Islamophobie : Etat d’urgence ?

C'EST CHAUD Mercredi 2 novembre 2011

Par aladine_zaiane

Gare de l’Est, en semaine, 18h00, le rush du soir. Imen, une jeune française de 22 ans, attend son train. Sur le quai, les autres usagers s’occupent comme ils peuvent, l’un au téléphone, l’autre en feuilletant son 20 minutes. Au milieu de tout ça, un individu banal. Seul son regard plein de mépris le signale dans la foule. Le nez se plisse, les yeux fixent leur proie : « Dégage saloperie! » La fronde est lancée au passage d’Imen. La jeune femme demande des explications, elle en sera quitte pour une deuxième attaque verbale, avant que l’homme ne s’en aille. Imen craque. C’est la goutte de trop. Depuis qu’elle porte le voile, c’est comme si elle vivait une nouvelle vie à travers le regard des autres.

Elle repense à ses examens oraux, en Master de droit. Un sans faute aux questions, les sourires et les hochements d’approbation des professeurs, mais des notes en dessous de la moyenne au final. Et cette femme à la bibliothèque publique du Centre Pompidou qui l’interpella devant tout le monde : « Vous là !  Vous méritez une amende pour ce que vous portez sur la tête ! ».

Durant son stage, un collègue a fait un scandale à cause de sa présence dans le cabinet d’avocat. Pourtant, Imen a tout fait pour rester discrète. Son voile réduit à la portion congrue et sa place attitrée à l’arrière du cabinet, à l’abri des regards, au fond à côté du chauffage, comme un cancre. Un mois de labeur fut à peine écoulé qu’un coup de fil du cabinet  lui signifia: « Ça ne sert à rien de revenir demain, on ne peut plus vous accueillir. Donc ne revenez pas ». Une telle rupture de contrat, c’est comme si votre petite copine vous larguait par mail.

Les malheurs d’Imen, j’y ai droit tous les soirs, elle partage ma vie. Son ordinaire mérite-t-il un article ?  Est-ce vraiment grave, au final, ce qui lui arrive ?

« Il y a eu en 2010, 188 actes islamophobes déclarés. Mais beaucoup ne nous remontent pas car dans l’atmosphère médiatique et politique actuelle, où l’on montre les musulmans comme des terroristes, ils ont du mal à se voir et à être vus comme victimes », affirme Lila Charef, responsable juridique au Conseil Contre l’Islamophobie en France (CCIF). Cet  organe juridique a été mis en place en 2003, pour recevoir les plaintes liées à des agressions ou discriminations envers la communauté musulmane française.

Le CCIF organisait, ce dimanche 30 Octobre, une conférence intitulée « Islamophobie : Etat d’urgence ». «On veut alerter tout le monde car ce qui se passe depuis quelques années est grave », déclare en ouverture de la conférence un modérateur. Sur un tracte, quelques chiffres : « 26 % de hausse des actes visant les individus en 2010 » et « 75 % des victimes sont des femmes ».

Les membres du CCIF sont tous bénévoles et ont, malgré leurs emplois et leur vie de famille, réalisé un travail de collecte de données considérable. Le CCIF n’est pas relayé par le monde politique français et les médias ne le connaissent pour ainsi dire pas. Alors qu’au niveau européen et supranational, il dispose d’une certaine reconnaissance : « Nous travaillons avec l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) et nous sommes devenus depuis cette année membre consultatif de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Malgré ce palier que nous avons franchi et notre travail depuis 2003, les politiques en France font preuve d’autisme » explique Marwane, membre du CCIF.

Dans la salle de l’espace Chevreul de Nanterre, où se tient cette conférence, il y a foule. Toutes les places sont quasi occupées. Des femmes voilées et non voilées, des hommes barbus, d’autres moins, d’autres pas du tout, certains en tenue traditionnelle et d’autres « à la mode ».

Les hommes et femmes ici présents se sentent tous préoccupés par l’islamophobie. Certains sont chefs d’entreprises, étudiants, cadres, signe que ces discriminations minent la communauté musulmane dans son ensemble, pas seulement les classes les plus populaires.

