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Marrakech, le style « Secret Story » : t’as compris, chérie ?
Samedi 30/08/2008 | Posté par Nora Yourri |
BONDY-TROTTER. La ville du Maroc la plus courue des touristes est en pleine mutation : le niveau de vie grimpe, les mœurs se lâchent. L’œil de Nora.
Quelque temps que je n’ai plus passé de longues vacances au sein de ma famille à Marrakech. Je pense avoir suffisamment de recul pour voir la ville avec de nouveaux yeux. Me voilà dans la Très Marketing Marrakech ! Un premier changement : l’aéroport s’est agrandi, embelli, tout semble mieux organisé. Il a même obtenu sa certification ISO 9001, version 2000.
Le trajet de l’aéroport à la maison de ma famille me donne l’impression d’une ville plus propre, avec moins de mendiants. Impressions, là encore. J’ai besoin de concret. En « une » du magazine TelQuel : « Le pouvoir c’est lui ! » Mohammed VI en couverture se tenant de manière ferme, les bras croisés. Je lis le magazine francophone, qui dresse un bilan critique des neuf années de règne du roi.
Même si, lors de mes précédentes vacances, je ne lisais pas les journaux, je n’ai pas gardé le souvenir d’une presse marocaine très critique à l'endroit pouvoir. Un habitant de la médina, la quarantaine, me donne son avis sur la question : « Oui, c’est nouveau, la critique dans la presse, c’est même très à la mode. Personnellement, je trouve qu’ils en font un peu trop ! »
Je retourne à mon objet de curiosité : Marrakech. Sans l’avoir cherché, je fais des rencontres intéressantes. Un après-midi, je décide de me refaire une beauté dans un salon qui, de l’extérieur, ne paye pas de mine. S’y trouvent des jeunes femmes plus ou moins branchées. Paris Hilton a encore frappé ! Ces jeunes filles-là ont le style de celles qui fréquentent les boîtes des « Champs », à Paris. On se croirait dans « Secret Story ». Le salon sert des repas ; confidences et cigarettes entres copines ; les coiffeurs sont des hommes et les esthéticiennes des femmes. Certaines clientes viennent là plusieurs fois par semaine. « Les jeunes femmes sont de moins en moins complexées par rapport au soin de leur corps. Il y a cinq ans, elles n’osaient pas s’épiler le maillot alors qu’aujourd’hui, c’est complètement naturel. »
Je sympathise avec une mère de famille qui m’explique les raisons de tout cela : « Aujourd’hui, ce sont les mères de familles qui poussent leurs filles à être le plus bimbo possible et à sortir pour aller chercher un mari. » Aaah… la recherche du mari ! Une de mes cousines m’explique que là aussi, les choses ont évolué : « Depuis les années 2000, on voit une augmentation des mariages mixtes (elle, Marocaine, lui, Marocain de France ou Français d'origine marocaine, ndlr). Le jeune homme sort avec la jeune fille lors de sa venue au Maroc et la demande en mariage l’année d’après. Par la suite, soit la jeune fille part à l’étranger, soit elle reste au Maroc pour s’occuper du business de son mari. »
Je ne comprends pas très bien ce qu’elle entend par « s’occuper du business de son mari ». Elle m’explique : « Souvent, ces jeunes hommes investissent professionnellement au Maroc : salons de beauté, boutiques de souvenirs, de vêtements, riad, etc. Leurs femmes travaillent dans leurs entreprises. »
La médina a ouvert grands ses murs aux non-Marocains. De nombreux riads ont été vendus à des étrangers, qui souvent s’installent dans la ville à l'année. Ça ne plaît pas à tout le monde : « Tous les prix ont augmenté, il y a de plus en plus d’alcool, le soir, cela devient très bruyant. On ne reconnaît plus la médina. Bientôt, elle ne sera plus marocaine », se plaint une habitante. « De toutes les manières, ils vont bientôt arrêter de vendre les riads aux étrangers », croient savoir des râleurs.
Ces critiques sur les évolutions immobilières de la médina sont le plus souvent formulées avec beaucoup d’humour. Mais l’humour disparaît aussitôt quand il s’agit d’émettre un avis sur la prostitution. Une jeune femme me dit : « Marrakech, aujourd’hui, ce sont de grands et beaux hôtels en construction, mais c’est aussi toute sa prostitution et sa drogue qui fleurissent à vitesse grand V. Le soir il n’y a plus rien à faire pour une famille dehors ! » Cachez ce vice que je ne saurais voir…
Nora Yourri
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