Grande-Bretagne : frais de scolarité en crise

BONDYMONDE, C'EST CHAUD lundi 3 décembre 2012

Par Remi Hattinguais @hattinguais

Pour trouver la manifestation étudiante, suivez les hélicoptères. Ce mercredi, le gouvernement britannique n’a voulu prendre aucun risque de débordement. Sous une pluie londonienne battante l’impressionnant dispositif policier encadre un cortège bariolé d’étudiants et d’universitaires protestant contre  la hausse des frais de scolarité.

En automne 2010, le nouveau gouvernement de coalition entre Conservateurs (Tories) et Libéraux-démocrates dirigé par David Cameron augmente le plafond des frais de scolarité payables par les étudiants britanniques qui passaient ainsi de 3 000 à 9 000 Livres l’année. Les étudiants s’organise rapidement en un mouvement politique dont l’ampleur surprend plus d’un observateur. Devant la détermination du gouvernement, certaines manifestations tournent à l’affrontement entre une minorité et les forces de l’ordre.

La seule violence visible ce mercredi est celle de l’imagination féconde des étudiants qui s’expriment à travers les pancartes et autres chants. Cibles privilégiées : les leaders des deux partis au pouvoir, le tory David Cameron et le libéral Nick Clegg (qui avait par ailleurs promis lors de la campagne de ne pas participer à un gouvernement qui toucherait aux frais de scolarité).

Look désinvolte mais soigné, l’étudiant manifestant suit plus souvent des cours de sociologie, art, histoire que de sciences ou économie. Ron Boardman de Bedford note sur le site de la BBC : « Mon fils n’est pas à la manifestation et ne sait certainement pas qu’il y en a une et pourquoi ? Parce qu’il étudie sa physique et ne prend que rarement des jours de repos, même le weekend.  Je ne peux m’empêcher de me demander ce qu’étudient ses étudiants ».

Pour Oli de Coventry, une des centaines de milliers d’étudiants qui ne participent pas à cette marche « il ne faut pas oublier que toute chose a un prix. Certes, £ 27 000 de dette c’est important, mais si vous gagnez £21 000 par an à la sortie de l’université vous pourrez le rembourser, alors pourquoi tout ce tintouin ? »

En deux ans, les candidatures ont chuté, écartant 42,000 étudiants de l’université. Ces chiffres sont encore plus importants pour les lycéens des quartiers défavorisés de Hackney North et Stoke Newington (-18%) ainsi qu’à Bethnal Green, Bow ou Croydon South (-17%). L’East End de Londres est particulièrement touché.

La perspective de contracter une dette aussi importante éloigne les étudiants les plus défavorisés ne venant pas de lycées réputés leur permettant d’intégrer les universités d’élites. Alors que la BBC souligne que les candidatures aux formations d’élites d’Oxford et Cambridge ont progressé de 2% en un an, il convient de souligner l’impact que ces mesures ont eu sur les universités accueillant une majorité d’étudiants issus de classes populaires. La London Met University qui en fait partie, a vu ses départements d’histoire et de philosophie fermer alors que ses subventions gouvernementales étaient réduits de 70%.

Mais alors que le nombre d’étudiants diminuent, les universités se livrent une bataille acharnée pour sécuriser leurs effectifs qui est dorénavant leur principale source de financement. Richard Mellor est en charge des relations avec les médias pour l’University of Leeds. Ayant participé à la manifestation, il explique au Guardian son inquiétude devant les changements de stratégie de communication des universités. Ayant rencontré un syndicaliste étudiant chilien lors des manifestations de 2012 il explique que les universités du pays augmentaient sans vergogne les frais de scolarité dont une partie conséquente servait à…la publicité de l’établissement pour attirer encore plus d’étudiants.

L’exemple des Etats-Unis est à ce titre enrichissant. Pionniers du financement des études par les étudiants, les Etats-Unis font face à une explosion de la dette étudiante que certains estiment être une bombe à retardement comparable aux subprimes immobiliers. En 2008, un nouveau diplômé américain était en moyenne endetté à hauteur de 23 000 dollars. Avec la crise économique et le marasme du marché du travail, le taux de défaut de paiement des étudiants est passé de 5 à 10% entre 2008 et 2011.

Avec 1 000 milliards de dette étudiante, le sujet était assez préoccupant pour que Obama en fasse un des thèmes de son Etat de l’Union en janvier dernier. Il a promis de diminuer les subventions publiques aux universités augmentant leurs frais de scolarité trop rapidement.  Mais le Président ne peut s’attaquer à ce système sans froisser le lobby bancaire. Avec  100 milliards de dollars en prêts étudiants pour en 2011 et 1 000 milliards de créances en attente, une manne de 30 milliards de dollars d’intérêts bancaires annuels est en jeu.

Rémi Hattinguais

Les réactions des internautes

  1. samedi 8 décembre 2012 09:59 nefertiti

    et le rédacteur de cet article au demeurant fort intéressant et bien argumenté n'a certainement pas beaucoup fréquenté ses cours de Français par le passé. C'est truffé de fautes d'accord notamment, ce qui est un comble pour un article sur les études universitaires.
  2. lundi 3 décembre 2012 10:43 hop HOPE

    Quelle folie de devoir debourser de telles sommes quand les parents sont probablement chômeurs , adieu l'échelle sociale par les études L'intelligence n'a pas prédominence, seul l'argent est au pouvoir et donc ceux qui en possèdent La dernière phrase du texte ;avec 100 milliards de dollars en prêts étudiants ........ rappelle que ce sont les banques qui sont les seules entreprises qui tirent leur épingle du jeu grâce de la crise mondiale
  3. lundi 3 décembre 2012 01:21 Monsegu

    Oui, dans le même temps, les universités de Grande-Bretagne mènent des campagnes de recrutement dans des pays émergents, et elle propose de recevoir nombre d'étudiants moyennant des frais de scolarité assez hallucinants. On privilégie les riches ou les plus capables au profit d'une certaine vue de la rentabilité et du développement économique. En tout état de cause, pour l'Angleterre, grâce au prestige de l'anglais comme langue internationale, ils ne manquent pas de candidats étrangers. Pour les Anglais pauvres, c'est autre chose...
    • lundi 3 décembre 2012 22:01 Cath

      Etudiants étrangers qui ne sont pas toujours à la hauteur mais qui en renflouant les caisses permettent de maintenir certaines universités de seconde classe debout.
      • mardi 4 décembre 2012 21:20 Tetuanui

        C'est la même chose dans l'ensemble du monde anglo saxon . En Nouvelle Zélande et en Australie on donne parfois des doctorats à des étudiants appartenant à de riches familles chinoises ou coreennes qui possèdent à peine l'anglais mais qui peuvent payer des frais exorbitants que les gens du pays ne peuvent pas se permettre . Derrière le classement flatteur des institutions universitaires de ces pays il y a cette réalité : ce sont des entreprises qui doivent d'abord rentrer dans leurs frais ,, faire des bénéfices qui leur permettent d'acquérir les meilleurs chercheurs ou les enseignants vedettes qui attirent les étudiants fortunés ....Pour les autres il y a la nécessité de s'endetter ...Ce qui n'est pas forcement un problème pour les départements de management(ou même de médecine ) mais plus problèmatique pour les études de lettres ou de philosophie