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« Uribe n’a pas intérêt à une libération d’Ingrid Betancourt »

Vendredi 18 avril 2008 | Posté par Antoine Menusier |

Colombien réfugié en France, Adair Lamprea sort « Parce qu’ils l’ont trahie »*, un livre sur l’otage. Il y a six ans, il avait été enlevé par les Farc avec l’ex-candidate à l’élection présidentielle. Il est l’un des meilleurs connaisseurs de la situation colombienne. INTERVIEW ET PORTRAIT

La libération d’Ingrid Betancourt, qui semblait possible, n’a pas eu lieu. Une fois encore. Pourquoi ? Il y a deux mois et demi, et c’était une première de leur part depuis dix ans, les Farc ont accompli un geste politique en libérant sans condition six otages, dont Clara Rojas et Consuelo Perdomo. Et quelle a été la réponse du gouvernement colombien ? Il a tué l’interlocuteur des Farc, Raul Reyes. Après cette élimination, je ne vois pas comment les otages pourraient être libérés rapidement.

Sait-on exactement où se trouve Ingrid Betancourt ?

Non. Une jungle impénétrable recouvre les trois-quarts de la Colombie.

La région, au moins ?

Sans doute dans une zone située aux confins de la Colombie, du Venezuela et du Brésil.

Pour quelle superficie ?

Trois ou quatre fois le territoire de la Suisse.

Que veulent les Farc ?

Les Farc demandent un échange de prisonniers : 500 guérilleros en prison contre la libération de tous les otages politiques et militaires, soit 42 personnes, dont trois Américains. Les Farc veulent également la libération de deux des leurs extradés aux Etats-Unis, Simon Trinidad et Sonia. Elles exigent au préalable la démilitarisation d’une zone de 800 km2 environ, dite de Florida et Pradera, où l’échange pourra s’opérer dans des conditions de plus grande sécurité pour elles. Les exigences des Farc n’ont pas varié depuis six ans.

Que veut le gouvernement ?

Le gouvernement ne veut pas entendre parler de la démilitarisation de la zone de Florida et Pradera. Il exige une libération unilatérale des otages. Il ne connaît qu’un seul langage, celui de la force. En 2003, une intervention armée pour libérer des otages retenus par les Farc s’était conclue par la mort de deux d’entre eux, un ex-gouverneur et un ex-ministre de la défense, ainsi que par celle de huit soldats. Pour moi, cela veut dire que l’Etat colombien joue avec la vie des otages.

Quelle est la stratégie à long terme du président Uribe ?

Il a été élu comme le président de la guerre contre les Farc, alors que son prédécesseur, Andrés Pastrana, avait été élu pour faire la paix. Dans cette optique, Pastrana avait donné aux Farc un territoire de 42 000 km2, grand comme la Suisse. La seule chose qui s’est faite dans ce territoire fut un échange de prisonniers. Les Farc avaient remis 256 otages politiques et militaires contre 14 guérilléros. Mais la paix n’est pas venue. Au contraire, les Farc ont commencé à faire du trafic de drogue, introduit une sorte d’impôt sur les voitures volées à Bogota entrant dans leur territoire pour y être vendues. C’était pour elles une façon de montrer leur souveraineté politique. Dans le même temps, elles ont poursuivi leurs attentats contre des biens et des personnes. Le peuple colombien, lui, en a eu marre de ces agissements, il a porté Alvaro Uribe au pouvoir, dont le slogan était « la sécurité démocratique ». Je pense que le président colombien n’a pas intérêt à une libération d’Ingrid Betancourt. Elle est la première personne dans l’histoire de la Colombie qui a dénoncé la corruption en nommant les corrupteurs et les corrompus. Des considérations politiques plaident selon moi pour le maintien d’Ingrid Betancourt dans la jungle ou sa mort dans la jungle.

Quelle solution préconisez-vous pour sortir la Colombie du conflit ?

Je pense que les Farc, en libérant six otages unilatéralement, ont changé de position par rapport à l’intransigeance qu’elles affichaient en toutes circonstances dans le passé. Il y a peut-être une solution politique possible, notamment en raison d’une conjoncture internationale plutôt favorable. La communauté étrangère parle abondamment des Farc. Ça signifie que cette armée de guérilléros a gagné en importance. Mais il ne faut pas aller trop vite en besogne. La mort de Raul Reyes marque sans doute la volonté du pouvoir de montrer à l’opinion publique colombienne qu’il est capable de résultats militaires face à la guérilla.

Que devrait faire le gouvernement maintenant que six otages ont été libérés ?

