A la mémoire de Youssouf

AMBIANCE Jeudi 30 juillet 2009

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Avec un groupe de jeunes du quartier Noailles, dans le centre-ville de Marseille, Youssouf devait participer à un atelier de journalisme et intégrer le Marseille Bondy Blog. Ensemble, ils se connaissent depuis l’enfance, partagent tout, les galères et les joies. En juin dernier, Youssouf, accompagné de sa mère, a pris l’avion pour aller au bled. Il n’y est jamais arrivé. Ses amis ont voulu réunir ici les souvenirs qu’ils souhaitent conserver de lui.

Youssouf était grand, costaud, toujours un sourire aux lèvres. Il habitait Noailles depuis l’âge de huit ans. C’est là qu’on l’a tous connu.

Hakim : « Je me souviens des premières paroles échangées avec Youssouf. Il avait 12 ans, peut-être un peu plus. Il revenait d’un long séjour aux Comores. Mes parents m’avaient amené chez lui. On a discuté de son année passée au pays, des changements qu’il avait vécus. Il avait perdu du poids et grandi. Quand il parlait, les mots français et shikomori se confondaient. »

Nazary : « Je me souviens du jour où il a marqué son premier en club avec l’US Baille, en début de saison 2006. Ce but était beau parce qu’il avait tiré de loin (en dehors de la surface) et marqué en pleine lucarne. Après, il s’était mis à genoux. Youssouf n’était pas très à l’aise devant les buts et ne savait pas vraiment frapper. Il était donc un peu étonné de sa réussite. Il était surtout content et nous aussi. On s’est tous jeté sur lui pour le féliciter. C’était son premier but en match officiel. »

Radouane : « Je me souviens qu’on a participé ensemble à un tournoi de foot en Belgique en 2007. Il pleuvait sans arrêt. Le terrain était un vrai champ de bataille. On jouait contre des Hollandais, grands et gros, plutôt rudes. Youssouf était toujours solidaire, surtout avec moi, milieu défensif et lui, stoppeur. Si on me poussait, c’était souvent Youssouf qui répondait. L’inverse était aussi vrai. »

On se souvient qu’il qu’avait toujours le mot pour rire. Il saisissait la moindre occasion : un caleçon mis deux fois, deux chaussettes différentes, le prénom des parents, la vie de quartier, les expériences avec les filles. Mais, dans le chambrage, il n’en faisait jamais trop.

Ben Tir : « Je me souviens qu’il avait le don d’énerver les gens sans jamais être méchant. »

Radouane : « Je me souviens qu’il était toujours minutieux dans ses choix vestimentaires, toujours coordonnés pour les couleurs, comme pour les marques. »

Nazary : « Je me souviens que c’était un gourmand. Il avait toujours faim. Le vrai bon vivant. Au snack, au KFC, il avait toujours fini avant les autres. Il trouvait toujours une astuce pour nous piquer notre part sans que jamais on s’énerve. »

On se souvient qu’il ne cherchait jamais à se mettre en valeur gratuitement. Par exemple, avec sa copine, il gérait plutôt bien. Mais il ne s’en vantait pas. Il préférait jouer le mec dépassé alors qu’il avait une vraie relation sérieuse. Pour ça aussi, c’était le premier. Et, cette histoire, il ne la cachait pas.

Nazary : « Je me souviens qu’on n’arrivait pas à lui dire non.»

Ben Tir : « Je me souviens du jour de l’An 2008. Yousouf avait loué un vélo en libre service. Pour ne pas marcher, pour rigoler et le mettre au défi, on est montés à cinq dessus. Comme d’habitude, Youssouf était le pilote, un sur le guidon, un sur le cadre, un derrière et un sur ses épaules. On a remonté le cours Lieutaud jusqu’au boulevard Baille sans tomber. Comme le spectacle était insolite, les gens nous prenaient en photo. Youssouf était toujours à l’aise avec un guidon entre les mains. »

Radouane : « Je me souviens d’un jour où on discutait, rue Châteauredon, la rue où on habite. Youssouf était assis sur un palier et moi sur son scooter mais dans le mauvais sens. Il est monté sur le scooter devant moi et je m’imaginais déjà la scène : comme dans GTA San Andreas, le célèbre jeu de gangsters, lui qui s’enfuit et moi, derrière, qui tire sur les ennemis. Là, Youssouf a eu un grain de folie. Il a démarré le scooter et s’est engagé sur le cours Lieutaud avant de tourner rue Jean Roque. La scène était bien reconstituée puisqu’on avait la police aux trousses. Seulement, Youssouf s’est arrêté quand il fallait. Il s’est mis sur le côté et les policiers nous ont contrôlés. Ils étaient assez stupéfaits du spectacle. 10 minutes plus tard, tout était rentré dans l’ordre et on en rigolait. »

Hakim : « Je me souviens que Youssouf était un garçon généreux. Depuis l’an dernier, il avait décidé de livrer des pizzas tous les soirs pour avoir les moyens financiers d’aller aux Comores avec sa famille. Il voulait cet argent pour faire des cadeaux à tout le monde là-bas. »

