Sandrine, 40 ans et de retour à l’école

C'EST CHAUD vendredi 23 novembre 2012

Par Tom Lanneau @TomLanneau93

Sandrine a achevé de suivre un parcours scolaire « typique » à l’âge de 15ans grâce à une dérogation de ses parents. Pourquoi ? Afin d’entrer en alternance dans un salon de coiffure. Lorsque je lui en parle encore aujourd’hui, elle ne regrette pas ce choix qui n’était pas fait par défaut : « L’école ne me plaisait pas du tout, contrairement au monde de la coiffure ».

Le problème est qu’à 40 ans, elle fût déclarée, par la médecine du travail, inapte à la pratique de la coiffure à cause de ses problèmes de dos. Dès lors reconnue comme travailleuse handicapée, elle dû se recycler professionnellement. C’est ici que commencent les galères de cette Bondynoise.

La 1ère étape de ce changement fut d’établir un bilan de compétence à Villemomble, pour connaitre son niveau d’étude vu qu’elle n’avait pas touché à un cahier depuis qu’elle avait quitté l’école. Elle avait alors, à 40 ans, le niveau scolaire d’un élève de 5ème. On lui a alors proposé plusieurs métiers : ou bien elle n’avait malheureusement pas le niveau requis ou bien une incapacité de pratiquer cet emploi à cause de son handicap. Vu que le centre des compétences a décelé chez elle un bon niveau de français, elle s’orienta alors vers le secrétariat.

Afin de se remettre à niveau en mathématiques et en français, elle a pris des cours par correspondance pendant 1 an. Ce système propose 6 heures d’exercices par jour, de niveau CM2 jusqu’à la 3ème, que l’on rend chaque semaine à un centre d’examen de Stains qui corrige, note les copies et donne des exercices supplémentaires. Grâce à un travail sérieux, en 1an, Sandrine a réussi à acquérir 5 ans de savoir dans ces 2 disciplines phares.

Après ce stage de remise à niveau, elle fit une formation dans le XIIème arrondissement de Paris, à l’AFPA où elle réussit à obtenir un CAP de secrétariat en 2 mois. « Ce fut très dur pour moi de me rassoir sur une chaise d’école après 25 ans. Mais bon, je n’avais pas le choix, j’étais au pied du mur et quand on veut, on peut ! » Ce genre d’apprentissage se fait principalement par voie informatique alors que Sandrine n’avait jamais été en contact avec un ordinateur. D’où la double difficulté : revenir à l’école mais aussi savoir s’adapter rapidement à un nouveau support de travail.

Pour poursuivre son apprentissage dans le domaine du secrétariat, elle a dû suivre une formation d’un an et demi à Jean-Pierre Timbaut, à Montreuil, au « Centre Social et Professionnel pour personnes handicapées ». Ces 18 mois furent intenses : 2 stages en entreprise pour mettre en pratique ses savoir-faire en comptabilité et en gestion commerciale (cette formation était rémunérée à 1600 euros le mois grâce au Conseil Régional d’Île de France). Ici aussi elle a pu remarquer l’importance de l’outil informatique pour le travail. Cette formation fut conclue par la remise d’un CAP d’agent administratif.

Après lui avoir demandé quel type de public fréquentait les classes du centre social, j’ai appris qu’il accueillait la majeure partie du temps les étudiants dépressifs, drogués, déclarés inaptes à la pratique d’un travail physique et certains avaient des problèmes psychomoteurs. Beaucoup de personnes de cette classe durent quitter les cours après avoir craqué, n’ayant pas fait le travail de remise à niveau demandé au préalable.

Cependant, lorsque ma tante me décrit l’ambiance qui régnait dans le centre social, je n’y décèle pas un quelconque regret d’avoir fréquenté les bancs de cette classe : « L’ambiance était chaleureuse, pleine de solidarité… C’est une bonne école de la vie quoi ».

