« La sociologie des étudiants en journalisme évolue peu »

C'EST CHAUD lundi 17 septembre 2012

Par Nordine Nabili @nordinenabili

Quel est le point de départ de votre réflexion ?

Cette formation s’enracine dans la réflexion de longue haleine sur les métiers de la presse et la diversification des recrutements dans les rédactions, question dont les responsables depuis des années se préoccupent. Les écoles tentent d’y répondre, mais la sociologie des étudiants évolue peu, et les classes populaires passent souvent à côté de ces formations. Or la demande des étudiants de la zone de recrutement de l’université de Cergy-Pontoise pour les métiers du journalisme est forte, mais elle se heurte souvent à une méconnaissance des réalités de ces métiers et à des difficultés pour accéder à des stages avant de passer les concours des écoles de journalisme. L’université remplit sa mission en répondant aux demandes des responsables de rédaction et aux ambitions des étudiants : elle a commencé par créer en 2011, pour des étudiants de sciences sociales, un parcours de préparations aux concours des écoles de journalisme, complété par un stage de découverte dans les rédactions pour qu’ils affinent leurs choix professionnels, différencient bien ce qui relève des métiers de la communication de ceux du journalisme, voire qu’ils identifient leurs faiblesse et y remédient, par exemple en partant à l’étranger par le dispositif Erasmus pour améliorer leur pratique d’une langue étrangère avant de revenir.

D’autres initiatives ont vu le jour ces dernières années pour diversifier les profils…

C’est un dispositif qui enrichit les initiatives prises par les écoles privées de journalisme, comme « la Chance aux concours » des anciens du CFJ ou la prépa de l’ESJ-Bondy Blog, et qui offre un avantage aux étudiants : ils préparent leur dernière année de licence en même temps que les concours, ce qui leur évite de financer une année d’études supplémentaires. Cette première initiative est complétée cette année par la création d’un master en journalisme dont la première année ouvre maintenant.

Pourquoi le choix de la ville de Gennevilliers ?

L’université a choisi de l’installer à Gennevilliers, ce qui en fait la première formation de journalisme installée en banlieue, tout en étant facilement accessible depuis le RER, le tramway ou le métro. Nous suivons en cela le chemin ouvert par les entreprises de presse qui s’installent dans le nord ouest francilien, comme notre voisin Prisma-Presse logé dans un immeuble à moins d’un kilomètre de notre bâtiment, ou les publications du groupe Lagardère dans la commune voisine de Levallois-Perret. Cette localisation permettra à nos étudiants de réaliser des reportages dans des territoires délaissés par les écoles de journalisme, et devenus des territoires dont se préoccupent les médias qui étoffent leurs bureaux comme l’AFP ou France télévisions. On ne pourra pas opposer à ces étudiants de ne pas oser traverser le périphérique.

Comment avez-vous recruté vos étudiants ?

Comme il s’agit d’un master, cela implique un recrutement d’étudiants diplômés d’une licence ou d’un diplôme équivalent. Dans un premier temps, les étudiants ont passé deux épreuves écrites pour mesurer leur connaissance de l’actualité et leur intérêt pour le monde des médias et son évolution récente. Ces épreuves permettaient d’appréhender leur culture générale et leurs capacités d’expression écrite. Dans un deuxième temps, une trentaine d’étudiants sont passés devant une commission composée de journalistes et d’universitaires pour aborder leurs motivations à devenir journaliste et leur personnalité. Douze étudiants ont été finalement retenus pour constituer une première année de master.

Quel est le profil des étudiants de cette première promotion ?

Les études antérieures sont variées, avec pour partie des étudiants issus des filières académiques classiques, et pour partie de formations peu représentées dans les écoles de journalisme, et pourtant fort intéressantes pour la profession, comme des diplômés de licence pro métiers du web, complétant des DUT obtenus dans des départements d’IUT « systèmes réseaux et communication ». Ce recrutement permet de voir arriver dans la formation des étudiants dotés de bac avec mention, qui sont entrés dans des IUT sélectifs, souvent en pensant arrêter leur formation au bout de deux ans, et qui chemin faisant prennent goût à des études longues et revoient à la hausse leurs ambitions professionnelles initiales. Les étudiants avec ce profil sont souvent aussi issus de familles dans  lesquelles ils sont les premiers à entrer dans l’enseignement supérieur. Ce choix de recrutement permet une diversification sociale.  Dans leur totalité, ces étudiants sont issus de l’agglomération parisienne, et 60% d’entre eux sont boursiers. Cela répond aux préoccupations de la profession soucieuse de se diversifier et de notre conseil d’administration sensible à l’ouverture de nouvelles formations accessibles à des étudiants de notre zone de recrutement.