Une partie de la résolution du problème réside peut-être en Europe, comme l’a préconisé le président vénézuélien Hugo Chavez. L’Union européenne devrait envisager de sortir les Farc de la liste des groupes terroristes afin de les classer comme groupe belligérant. Ou alors, l’UE pourrait dire que la Colombie vit un conflit armé, ou une guerre civile. Le choix des termes a son importance. Je ne dis pas que les Farc ne sont pas des terroristes, leur manière de tuer montre que ce sont des terroristes. Et si leur apparence a pu changer ces derniers temps, l’idéologie révolutionnaire marxiste qui les anime n’a pas varié d’un iota. Cela dit on peut réfléchir à leur dénomination politique.

Qu’est-ce que cela changerait pour le gouvernement colombien si les Farc étaient reconnues comme belligérants ?

A ce moment-là, le président Uribe serait tenu de conclure l’accord humanitaire d’échange de prisonniers. C’est le sens de l’appel d’Hugo Chavez à l’Europe après la libération, notamment, de Clara Rojas et Consuelo Perdomo. Or Alvaro Uribe ne veut pas de ce changement de classification des Farc. D’où sa venue précipitée en France, en Suisse et en Espagne pour y réaffirmer le caractère terroriste de la guérilla.

Quels sont les effectifs des Farc aujourd’hui ?

Avant l’élection d’Uribe, leur nombre réel était de 30 000 guérilléros environ. Il se situe aujourd’hui probablement autour de 17 000. Le gouvernement, lui, avance un chiffre de 10 000.

Quel est le rôle des Etats-Unis dans ce conflit ?

Ils estiment que pour libérer leurs trois ressortissants aux mains de Farc, la force est la meilleure solution. Mais on notera qu’avant la mort de Raul Reyes, les Farc avaient pris l’initiative de s’adresser directement aux Etats-Unis. Elles songeaient à échanger les trois Américains contre Simon Trinidad et Sonia.

Quel but poursuit Hugo Chavez ?

Après l’enlèvement d’Ingrid Betancourt, il y a six ans, le mari d’Ingrid, Juan Carlos Lecompte, et moi nous étions dit qu’Hugo Chavez pourrait être celui qui réussirait à faire libérer tous les otages. Lecompte en avait parlé avec lui. Mais le président vénézuélien, aux prises avec des problèmes internes, n’avait pas donné suite. Jusqu’à la fin de l’année dernière, où il est intervenu en faveur de leur libération. Et en trois mois, il est parvenu à en faire libérer six. Il est selon moi la seule personne crédible dans cette affaire. Il a la confiance des Farc, qui n’ont aucune confiance dans le gouvernement. Chavez a peut-être en tête des soucis de reconnaissance politique internationale et cette affaire lui ouvre des opportunités.

Propos recueillis par Antoine Menusier

*Adair Lamprea, « Parce qu’ils l’ont trahie », Hachette Littératures, en vente le 23 avril.


Enlevé par les Farc et les paramilitaires

Il marche avec des béquilles. Déchirure musculaire. « Je me suis fait ça dans les escaliers, accident du travail », dit-il avec un accent sud-américain. Adair Lamprea, 37 ans, est livreur à Paris. Un boulot alimentaire en attendant un job correspondant à sa qualité d’ « ingénieur de l’environnement et sanitaire ». Diplôme qu’il a étoffé de deux années d’études à son arrivée en France, en 2004. En Colombie, il était spécialisé dans le traitement des eaux usées. Une fibre écologiste qui l’amène à rencontrer Ingrid Betancourt. Il devient son responsable « logistique » lors de la campagne présidentielle de 2002.

Le jour de l’enlèvement, il lui sert de chauffeur. Ils sont cinq dans la voiture, dont Clara Rojas, un photographe et un cameraman. Les Farc les embarquent tous. Les deux femmes sont emmenées séparément dans deux voitures, les trois hommes dans un seul véhicule, dans une autre direction, vers le sud. Ils seront libérés le lendemain, pour témoigner de l’enlèvement des deux femmes.

Libre, Adair Lamprea n’est pas au bout de ses peines. Quelques mois plus tard, il est capturé à Puerto Boyaca en compagnie de son frère, par les paramilitaires, cette fois. Ils veulent en savoir plus sur son compte. A trois reprises, un pistolet pointé sur sa tempe, il suppliera ses geôliers de le laisser en vie. Le lendemain de cet enlèvement, lui et son frère parviennent à s’échapper. « Les paramilitaires sont de pires terroristes que les Farc, dit-il. Il y a quelques mois, dans le nord du pays, ils ont tué des homosexuels et des voleurs, non pas pris sur le fait, mais exécutés froidement. »

Début 2004, le Département administratif de la sécurité somme Adair Lamprea de lui livrer deux « noms », les soi-disant auteurs du kidnapping d’Ingrid Betancourt. Ce ne sont pas ces noms-là, l’ex-collaborateur de la candidate est formel. Mais les autorités veulent des coupables. Elles diffusent la fausse information. Adair Lamprea rétablit la vérité peu après dans un journal. Il est alors menacé de mort. Aidé par la France qui lui délivre un visa, il fuit la Colombie. Il n’est jamais retourné depuis dans son pays.

