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Jetés à la rue, et pourtant « ils se lèvent tôt le matin »

Vendredi 26/09/2008 | Posté par Ndembo Boueya |

C’est le dégoût : ils travaillent mais ne gagnent pas assez aux yeux des propriétaires d’appartements. Des familles campent devant la mairie de Saint-Denis. VIDEO EN +

« Nous sommes ici depuis le 12 septembre. Le 26 août, nous avons été expulsés de nos logements à la rue Echalas (à côté de la gare de Saint-Denis) et ensuite relogés dans des hôtels. La mairie nous a promis de nous trouver des logements mais rien n'a été fait, nous avons été jetés à la rue et la mairie nous néglige », explique, ce jeudi soir, Moussa, 34 ans. Des femmes assises sur des chaises attendent que le temps passe et tentent d'oublier le froid. Une trentaine de personnes expulsées de leurs logements campent devant la mairie de Saint-Denis, femmes, hommes, enfants. L’un d’eux n'a qu'un mois. « Il est né le 29 août, juste après l'expulsion », précise Moussa.

Les expulsions ont commencé il y a six mois environ au quartier Franc-Moisin. « Ça passe inaperçu, on a l'impression qu'on ne les considère pas comme des êtres humains mais comme des animaux. » Ce sont les mots de Lila, « porte-parole des familles et aussi expulsable », dit-elle si bien. Les expulsions des logements continuent. Hier encore, Aïcha s'est fait jeter de son hôtel avec ses deux enfants de 6 ans et 6 mois. Les propriétaires ont jusqu’au 31 octobre, « date limite » avant les mois d’hiver, pour expulser ceux dont ils veulent se débarrasser.

« Est-ce que je peux vous parler ? » demande Aïcha. « J'ai fait une demande de logement en 2004 et depuis, je n'ai toujours pas de réponse. Je vivais donc à l'hôtel que je payais 750 euros par mois. » La femme nous montre les documents officiels et poursuit: « Je partageais ce 9m2 avec mes enfants et du jour au lendemain on a été mis dehors. » Aïcha est atteinte d'une maladie orpheline. « J'ai besoin d'un appareil pour dormir, autrement je ne respire pas très bien. » Lila complète : « Quand elle a été expulsée, le propriétaire de l'hôtel a confisqué toutes ses affaires, dont son appareil respiratoire. Du coup, cette nuit elle a dormi dehors et sans son appareil. Et puis tout ce qu'il a trouvé à dire, c'est "Si je fais ça c'est pour que tu t'en sortes". Ajoutez à cela que la mère expulsée avait déjà payé son loyer pour le mois entier. »

Alors que nous discutons, des CRS rôdent. « Vous pensez qu'ils sont venus pour vous ? demandons-nous. – Non, je ne pense pas. Ils seraient plus nombreux sinon. La dernière fois, il y avait 20 camions de police alors que l'on faisait juste une petite manifestation. » Des femmes des différents campements de la ville et des membres du Réseau solidarité logement sont présents. Bizarre, tout ce monde. Jean Marc Bourquin, l’un des responsables du Réseau solidarité logement nous explique que le conseil municipal se tient ce soir et qu'ils comptent « bien se faire entendre. On n'attend pas d'une ville de gauche qu'elle réagisse comme ça, on n'attend vraiment pas ça de Saint-Denis, il faut qu'on trouve une solution sinon, on est dans une ville de droite. Les expulsions, non, tout ce qu'on veut mais pas ça ! ».

Nous arrivons à l'Hôtel de Ville. C'est Bally Bagayoko, adjoint à la Jeunesse, est le premier à descendre. Il explique se sentir proche de toutes ces personnes qui sont pour lui des « mères et des pères, des frères et des sœurs, des cousins et des cousines. C'est difficile pour moi en tant que citoyen. » Ces phrases-là ne suffisent pas à calmer les esprits, une femme particulièrement en colère le fait savoir haut et fort : « Nous sommes des travailleurs pauvres. Lorsque l'on se dirige vers des bailleurs privés, on nous ferme la porte, c'est la même chose du côté des bailleurs sociaux. Tout ce qui nous reste c'est le désespoir. Le président Sarkozy a lui-même dit que le monde appartenait à ceux qui se levaient tôt. Certains d'entre nous se lèvent à 4 heures du matin pour aller faire des ménages pendant 3 heures et ensuite aller recommencer le soir, on n’a parfois même pas le temps de voir nos enfants et pourtant... Nous sommes des victimes sur qui on essaie de rejeter la faute. »

