux que le journal raconte ainsi le drame : il a tendu le bras et le couteau est entré dans la chair !
des le départ on sent une volonté de minimiser la portée du geste criminel . le couteau aurait touché le coeur comme par effet de diablerie ! contre la volonté du porteur de couteau !!
Le principall du Lycée ne craint pas de témoigner ainsi : »c’est un gamin qui ne bougeait jamais,qui était gentil; C’était totalement imprévisible . » Il y a de la mansuétude ,de l’indulgence dans l’air. Mais pourquoi ,
Il parait que tout le monde serait surpris si on connaissait l’identité de l’agresseur.Les journalistes ne font pas tous les jours dans » la langue de pute » .!!
wéééé Chou
MJ jminkiète pa parce ke yora toujour d mek comm ça
:
http://www.youtube.com/watch?v=1wfamPW3Eaw&eurl=http://play-list.blog.20minutes.fr/
allé salu koi