La formation qu’ils vont suivre est-elle différente de celle dispensée dans les écoles établies ?

La formation dispensée aux étudiants  respecte le référentiel de formation établie par la profession, en insistant sur un point capital pour assurer une insertion professionnelle à nos étudiants, la formation au numérique. C’est ainsi qu’un tiers de l’emploi du temps est consacré aux matières académiques, en s’appuyant sur les enseignants-chercheurs de l’université, un tiers à des ateliers de journalisme et un tiers à l’apprentissage de différentes facettes du web. Nous bénéficions pour cela des ressources de l’université de Cergy-Pontoise, notamment des laboratoires numériques et de ses enseignants chercheurs très en pointe sur les nouveaux usages.

Quelle est l’ambition de ce master alors qu’il existe déjà une douzaine d’écoles reconnues par la profession ?

Dans un contexte de transformation profonde des médias et des réorganisations des rédactions, la modestie s’impose à une nouvelle formation. Avec un petit effectif, nous bénéficions d’atouts certains : des étudiants décidés à exercer cette profession, en sachant qu’ils peuvent lui apporter beaucoup, car ils sont porteurs d’expériences originales, ils sont originaires de lieux où peu de journalistes ont vécu. Ils ont passé à travers les mailles d’un dispositif de formations qui conduit le plus souvent à l’élimination des élèves issus des milieux les plus modestes  et la reproduction sociale des élites. C’est aussi pour eux une vraie expérience positive qui les distingue, ils ont appris à survivre dans un système éducatif plutôt cruel.

Quel regard portez-vous sur la formation des journalistes et l’avenir de la profession ?

La profession réfléchit beaucoup sur elle-même et porte des diagnostics sans complaisance sur ses forces et ses faiblesses, je n’ai pas à y ajouter un point de vue original, sinon sur un point : aux compétences traditionnelles du journaliste s’ajoute le nouvel univers du web qui déstabilise les entreprises de média depuis plus d’une décennie. Or arrive maintenant dans l’enseignement supérieur ces générations des jeunes qui ont toujours vécu avec le web, ils l’utilisent au quotidien.  Ils le connaissent bien, et inventent de nouveaux usages : ils ont leur place dans les rédactions en mariant leur appétence pour le web avec la rigueur du journalisme.

Nordine Nabili

Les réactions des internautes

  1. samedi 29 septembre 2012 22:01 JS

    La meilleure formation des journalistes c'est : - passage par la vie active en dehors d'un journal pour connaitre la "vraie" vie. - voyager (et pas qu'à l'étranger, hein les parisiens.. ) - rencontrer des gens de milieu sociaux, culturels, etc les plus divers possible (hein la presse gauchiste plein d'a priori sur les "riches" et les "patrons"..) Et pas rencontrer juste les gens qu'on a envie de rencontrer... - la "formation" journalistique est ensuite assez accessoire.
  2. jeudi 20 septembre 2012 13:57 zelectron

    quid de l'orientation politique de ces étudiants ? gauche, centre, droite, verts ? au début de leur cursus et à la fin (évolution?) réponse avec toute la rigueur journalistique (sic)
  3. mercredi 19 septembre 2012 13:16 MJ

    Je me demande à quoi sert encore de former des jeunes journalistes alors que la profession est saturée. Pour venir grossir les rangs des chômeurs ? Ou les utiliser en CDD pendant des années pour les jeter ensuite ? Il n'y a pas d'avenir en PQR ou PQN. A la rigueur, une petite fenêtre d'espoir est ouverte en presse spécialisée mais les places sont chères. J'en sais quelque chose.
  4. mercredi 19 septembre 2012 01:49 CHICHIPANPAN