Au milieu de ces citoyens français, on remarque l’absence des politiques, hormis quelques têtes locales d’Europe Ecologie-Les Verts et d’Europalestine. « Il faut que l’on fasse notre autocritique. Pour que les politiques nous prennent au sérieux nous devons nous déplacer aux urnes.  Il faut, deuxièmement, ne plus jamais accepter que nos femmes et nos sœurs se fassent discriminer et pour ça, saisir le CCIF tout de suite » termine Marwane.

http://www.dailymotion.com/video/xm21gk

Aladine Zaiane

Les réactions des internautes

  1. Mercredi 2 novembre 2011 10:04 shamman

    Cet attentat envers Charlie Hebdo ne va pas faire de publicité à l'islamisme. Quand on se demande à qui profite le crime on peut imaginer toute sorte de coupables .....
  2. Mercredi 2 novembre 2011 09:47 vie emmer (comme toujours )

    IL y a encore et toujours des" hommes de foi " pour dire aux femmes de cacher leurs " tête ou cheveux " c'est selon l'expression Je ne suis pas la seule à avoir côtoyé des générations de chrétiennes avec un foulard noué sous le menton en permanence Et pour aller à la messe c'était ; chapeau pour "tout" ce qui était féminin de la petite fille à l'aïeule ( puis plus tard mantille pour le adultes et petit "chaperon" pour les fillettes ) (J'ai été élevée à la campagne ) en France ; dans un milieu catholique composé de ; Francais, Polonais, Russes,Belges ,Hollandais ... Ce foulard était " accroché " en permanence sur la tête des femmes mères de famille Et quand , cela n'est plus devenu "un dicktat " les plus âgées ont eu beaucoup de mal à "l'oter"( elles prétendaient qu'elles "avait froid à la tête") IL y a peu , un texte sur ce blog parlait des perruques " obligatoires "pour les femmes israélites ( c'était aux USA) Ces "hommes "qui exigent cela n'est- ce pas aussi pour marquer leur emprise ; de l'ORGUEIL C'est un peu, ( en poussant la pensée à l'outrance ) comme dans la chanson de J. Brel ; la dame qui tricotait des vêtements ;"caca d'oie " et se rengorgeait en les voyant TOUS le dimanche à l'église avec cette couleur " sur le dos " Pour moi c'est cela surtout qui est en cause ; "les dicktats " religieux Pour les musulmanes ; comment cela se passe pour ces personnes je ne me rend pas compte mais des "malotrus" il y en a partout à tous les niveaux point besoin pour cela de foulard islamique
  3. Mercredi 2 novembre 2011 09:02 blanche colombe

    bonjour, il faut peut être prendre au pied de la lettre la réflexion insultante de ce voyageur sur le quai de la gare que veut dire un voile sur la tête d'une jeune femme ? qu'elle affiche sa foi musulmane et qu'elle se réserve aux hommes qui partagent sa foi . or dans la société ouverte qu'est la société française où la pratique de l'exogamie est un socle institutionnel accepté par tous ,les seules jeunes femmes qui montraient ouvertement qu'elles ne voulaient pas se marier ,étaient des religieuses catholiques et portaient donc un voile qui leur cachaient leur cheveu ces femmes devenaient intouchables or une jeune musulmane voilée n'est pas intouchable mais elle ne se réserve qu'aux musulmans ce qui n'est pas le cas pour les jeunes hommes musulmans qui eux peuvent se marier avec des non musulmanes il faut comprendre que cela serait intenable si les 2 populations étaient 50/50 des conflits internes à la société se produiraient ,on le voit aujourd'hui chez les égyptiens avec les coptes certains vont dire que je suis " à coté de la plaque "mais je suis convaincue que le port du voile chez une jeune fille est bien souvent une provocation à l'égard des non musulmans et pour certains jeunes hommes non musulmans ,une manière de leur dire : "vous n'existez pas pour moi " ce qui conduit à des insultes chez ceux qui ne savent pas se maitriser