Benoît : « Je me souviens que Youssouf était venu nous voir lors du reportage à Noailles sur la réaction à la mort de Mickaël Jackson. Il avait les bras chargés de sacs. Il venait de faire les soldes pour sa famille aux Comores. Il nous a dit que c’était pour cela qu’il ne pouvait pas participer à l’atelier. Il partait deux jours après. »

Ben Tir : « Je me souviens qu’avant son départ, on avait passé toute une nuit blanche ensemble à s’amuser. Après un dimanche à dormir, je l’ai revu au snack le soir pour lui dire au revoir. »

Radouane : « Je me souviens m’être baladé avec lui sur le Vieux-Port. Pour une fois, il ne me charriait pas alors que c’était son habitude parce qu’il savait que je m’énerve facilement. On s’est quitté en se serrant la main alors qu’on ne le faisait jamais d’habitude. »

Nazary : « Je me souviens que le dimanche avant qu’il parte, j’ai travaillé avec lui à la livraison de pizzas. Pour moi, c’était la première fois et il m’a aidé à m’y retrouver dans les rues de Marseille. On s’est embrassé une dernière fois en bas de chez lui. Et il m’a demandé d’acheter ses habits pour la rentrée parce qu’il n’aurait plus un sou en rentrant des Comores. »

Soumicha : « Je me souviens quand on est parti tous ensemble à Paris, des moments de rires, de joie. Quand je lui ai demandé ce qu’il avait préféré de son séjour parisien, il a dit : “Le métro. J’ai adoré cette vie sous terre.” La dernière fois que je l’ai vu, je me souviens de son visage souriant, heureux de partir et de rejoindre les siens, ses amis, là-bas. »

Hakim Mohamed, Radouane Reggig, Soumicha Draoui, Bentir Mohamed, Nazary Mroivili, avec B. G. (Marseille Bondy Blog

Hakim Mohamed, Radouane Reggig, Soumicha Draoui, Bentir Mohamed, Nazary Mroivili, Benoît Gilles

Les réactions des internautes

  1. Vendredi 9 octobre 2009 18:44 sophie13

    merci pour tout vos témoignage moi aussi je me souvient de pas mal de chose de sa grandeur de son amour de sa joie de vivre de sa force de sa générosité de sa gentillesse etc... il nous manquera à tous qu'il repose enfin en paix jamais je l'oublierai . Il sera notre ange gardien a tous je l'aimerai toujours
  2. Jeudi 30 juillet 2009 19:49 briardounet1

          "La fortune régit notre vie, non pas la sagesse"[Montaigne citant Cicéron]
    Youssouf, que ses amis pleurent maintenant, qu'allait-il faire aux Comores? Et vu qu'on est si bien en France, pourquoi aller faire du tourisme chez les Barbares?
    Michel de Montaigne, maire de Bordeaux, donne sa réponse dès 1588 - vu que le France est Eternelle:
    "J'ai honte de voir nos hommes [les François]enivrez de cette sotte humeur, de s'effaroucher de ces formes contraires aux leurs; il leur semble estre hors de leur elements quand ils sont hors de leur vilage. Où qu'ils aillent, ils se tiennent à leurs façons et abominent les estrangeres. Retrouvent ils un compatriote en Hongrie, ils festoyent cette aventure:; les voyla a condamner tant de meurs barbares qu'ils voient. Pourquoy non barbares puisqu'elles ne sont françoises.(...) Ilsne tiennent qu'aux hommes de leur sorte, nous [les Gascons]regardent comme gens de l'autre monde, avec dédain ou pitié..."
    " A chacun son villag
    e" - comme disait le pompier pyromane...
    La  voilà bien laFrance Eternelle : avec ses clochers, sa xénophobie, son racisme et sa khaunnery nationale. Comme l'expliquaient fort bien Panurge, à ses moutons qui  se précipitaient à la mer , et le général de Gaulle qui affirmait que "Les Français sont des veaux!"
    Avant de prendre la route pensez zy :"Veau ou mouton, il faut choisir".
    Mais -Qui veut gagner des Millions?"- Alors, n'oubliez pas de gratter vos Morpions.
    Là où ils se trouvent
    Briardounet





    • Vendredi 31 juillet 2009 10:40 swazi

      MaURRAS,condamné à la cellule  tandis que 20 ooo autres étaient fusillés lors des grandes épurations de 1945.
      En 1936,dans son journal "L'Action Française " il écrivit à propos du Nazisme :"L'entreprise raciste est certainement une folie pure et sans issue ."
      En 1940 ,à Lyon ,il fit reparaitre L'action française avec en tete  le slogan " La France Seule .Il voulait signifier ainsi son rejet de la Collaboration et de la Dissidence .dixit Wikipedia .
      Ce n'est pas lui qui se serait exclamé devant l'occupation allemande :"Ils sont chez eux chez nous " comme le fit un certain Mitterand pour saluer  l'intense immigration en France d'allogènes  et de décolonisés
    • Jeudi 30 juillet 2009 21:01 swazi

      Sacrés françouais ! Ils sont les seuls à ne pas s'apercevoir combien leur pays est attirant .Du fond de la brousse ,au coeur des déserts ,sur les rives  des plus grands fleuves du monde,au sommet des monts,des hommes s'appretent au grand voyage qui les amènera au pied de nos cathédrales,de nos jardins ,de nos chateaux ,de nos vignobles.Ils apportent leur misère mais ils sont brulants d'espoirs .Auront ils assez de sagesse pour gagner la Fortune ? sans importuner les braves  gens ni finir dans une  de nos honteuses prisons.