Après avoir obtenu tous les diplômes nécessaires à sa réinsertion professionnelle, Sandrine a trouvé un travail dans les bureaux de la CGT après un entretien d’embauche, des tests et 2 Contrats à Durée Déterminée de 6 mois chacun. Cependant lorsque l’on reparle de la coiffure, elle évoque un certain regret de ne plus pouvoir pratiquer sa passion, et le fait que son travail actuel est difficile car elle « entend toutes les misères des gens à longueur de journée en plus de [mes] soucis personnelles ». Cependant sa nouvelle ambiance de travail lui plaît et elle éprouve une certaine fierté d’avoir réussi à surmonter, après trois ans, la dure épreuve de la reconversion professionnelle.

Tom Lanneau

Les réactions des internautes

  1. mardi 27 novembre 2012 18:27 Daniel

    Sandrine a dit quelque chose qui a beaucoup attiré mon attention: "Quand on veut, on peut...". J'aime cet article car c'est un moyen d'encourager beaucoup de personnes qui sont dans le domaine et qui ne savent pas quoi faire!!!. C'est une manière de leur ouvrir la voie pour continuer leur marche vers le merveilleux destin qui les attend. "Tant qu'on a pas essayé, on ne peut jamais dire qu'on ne peut pas..."
  2. mardi 27 novembre 2012 16:06 Celine BIOT

    Se donner tout ce mal pour finir secrétaire à la CGT ... elle ne doit pas être tres futée l'ex-coiffeuse !
  3. mardi 27 novembre 2012 16:05 Celine BIOT

    Se donner tout ce mal pour finir secrétaire dans un bureau à la CGT .... elle devait p
  4. lundi 26 novembre 2012 23:50 Ktoul

    Quel délicat commentaire Bontoux! La prochaine fois donne nous ton regard aiguise sur un thème de société comme celui-ci au lieu de faire le prof de bas étage... On t'a reconnu!
  5. lundi 26 novembre 2012 12:08 BONTOUX

    Quelques très vilaines fautes d'orthographe grammaticales dans cet article. Allez, Tom, courage, retourne un peu à l'école, toi aussi.
  6. lundi 26 novembre 2012 02:45 @@@@@

    Il n'y a pas d'âge pour retourner sur les bancs de l'école. :-) http://www.gentside.com/insolite/suede-a-105-ans-elle-est-admise-a-l-039-ecole-maternelle_art46565.html
  7. vendredi 23 novembre 2012 16:10 blanche colombe

    bon courage à cette dame et bravo pour son parcours ! mais je veux faire un commentaire sur le travail aujourd'hui ! il est inadmissible qu'à 40 ans ,cette personne soit déclarée inapte à la pratique de son travail si elle a eu des problèmes de dos (scoliose par exemple)pendant l'enfance ,il n'est pas normal qu'on l'ait laissé se diriger vers ce métier ;il faudrait que la médecine scolaire soit consultée sur un projet dans le but d'orienter au mieux les ados si elle a eu des problèmes de dos dans sa pratique journalière ,il est évident que le métier de coiffeuse debout est trop dur et qu'il aurait fallu trouver une pratique qui lui ménage son dos je sais qu'on va rigoler de ce que j'écris mais la plupart des métiers deviennent durs sur le plan physique ,je veux parler des caissières dans les super marchés qui non seulement ont des gestes répétitifs et qui soulèvent des poids à longueur de journée la médecine du travail ne contraint pas assez les employeurs et on a trop tendance à épuiser les travailleurs on a maintenant des gens qui travaillent de trop et d'autres qui n'ont pas de travail ,c'est absurde si on veut que les gens prennent leur retraite plus tard ,il faut adapter les postes de travail ou alors c'est qu'on souhaite "in fine "qu'ils crèvent plus vite ,épuisés ..
    • vendredi 23 novembre 2012 19:12 hop HOPE

      BLANCHE COLOMBE On a maintenant des personnes qui travaillent de trops et d'autres qui n'ont pas de travail Entièrement d'accord avec vous Ceci est mon sentiment depuis une vingtaine d'années et... conforté par ce qu'un homme jeune ayant eu un grave problême cardiaque récent a énoncé pendant une réunion de groupe sur le lieu de traitement ......en réeducation cardio c'est presque une punition d'avoir un travail .. et de vouloir le garder .. en quelque sorte