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« Le poste de président de la HALDE pourrait m’intéresser »
Jeudi 25/09/2008 | Posté par Zineb Mirad |
Conseiller de Claude Bébéar en matière de diversité dans les entreprises, Maurad Cheurf livre sa vision de ce que devrait être la lutte contre les discriminations. Il est l’un des organisateurs du Forum Diversité 08 qui se tiendra à La Villette les 28 et 29 septembre.
Agé de 39 ans, Maurad Cheurf est né à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis. Il a grandi dans le quartier des Bosquets. Depuis cette année, il est le patron de la société qu’il a fondée, Acheurf, « conseil et développement en innovation sociale et stratégie de communication opérationnelle et organisationnelle ». Il est également l’actuel conseiller de Claude Bébéar, président du conseil de surveillance du groupe AXA. A l’occasion du Forum Diversité 08 qui se tiendra à La Villette les 28 et 29 septembre, nous avons rencontré Maurad Cheurf, l’un des organisateurs, pour qu’il nous explique les objectifs de ce colloque.
Quels sont les enjeux du forum Diversité 08 qui aura lieu dimanche 28 et lundi 29 septembre ?
Ce forum présente un enjeu sur la diversité, ce qui est primordial. Depuis 2004, année de la signature de la Charte de la diversité par 40 entreprises initiée par Claude Bébéar, le nombre de celles-ci a cru fortement, pour atteindre 1900. C’est beaucoup et peu à la fois. Cela montre en tout cas que la diversité et la thématique de la lutte contre les discriminations sont entrées dans le débat de société. Cela dit, au regard des 2 500 000 entreprises en France, ça reste peu. Il faut savoir que 97% des entreprises françaises sont des PME, des TPE avec moins de 20 salariés, c’est ce vivier-là qui nous intéresse. Le forum a un concept très clair, il doit devenir un Davos de la diversité ou de la responsabilité sociale de l’entreprise, car depuis 2004 le nombre d’acteurs sur ce dossier, a considérablement évolué. Il y a des entreprises qui font beaucoup de choses, mais paradoxalement j’ai l’impression que les résultats en termes de potentiel ne sont pas à la hauteur des moyens engagés.
Vous parliez de la Charte de la diversité signée en 2004. Est-ce que sans elle les choses auraient quand même bougé ?
Je ne sais pas vraiment. En tout cas, à chacune des actions que l’on peut mener il y a des réactions, elles sont parfois bonnes, parfois mauvaises. Ce qui est clair c’est qu’avant la Charte, il n’y avait pas une réelle prise de conscience. Moi, je peux simplement dire qu’elle a dans tout les cas été un déclencheur. Malgré tout, l’électrocardiogramme de la problématique reste plat.
Faut-il alors imposer des quotas d’embauche au sein des entreprises pour amorcer une réelle évolution ?
Je suis contre toute forme de quotas. Simplement, parce qu’il y a des effets pervers aux quotas. Si j’accède à un poste à responsabilité je ne veux pas qu’il y ait une espèce de présomption de quotas. Je suis par contre pour des outils qui nous permettent de mesurer les efforts effectués et les résultats obtenus.
Une des solutions pourrait-elle consister à imposer un bilan « diversité » pour évaluer le recrutement annuel des entreprises ?
Je suis pour que l’on fasse des bilans, sur une base volontaire de la part de l’entrepreneur, des bilans pas nécessairement chiffrés, d’ailleurs. Ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir mesurer les efforts accomplis par l’entreprise en la matière d’embauche, de gestion de carrière ou d’accès à la formation concernant toute personne issue de ladiversité ou cible potentiellement discriminée.
Il y a différentes tailles d’entreprises, il y a les TPE, les PME et les grandes entreprises. Faut-il agir contre la discrimination partout de la même façon ?
Non, évidemment. Nous avions eu avec Claude Bébéar l’idée du CV anonyme, qui a été critiquée, à torts. Il n’était pas question de l’appliqué aux TPE, PME, c’était plutôt destiné aux grandes sociétés qui gèrent 200 000 ou 300 000 CV. Je note que les grandes entreprises ont pratiquement toutes adopté le CV anonyme. Il y a même des outils informatiques qui sont très efficaces et qui rendent anonymes le CV. Dans ces cas, le demandeur d’emploi n’a pas à enlever son nom ni son adresse. C’est la machine qui se charge de révéler uniquement les compétences à la personne qui va devoir faire un choix.
Quel outil antidiscriminatoire pour les TPE et PME ?