      Montaigne qui s'enfermait dans sa tour ne pouvait imaginer que, plus tard ,les hardis navigateurs françouais partiraient à la voile pour découvrir les terres les plus lointaines et les peuples les plus étrangers .Puis,plein d'usages et de raison ils reviendraient dans leur maison.

      Tandis que des peuplades éblouies se jeteraient à la mer pour suivre leur sillage.
      • Jeudi 30 juillet 2009 21:04 swazi

        Alger ,15 harragas viennent d'écoper de 5 mois de prison pour s'etre mis à l'eau .
    • Jeudi 30 juillet 2009 20:07 briardounet1

      Pour ceux qui ne sont pas au courant. 
      Un de mes amis, pompier volontaire m'a expliqué tout-à-l'heure,prenant l'apéro, que, la nuit, les heures de service des Pompiers Volontaires étaient payées double...
       Conséquence: pour remplir son caddy chez Auchan (ou Carrefour), on fout le feu le jour. Et la nuit on "Travaille plus pour gagner plus"..." è-ty possib, des choses pareilles, ma pov' dame?"
      A tant bosser, il risque de finir à "l'Hôpital des Pompiers du Val-de-Toutes-Grâces", en haut du Boul'Mich' (Paris Ve).
       Briardounet



  3. Jeudi 30 juillet 2009 12:59 briardounet1

    Excellent article avec ces souvenirs émouvants.
    Moi aussi, je me souviens que, en juin 1998, dans l'équipe de France, et tout comme Youssouf, l'arrière guadeloupéen Lilian Thuram s'est mis à genoux sur le terrain, parcequ'il avait marqué un but avec le pied gauche qui était son mauvais pied. Comme pour une prière...
    Un Comorien? un Antillais? Comme on dit chez mè en Normandie ": Ca s'rait ty possible qu'il faut d'tout pour fabriquer d'authentiques descendants de Gaulois blonds aux zyeux bleus?"
    Réponse du Maire de Bordeaux :
    "...j'estime tous les hommes mes compatriotes et embrasse un Polonois comme j'embrasse un François, postposant cette lyaison nationale à l'universelle et commune. Les amitiez pures de nostre acquest emportent ordinairement celles ausquelles la communication du climat ou du sang nous joignent. Nature nous a mis au monde libres et deliez; nous nous emprisonnons en certains destroits... [Michel de Montaigne, Essais III.9]
    Briardounet











    • Jeudi 30 juillet 2009 14:48 swazi

      Les indépendances ont donné des ailes aux afro-maghrébins . Par millions ils se sont abattus sur les terres du Nord abandonnant leurs jeunes nations qui venaient de naitre apres mille combats des pères .Par endogamie et polygamie ils ont mis au monde une descendance qui n'aura pas les cheveux blonds ni les yeux bleus de l'Occident hyperboréen.Tous ces migrants ont refusé de s'emprisonner dans les terres libérées par la Décolonisation  comme s'ils ne savaient que faire de cet héritage.


      Montaigne n'aura connu d'autres peuples ,d'autres races ,d'autres civilisations que celles rencontrées en Allemagne ou en Italie
      quand il cherchait des remèdes pour soigner sa maladie de la vessie
  4. Jeudi 30 juillet 2009 00:14 nassira_el_moaddem

    Merci pour ces émouvants témoignages
    • Jeudi 30 juillet 2009 10:07 larocaze

      émouvant, touchant. Attachants ces ptits jeunes. ça me rappelle des souvenirs de jeunesse (à 5 sur un vélo...), quand nous étions à 3 sur une luge... Paix à son âme
    • Jeudi 30 juillet 2009 09:27 swazi

      Le seul prix du billet d'avion pour un voyage aux Comores c'est entre 1400 et 1800 euros au tarif le plus bas. Livrer des pizzas pour s'offrir à plusieurs ce voyage fabuleux est un bel exemple de détermination et d'enracinement dans son ile mère.
      Seuls 11 cadavres ont été retrouvés ,portés par les courants jusqu'à la rive africaine .Pour les autres la mer garde son secret.
      • Jeudi 30 juillet 2009 10:14 swazi

        Heureusement parmi les Hakim,Nazary,Radouane,Ben Tir ,il  y avait un Benoit pour participer à la commisération générale.Depuis l'age de 8 ans ,il vivait à Marseille ,Youssouf