    Agatha : vous résumez l'opinion de beaucoup de nos compatriotes ayant voté (si la réalité du vote existe encore dans ce pays..si...si;;mais avec des "si" "on mettrait Paris en bouteille") Fromage sur un coup de tête...mais bon!! blanc-bonnet-bonnet-blanc, vous connaissez?? je pense (tout en respectant votre vision et la partageant), que malheureusement, ce pays est "f...u" et que bientôt, il sera totalement en coupe réglée aux mains de lobbies homosexuels-pro-euthanasie-bancarisés-mafieux-multi-culs-turalistesetc;;etc.j'en passe..... Si vous êtes jeune, mieux vaut envisager l'expatriation dans des zones disons " moins sensibles" et où l'Uncle Sam n'a pas prise et n'a pas répandu son "virus" (cf Soros le grand Humaniste et son sparring partner Bébéar le clown-blanc)
  5. mercredi 19 septembre 2012 01:38 CHICHIPANPAN

    Un oubli dans votre article, et de taille cependant : première condition requise pour être recruté dans une école de journalisme: avoir sa carte du PS (ou affilié), ou être affilié à un syndicat (de gauche de préférence)
  6. mardi 18 septembre 2012 14:46 XAV

    L'article se termine avec un magnifique oxymore : "avec la rigueur du journalisme". A quelques exceptions près, cf l'émission C dans l'air...
  7. mardi 18 septembre 2012 10:58 Gomez Aguilar

    Leur sociologie je ne sais pas, mais leur orientation idéologique....... Ça non, elle évolue pas..... Bah, au fur et à mesure que la profession intégrera des CPF, elle reviendra du moins à une vision plus bienveillante de la religion. Pas la bonne, évidemment, mais enfin... :-)
  8. mardi 18 septembre 2012 10:31 louis

    Nous sommes sans cesse confrontés à de la désinformation. IL faut donner aux journalistes une vraie formation approfondie. Un diplôme de Sciences Po. n’est pas suffisant. Quand on entend par exemple le journal des télés décrire la Palestine, l’Estonie ou la Hongrie on comprend qu’ils ont à peine fréquenté les bonnes écoles. Il faut créer un «Permis de Journalisme» qui attestera une réelle connaissance du monde et non pas une capacité à faire des scoop.
  9. mardi 18 septembre 2012 01:13 Sad but true

    AGATHA, vous vous êtes brossé les dents ? oui ? ... béh allez vous coucher!
  10. lundi 17 septembre 2012 14:51 blanche colombe

    le journalisme ! peut on donner le même nom à celui qui met à la une les "avantages " de la duchesse de Cambridge et à celui qui va au centre du conflit armé syrien pour informer ? inventons de nouveaux mots et clarifions la profession le premier pourrait être un pipoliste qui écrit dans un pipole il faut donner des cartes de presse sélectives ,autrement tout le monde est dans le même sac
    • lundi 17 septembre 2012 15:14 Bondynoise

      La duchesse de Cambridge a été photographiée par un paparazzi qui a vendu les photos à un magazine. Ce n'est pas un journaliste. Un grand nombre de journalistes sont des pigistes. Dans les petites villes où à la campagne, ils relatent les nouvelles locales.
      • lundi 17 septembre 2012 16:09 blanche colombe

        en effet mais ce n'est pas le photographe qui a mis ses "oeuvres " à la une je suppose que celui qui a décidé de le faire à une carte de "journaliste" et celui là n'est pas un pigiste
        • lundi 17 septembre 2012 16:18 Bondynoise

          Tant qu'il y aura des lecteurs, ces journaux ne disparaîtront pas.
  11. lundi 17 septembre 2012 14:23 Ben melon chou.

    pourquoi "l' huma dans.." ne prend pas les coms?
  12. lundi 17 septembre 2012 14:21 Ben melon chou.

    ess
  13. lundi 17 septembre 2012 06:50 commandant minos

    Bientôt, seule la profession de journaliste offrira des avantages fiscaux, tant la collusion entre journalistes et politiques est forte. Jamais les politiques n'oseront toucher au cadeau fiscal désuet fait aux journalistes.