Alors que je suis à la recherche de nouvelles personnes pouvant témoigner dans mon documentaire sur Pablo Escobar, tout mon parcours vient de basculer. Je me trouve à la Virginia, petite bourgade de Pereira, sur l’Eje Cafetero, dans le département de Risaraldo et il y a peine deux heures, alors que j’étais chez un coiffeur, la nouvelle est tombée. Au moment de commencer à me couper les cheveux, il s’est arrêté net et a augmenté le son de la télé. Puis il a fini par s’asseoir sur un tabouret comme s’il avait besoin de reprendre son souffle. Finalement il ne m’a pas coiffé ! Il a instinctivement fait le signe de croix et a dit « amen » en entendant la libération d’Ingrid…
Puis s’est exclamé : « Berraca Ingrid » (balèze Ingrid). Il avait la chair de poule, tout comme moi, pendant que le journaliste de la RCN commentait des images de la libération d’Ingrid Bétancourt. Aussitôt j’ai pris mon portable pour joindre Juan Carlos Lecompte, mari d’Ingrid et lui dire un mot d’amitié mais il ne répondait pas. Quelques secondes après, j’ai entendu sa voix sur une radio. J’ai senti sa voix tremblante et ses larmes de joie. Il partait pour Tolemaida, base militaire colombienne pour aller rejoindre son épouse.
Grâce à une infiltration de l’armée colombienne, sans aucun affrontement, 15 personnes viennent d’être libérées, parmi elles, Ingrid Bétancourt et trois autres otages américains. Dans la rue, il n’y a pas de scène de liesse malgré la libération. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre et on sent une joie pudique, presque prudente. Je regarde les gens dans la rue, ils sont arrêtés, ils se lancent des regards et s’échangent quelques sourires. Ils se prennent les bras mais ne s’embrassent pas et ne montrent aucune joie particulière. C’est bizarre mais je comprends.
Je vais prendre l’avion pour Bogota pour me rapprocher de ce moment qui va marquer le monde entier. Je vous en dirai plus dès que je serai sur place… dans quelques heures.
Manuel Ardiles
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J’avais dit que je vous ferais un jour chevalier sur ma réserve présidentielle. C’était pendant que nous battions campagne pour obtenir la libération d’Ingrid.
Salutations,
Dilgo