Les Espagnols sur le pied de guerre

BONDYMONDE, C'EST CHAUD vendredi 28 décembre 2012

Par Beatriz Alonso

María Alonso

C’est une tradition de prendre de nouvelles résolutions pour le nouvel an qui commence : arrêter de fumer, perdre du poids, aller à la gym… Depuis le début de l’année 2012, aujourd’hui sur le point de s’achever, les Espagnols de la classe moyenne ont été obligés de subir de nombreuses résolutions drastiques : dégradation de la justice, perte des droits sanitaires les plus élémentaires, disparition d’un système universitaire égalitaire…

D’après les enquêtes du Centre de Recherche Sociologique (CIS) parues en 2012, les problèmes les plus graves auxquels font face les Espagnols sont : le chômage, la situation économique et les conflits au sein de la classe politique. Cette dernière interpelle plus particulièrement l’opinion publique pour la première fois depuis le début de la période démocratique : 73,2 % des Espagnols pensent que la situation politique est « mauvaise » ou « très mauvaise ». Pourquoi la population se sent-elle tellement concernée par les affaires politiques ? Transparency International, dans son rapport annuel sur la perception de la corruption dans le monde, place l’Espagne au 30e rang (la France y occupe le 22e rang). Sur le terrain, la réalité parle d’elle-même.

L’affaire « ERE » a mis la corde au cou du PSOE (principal parti d’opposition). Cette affaire commença par la découverte d’un millionième détournement de l’argent public par le gouvernement de l’Andalousie, pour lequel est accusé l’ancien directeur du Travail, Francisco Javier Guerrero, ainsi que ses successeurs dans le bureau, Daniel Alberto Rivera et Juan Marquez. Le procès éclata quand il a été révélé que certains fonds détournés ont été dépensés en « drogues, petits [et gros] plaisirs et en fêtes », selon le résumé du journal Público.

Mais le PSOE n’est pas le seul parti plongé dans des affaires louches. Depuis 2009, la justice espagnole enquête sur le présumé pillage des ressources de l’institution publique « Palau de la Música » par la fondation Trias Fargas, du parti politique Convergence Démocratique de Catalogne (CDC). Cette fondation est également proche du parti catalan Convergència i Unió. Les principaux accusés sont l’ancien trésorier du CDC, Daniel Osàcar, et le président du Palau, Fèlix Millet, ainsi que son adjoint, Jordi Montull.

Mais ce sont surtout les membres du PP (parti au pouvoir) qui cumulent les scandales judiciaires. En 2008, s’est ouverte une enquête pour détournement de fonds publics (62 millions d’euros), et faux témoignages, connue comme l’affaire « Palma Arena ». Le principal accusé, le président du gouvernement des Iles Baléares, Jaume Matas (PP), a été condamné à six ans de prison le 20 mars. Matas a aussi été accusé du détournement de 2,3 millions d’euros à la suite de l’affaire « Noos », qui impute Iñaki Urdangarín, beau-fils du roi Juan Carlos I, de délits de corruption. Il est accusé d’avoir détourné plus de 16 millions d’euros des caisses de l’État avec son partenaire, Diego Torres, pendant neuf ans à Valence. Ville bien connue pour les affaires de corruption, c’est notamment là-bas qu’a eu lieu l’affaire « Gürtel », qui a impliqué certains hauts responsables du gouvernement régional (PP). Paradoxalement, ce processus judiciaire a fini par déposséder le juge Garzón de ses pouvoirs pour avoir ordonné d’enregistrer des conversations entre les principaux inculpés de l’affaire et leurs avocats pendant leur détention.

Cette « condamnation » du justicier espagnol, dont la reconnaissance nationale et internationale n’est plus à prouver, a fait sortir dans les rues des milliers de personnes qui ont exigé la révocation de la sentence qui interdit à Garzon l’exercice du métier de juge pendant les onze années à venir.Mais la condamnation du juge Garzon n’a pas été la seule cause de mobilisation. 44 manifestations citoyennes de protestation ont eu lieu lors du premier trimestre de l’année 2012, bien que l’Espagne n’aie pas, à l’instar de la France, par exemple, une longue tradition de descendre dans la rue pour manifester. Mais les coupes budgétaires drastiques ont poussé la population à lutter pour défendre leurs acquis sociaux.

De janvier à avril, des millions de personnes sont descendues dans les rues des principales villes du pays pour demander l’abrogation de la réforme du travail, la fin des coupes budgétaires (et leur répartition inégalitaire car soulignons que ces restrictions ne touchent pas beaucoup l’Église ou la monarchie), la fin du processus de privatisation de l’assurance maladie, les coupes en éducation publique, la montée des impôts… Ces manifestations populaires ont parfois été violemment réprimées par la police anti-émeutes, comme par exemple à Valence, où des lycéennes ont été abattues par la police, événement tragique qui a initié le début du « printemps valencien ». Ces expressions ponctuelles reflètent le malaise social ambiant  qui règne en Espagne. Le 29 mars, a même eu lieu la première grève générale de l’année.