A. M.

« Parce qu’ils l’ont trahie »

C’est le titre du livre d’Adair Lamprea, qui renferme de nombreuses révélations. Ingrid Betancourt est la personne trahie. Les « traîtres », c’est son état-major de campagne qui, avant l’enlèvement, a lâché la candidate pour rallier le camp du président Uribe. C’est le gouvernement colombien, ensuite, qui n’a jamais accepté cette femme qui « a donné sa vie pour la Colombie » et n’a rien fait pour la libérer. Enfin, ce sont les Farc, qu’Ingrid Betancourt avait rencontrées lors de sa campagne. Il y avait là, en face d’elle, Raul Reyes. Lui et ses hommes avaient si bien saisi le discours de la candidate (« no mas secuestros ») qu’ils l’avaient kidnappée dix jours plus tard.

Antoine Menusier

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Réactions des internautes

  1. jeanlouis1963 dit :

    Je connais la colombie grace a mon épouse et je vois beaucoup de monde donner leurs avis et critiquer le président Uribe , mais un grand nombre de ces personnes ne vivent meme plus en colombie .Ont ils oubliés les gens qui ont faim ont il oubliés les milliers de personnes déportés de leurs regions par les farc , ont ils oubliés les femme et les enfant tué par les farc .Moi j’ai vue la colombie progréssé depuis l’arrivée de Uribe . tout n’est pas parfait mais arrétons de trop critiquer les voisins .

  2. mr_torapamavoa dit :

    Bravo au bondyblog pour cette prise de prosition je vous invite à lire cet article :
    « Qu’on ne me parle plus de Uribe, ni de Betancourt »
    http://torapamavoa.blogspot.com/2008/03/quon-ne-me-parle-plus-de-uribe-ni-de.html
    Qui vous promenera dans les coulisses du mass media
    A plus !

  3. jaguar dit :

    Faut pas laisser tomber cette femme comme tous ceux et celles qui sont otages des FARC.
    Maintenant, c’est beaucoup plus une affaire colombo-colombienne.
    Cette hyper médiatisation commence sérieusement à me saouler.

  4. romuald dit :

    Trahie, trahie..
    Tout le monde avait prévenu Bétancourt des risques qu’elle prenait – et qu’elle faisait prendre à son équipe dont ce journaliste Adair Lamprea - en allant à la rencontre des Farc.
    Les militaires qui l’escortaient ont même rebroussé chemin arrivés à une certaine zone.

    Mais non, Bétancourt, animée par son entêtement, décidée à tout entreprendre pour gagner les élections présidentielles colombiennes, ne peut s’en prendre qu’à elle-même.
    Donc toute cette campagne pro-Bétancourt qui agite la France, le point d’orgue ayant été vers Noël, campagne destinée à faire tirer les larmes dans les chaumières, est assez navrante.
    Surtout quand Sarkozy décide d’en faire sa mission principale..

    Bétancourt est avant tout colombienne. C’est donc un problème colombien.
    Les Farc de leur côté, à cause de toute cette agitation médiatique surfaite, ont encore plus de raisons de ne pas libérer Bétancourt.

    Bref, rejeter sur Uribe la responsabilité de la non-libération de la Colombienne, c’est pour les gauchistes une façon aisée de ne pas critiquer les Farc, d’obédience marxiste.

    • soalala dit :

      « Elle a donné sa vie pour la Colombie  » dit le témoin. Et la France ,quelle est sa place dans toute cette histoire . Ingrid est devenue française par mariage ,mariage de tres courte durée .L’ex mari a trouvé depuis un joli role médiatique à  jouer.
      Dans d’autres prisons du monde bien des français sont oubliés et négligés par nos consuls et nos ambassades. à la merci de gardiens aussi cruels que les gens du FARC

    • willy dit :

      Bjr,
      Je ne supporte plus les image Ingrid a la TV. elle l’assume ses conneries. on n’en parle plus d’elle SVP.

  5. mowglii dit :

    interview passionnante. car hallucinante. 

    Des bandits politisés detiennent je crois 3000 otages entre leur mains et font un chantage depuis des années. 
    le peuple bolivien fatigué des enlevements, des morts, et des manieres douces qui ont toutes echoué depuis des années,  a voté pour qu’un homme fasse comme il a promis, c’est à dire qu’il débarrasse la bolivie de ce fleau,  qu’il reduise cette milice marxiste de 30 000 hommes armés qui terrorisent le pays. 

     que la volonté du peuple soit faite.  

    • bondynoise dit :

      Bonjour Mowglii,

      Matthieu Ricard a donné une interview sur le Tibet à Télérama. Vos pouvez la lire sur Télérama.fr.