Pour ce qui est des TPE et PME, le problème dans l’approche est tout autre. La seule manière de toucher les patrons de ce ces entreprises, c’est de leur faire comprendre que la diversité, c’est une richesse pour eux. Il doit comprendre que s’il ne fait pas le pari de la diversité, il se mettra en marge d’un potentiel, et notamment de ce qu’on pourrait appeler la crème de la crème des quartiers sensibles.
Etes-vous pour ou contre la discrimination positive ?
Il y a déjà des lois contre la discrimination, et elles sont claires. A partir du moment où vous discriminez quelqu’un, vous êtes hors la loi et passible d’une amende. Il y a donc un arsenal législatif, de mon point de vue, suffisant. Plutôt que de réfléchir « sanctions », je préfère réfléchir « bonus » : bonus pour les entreprises qui adopte une démarche de promotion de la diversité.
La loi interdit le recensement, comment, dès lors, savoir si une telle entreprise emploie telle ou telle quantité d’Arabes ou de Noirs ? Comment avoir une idée précise de la diversité dans les entreprises ?
Avec AXA, SFR et d’autres sociétés encore, nous avons eu une démarche assez progressiste. Nous avons rédigé un questionnaire de type patronymique. Un autre questionnaire où on demandait aux collaborateurs de se situer dans une case (Franco-Arabe, Noir…). Et un dernier où l’on demandait comment la personne se sentait perçue par les autres, si elle se sentait discriminée. Mettons les choses à plats, en réalité, très peu d’entreprises discriminent directement. C’est que c’est une discrimination insidieuse, très cachée. On pourra donc le savoir en généralisant ces questionnaires, avec l’accord du chef d’entreprise.
Que pensez-vous de l’action des grandes écoles vis-à-vis des lycées ZEP par exemple ?
Je travaille beaucoup avec Richard Descoing, le directeur de Sciences-po, et je pense que son initiative très volontariste, est vraiment admirable. Il a réussi à faire sauter des verrous, et depuis, le système s’en porte beaucoup mieux.
La classe politique a-t-elle du retard sur le monde économique en matière de promotion de la diversité ?
On est ici dans une crevasse sans fond. Dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy, il n’y a rien sur les problématiques de diversité et de vivre ensemble, du moins pas grand-chose. On a certes parlé du plan banlieue mais moi je suis contre ce plan, simplement en raison de son intitulé. En effet, on n’a pas besoin d’un plan banlieue mais d’un plan de société. C’est toute une société qui est concernée, avec, certes, des effets de loupe dans les quartiers les plus sensibles de la politique de la ville. Ensuite, quand on parle de plan banlieue, ça exclut les zones rurales, ça créé donc une stigmatisation, quelque chose de contraire à la cohésion sociale.
La HALDE (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) dispose-t-elle de suffisamment de moyens pour mener une action efficace ?
Je suis très critique vis-à-vis de la HALDE. D’un côté, elle demande aux entreprises de jouer la transparence en ouvrant toutes grandes leurs portes, de l’autre, elle se transforme en gendarme. Ça ne peut tout simplement pas fonctionner. On ne peut pas être juge et partie. Soit on est dans le répressif et on est le gendarme, sois on fait la promotion de la diversité. Je pense que la HALDE n’a pas choisi un bon président en la personne de M. Louis Schweitzer. J’estime qu’elle a besoin de quelqu’un qui soit totalement dévoué à sa mission, qui n’ait pas d’autre mandat que celui-là et qui connaisse suffisamment le monde de l’entreprise, surtout celui des PME et TPE, car le plus gros du travail est là.
Est-ce que ce poste pourrait vous intéressez ?
Personnellement, je pourrais y réfléchir, oui.
Quel rôle pourraient tenir les médias dans la promotion de la diversité ?
Mon approche de la diversité, de la politique de la ville, des questions de responsabilités sociétales est typiquement tourné vers la communication, le marketing et les médias. Je crois en la diversité, je crois aux médias et en la diversité des médias. Je milite pour mettre en place une campagne de communication à l’échelle nationale sur la problématique de la diversité.
Sous quelle forme imaginez-vous cela ?
Je pense aux campagnes sur la sécurité routière, sur le tabac, sur les antibiotiques, qui sont de bonnes campagnes de sensibilisation à un phénomène. C’est seulement en prenant conscience du danger de l’absence de diversité dans toutes les sphères et singulièrement dans l’entreprise, qu’on parviendra à changer les mentalités.
Propos recueillis par Zineb Mirad et Ndembo Boueya
http://www.diversite08.com/
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