Les Espagnols se demandent désormais comment il est possible de nier les relations entre les affaires de corruption omniprésentes dans la classe politique et l’enlisement du pays dans la crise ?

Beatriz Alonso

Les réactions des internautes

  1. mardi 1 janvier 2013 16:25 Louis

    Le voici " le plus grand efficacité " selon un banquier de la BNP, avec qui j' ai discuité sur le sujet. Depuis des années on n' entends que la crise, la chommage, les inegalités se creusent, la vente des produits de luxe s' explose, les folies de riches ne connaissent plus aucun limit, et la corruption est omniprésent dans ce monde ultralibérale globalisé tout pourri. Entretemps l' obscurantisme religieuse inspire la terrorisme et cette mauvaise idéologie se répand sur la terre ( 40 ans aprés que le premier homme a posé son pied sur la lune. On a jamais vécu dans une époque aussi contradictoire. Attention! Il y aura un grand feu!
  2. samedi 29 décembre 2012 18:27 BOBER.ICHON

    Finalement,il y a certaines ressemblances avec l'économie Française.....sauf qu'en France l'arrivée du gros de la crise se trouve différé par les mesures sociales massives...mais au bout du compte ce seront bien les salariés et les retraités qui vont, comme en Espagne être rackettés....l'Espagne a perdu rapidement des emplois alors qu'en France, la baisse de compétitivité supprime doucement mais sûrement, les emplois productifs ....donc, pour la France , le plus dur est à venir !
  3. samedi 29 décembre 2012 07:17 molders

    l'espagne récolte ce qu'elle a semer faire rentrer des milliers d'émmigrés et voilà le travail et celà arrivera a la france quand les caisses seront vides patiente le mal arrive a grand pas
  4. samedi 29 décembre 2012 00:39 hors-banlieue

    Notre tour arrive à grande vitesse (c'est exactement la vitesse à laquelle on se rapproche du mur ...). Quand on voit les milliards que Bertrand Délanausée a claqué INUTILEMENT dans Paris ... on aurait pu creuser de nouvelles lignes de RER, ou loger tous les clodos, ou renover des écoles, ou bâtir des taules pour toutes les ordures ... Au lieu de quoi, on a juste filé du blé à Bouygues, Vinci etc, pour défoncer et détruire quelques places de parking ... BRAVO LES C O N S !
  5. samedi 29 décembre 2012 00:22 hors-banlieue

    Zapatero a fait entrer 3 millions d'immigrés en 5 ans de règne, pour les faire bosser dans le BTP. L'Espagne des années folles bâtissait 800 000 logements par an, plus que la France, l'Angleterre et l'Allemagne réunies. Aujourd'hui, ils sont au chômedu !
    • samedi 29 décembre 2012 00:40 la_gata

      le probléme n'est pas batir 800 000 logements par an le probléme c'est de les vendre a prix hors de toute realité , deja la main d'oeuvre n'etait pas chére , les terrains non plus , donc demandez vous pour quoi on a vu des taudis se vendre a 150,000 E ?? et pire encore , qui a dit aux banques de donner des credits a des gens au smic sachant que jamais ils pourraient liquider leurs dettes !
  6. vendredi 28 décembre 2012 14:48 Toni

    La logique de la gauche et de ses électeurs est à mettre en parallèle avec certains de ces zigotos possédant un compte bancaire en Suisse ... A savoir en rafler le plus possible et après moi le déluge. c'est bien parce que il y a une modération que je ne dis ce que je pense vraiment de ce genre de comportement.
  7. vendredi 28 décembre 2012 08:18 hop HOPE

    La dernière phrase posée sous forme de question contient la réponse Nous sommes officiellement classés vingt-deuxièmes au niveau de la corruption ... Ceci relève du ministère de la Justice en tout PREMIER lieu Si seulement on avait l'honnêteté (par ex ) de faire l'addition officiellement de tous les "plaisirs de bouche "dans tous les ministères..... , les frais de voyage disproportionnés..... , d'équipements les plus divers, inutiles et dispendieux .... Le prix de revient de l'entretien de ces lieux luxueux ou ils agissent ,etc.. on aurait une INFIME idée de l'hémorragie constante de l'argent de l'Etat depuis des DIZAINES d'années Ne serait-ce que depuis la naissance de la cinquième République Le Peuple n'a hélas que ses larmes façe à son porte-monnaie vide et ceci dans le plus TOTAL désintérêt des Ediles à tous les niveaux de l'Etat Intelligente façon de faire réfléchir sur sa propre situation merci à vous Béatriz Alonso Meilleurs voeux pour la nouvelle année
    • vendredi 28 décembre 2012 11:17 zed

      et ca va continuer longtemps a moins de faire rouler quelque tête par terre, mais dans un pays de veau qui aime bien râler, mais finalement préfère encore plus se faire mettre profond !
    • vendredi 28 décembre 2012 08:24 suzette

      la réponse :: au pain sec et à l'eau ! qu'ils apprennent ,un sou c'est un sou !