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Amiante et dépôt de bilan : le combat de 14 sans-papiers

Dimanche 3 août 2008 | Posté par Thomas Romain |

Aux Pavillons-sous-Bois (93), des salariés africains, trahis par leur employeur, tentent le tout pour le tout pour faire valoir leurs droits. VIDEO EN +

Quatorze salariés sans-papiers de la société SANIR et PLMT occupent le site de leur entreprise depuis deux semaines, à Pavillons-sous-Bois (93), à la limite de Bondy-Nord. Un lieu de travail devenu symbolique : le patron a déposé le bilan mi-juillet. Cet homme apparemment peu scrupuleux emploie des salariés clandestins depuis des décennies.

Sako, le vétéran, travaille dans cette entreprise de démolition de matériaux depuis plus de 17 ans. Un des plus anciens l’a quittée il y a quelques temps, après 30 ans de service. Moussa, le porte-parole de 14 sans-papiers, affirme que certains de ses amis, munis de permis de séjour de 10 ans, avaient postulé dans cette boîte. Le patron n’a jamais fait appel à cette main-d’œuvre légale, préférant employer uniquement des sans papiers, de façon à leur « mettre la pression » plus facilement. Il allait même jusqu’à confisquer leur contrat de travail, afin que qu’ils ne puissent s’en prévaloir pour tenter d’obtenir leur régularisation, ajoute Moussa.

Des conditions de travail qui évoquent « Les Temps modernes » de Chaplin. Les salariés devaient travailler plus de 10 heures par jour pour ramasser les déchets d’amiante, sans protection adéquate. Ils avaient ordre de mélanger les déchets d’amiantes aux gravats, de sorte à être recyclés ni vus ni connus, dans le seul but d’augmenter les profits au détriment de la santé non seulement de l’ensemble des salariés, mais aussi des populations environnantes.

Ces salariés sans papiers s’étaient mis en grève le 17 juin dernier pour améliorer leurs conditions de travail. Après d’âpres négociations, le patron accompagné de son avocat, avait signé un protocole d’accord de fin de grève portant sur les points suivants : paiement des heures sup, des primes, des congés payés, des primes liées à la manipulation d’amiante, augmentation des salaires, transformation des CDD en CDI, la réembauche de quatre salariés licenciés pour cause d’absence de titre de séjour. Et puis, l’engagement du patron à obtenir la régularisation de ses salariés sans papiers auprès des autorités compétentes (préfecture, Direction départementale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle).

Promesses non suivies d’effets. Le patron a déposé le bilan à peine 10 jours après la signature du protocole d’accord signé avec la CGT. Conséquence : les « 14 » de Pavillons-sous-Bois sont pour ainsi dire livrés à eux-mêmes. Bien évidemment, juste après avoir signé le protocole et peu avant de leur annoncer le dépôt de bilan, le patron leur a fait détruire un stock de plusieurs tonnes d’amiante qui étaient sur le site ! Les salariés ont saisi le procureur de la République afin qu’il ouvre une enquête.

Thomas Romain

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Thomas Romain

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Réactions des internautes

  1. tombombadilom dit :

    Je pense aussi, à la lecture de cet article au film de Bertrand Tavernier « Histoires de vies brisées »
    Pourquoi ? et bien parce que un des protagonistes du film, sans papier, n’avait donc, comme papier d’identité qu’une assignation à résidence qui l’autorisait à travailler (déclaré, impôt et tout… mais aucun droit derrière)
    Et avec une assignation à résidence a présenter à son employeur, le mec n’avait trouvé comme boulo que des chantiers de désamiantage… payés au SMIC…

    Je pense aussi à Primo Lévi, qui, docteur en chimie à l’époque où l’Italie commençait à restreindre l’accès à l’emploi des juif, n’avait trouvé comme boulot que d’être chimiste dans une mine d’amiante. Il raconte dans un de ses livres que la poussière d’amiante recouvrait tout dans son atelier, qu’il y avait des fibres en suspension partout. S’il ne c’était pas suicidé, il serait mort d’un cancer des poumons.

    L’amiante, matériau de travail des parias…

  2. tombombadilom dit :

    Je travaille dans le monde merveilleux et enchanté de la gestion et du traitement des déchets industriels.
    Et franchement, de voir la gueule de ce centre de tri, je ne sais pas ce que fout la DRIRE (Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement, sorte de « police des usines ») mais une boite pareille doit être fermée au plus vite. Certains sites ont eu des mises en demeure pour moins que cela.
    Un four d’incinération d’ordure clandestin… je ne savais pas, naïf que je suis que cela pouvait exister. Il est très difficile de nos jours d’ouvrir un four d’incinération (aux normes ) dans une commune en raison de l’hostilité des riverains (et je ne porte pas de jugement là dessus, là n’est pas mon propos) alors, qu’il puisse exister des fours clandestins, je n’en reviens pas.
    En plus, il faut voir la gueule du four, juste une fosse ouverte à tout vent… aucun traitement de fumée, aucune protection des travailleurs…

    Néanmoins, quelques remarques au sujet de l’amiante :

     L’amiante ne se détruit pas (hélas) cela ne se brûle pas, cela ne pourri pas. Donc, l’amiante se stocke dans des décharges adaptées. Il n’y a à ma connaissance pas d’autre issue pour l’amiante que le stockage

     Il existe plusieurs type de déchet d’amiante différent et dont la dangerosité n’est pas du tout la même :
     Il existe l’amiante dite « libre » qui elle est très dangereuse, il s’agit d’amiante issue du déflocage de bâtiment ou d’installation, ce sont des fibres d’amiante qui sont libres et donc nécessitent des précautions particulièrement importantes de manipulation, de stockage, de protection des travailleurs bien sur, de transport, et ces déchets sont très suivis administrativement. L’amiante libre est stockée dans des alvéoles réservées dans des décharges de classe 1 (pour déchet dangereux)
     Dans le film, nous voyons des plaques d’amiante ciment, ce qui a servi pendant longtemps de couverture pour des bâtiments. Ces plaques ne sont pas dangereuses en soit. Elles sont stockées dans des décharges dites de classe 3 réservées aux gravats. Cette amiante là n’est pas dangereuse… sauf si on la découpe ou la broie mécaniquement, car là, il peut y avoir libération de fibres. Et il suffit que de quelques fibres pour développer 20 ans après un cancer des poumons. Les travailleurs de cette usine ont donc pris des risques là où il ne devait pas y en avoir.

    Pour être « du métier », je sais qu’il y a beaucoup d’argent à se faire dans la gestion des déchets, (pour les patrons…) et même en respectant toutes les normes, toutes les lois, toutes les taxes, les entreprises de ce secteur d’activité se portent bien, donc, si on triche et qu’en plus on dépose le bilan, faut vraiment être un gros nul.