Plus tard, cette femme affirme nous avoue qu'avant d’être dans cette situation, elle faisait partie de ceux qui ne comprenaient pas les squatteurs. Aujourd'hui, son avis est différent : « Je ne pensais pas qu'un jour ça m'arriverait. C'est pour ça que même si je m'en sors, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour aider ceux qui seront dans la situation que j'ai vécue. Je ne souhaite ça à personne, même pas à mon pire ennemi. »

Devant l’Hôtel de Ville, les familles attendent toujours que les élus viennent à leur rencontre. A 17h30 environ, une femme en colère fait irruption dans la mairie. Les nerfs sont à vif et les noms d'oiseaux fusent. Elle explique qu'elle a été choquée par ce qu'elle a vu ce matin. « J'ai vu cette femme laver son enfant tout nu et devant tout le monde alors qu'il faisait 5 degrés et qu'il criait comme un chien, c'est scandaleux et ça me fait mal. » S'adressant aux expulsés, elle dit : « Ne les écoutez pas (en parlant des membres de Réseau solidarité logement qui les aident) ! Y'en a ras le bol de la Ligue. Ils vous utilisent à des fins politiques. Moi, je vais vous aider. »

L'entrée fracassante de cette femme a fait trembler la terre. C'est la folie, tout le monde crie sur tout le monde, certains l'insultent, mais elle ne recule devant rien. Nous voulons en savoir plus sur cette elle. « Je suis Lila Alal, Dyonisienne depuis 46 ans et je suis outrée par cette gauche, la pire de toutes les gauches qui utilisent ces gens à fins politiques. » La tension est un peu retombée. Si les élus ne les reçoivent pas, les familles d’expulsés camperont dans la mairie. « Ça me touche, tout ça, on essaie d'expliquer les choses tranquillement mais leur problème c'est qu'ils ne veulent pas écouter. Je comprends leur colère, on essaie de leur donner des pistes mais ils n'entendent rien. A Saint-Denis, il n'y a plus de place », nous confie un médiateur de la ville.

Monique Lejeune, responsable du logement fait enfin son apparition. Elle et son collègue expliquent qu'ils ne peuvent pas reloger tout le monde à cause du manque de logements sociaux, et c’est là qu’on entend : « Mais comment se fait-il qu'il y ait près de 200 logements vides au Franc-Moisin et qu'on ne puisse pas y vivre ? » Une fois de plus, la colère monte, l'adjointe au maire prend des notes et des noms. Signe, peut-être, d’une prochaine amélioration de la situation.

Le combat des expulsés est loin d'être terminé. La mairie a déposé plainte contre les personnes qui ont installé leur « campement » sur le parvis de cette dernière. L'affaire sera jugée le 2 octobre à Cergy Pontoise, à 14h30.

Ndembo Boueya et Mathy Mendy

Mathy Mendy

Ndembo Boueya -

Réactions des internautes

real
Vendredi 26 Septembre 2008, 14:32
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travailler + pour continuer à être pauvre
la spéculation immobilière n'a pas fini de faire des dégats...

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soalala
Vendredi 26 Septembre 2008, 14:57
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Re: travailler + pour continuer à être pauvre
plus le parc des chomeurs grandira,plus les salaires stagneront  ,rendant ainsi impossible toute location sans aides sociales
Mais pourquoi ne pas nous faire connaitre les raisons de ces expulsions à la demande des propriétaires . D'ailleurs qui sont ils ?

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soraya
Vendredi 26 Septembre 2008, 17:58
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Re: travailler + pour continuer à être pauvre
Et surtout Soalala moins on construira de logements sociaux plus y aura de familles à la rue. De plus avec la crise immobilière qui s'annonce avec accès à la propriété bloquée par les banques les locataires d'aujourd'hui ne sont pas prêts de pouvoir acheter.demain et libérer des logements.

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soalala
Vendredi 26 Septembre 2008, 19:36
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Re: travailler + pour continuer à être pauvre
Eh oui ,Soraya 

Nous allons vers des époques tres dures . Ce n'est pas demain que les enfants pourront quitter la maison des parents à 18 ou 20 ans . à quel age pourront ils prendre leur "particulier ' et fonder une famille ?
Qui va construire ? Avec les nouvelle réglementations ,le cout des matériaux  ! Un propriétaire d'appartement a un rendement de moins de 5% sur son investissement une fois payée les charges du Syndic,la taxe immobilière ,l'impot    ect
Alors que  la caisse dépargne vous sert  un 4% et que vous n'avez pas à craindre un  locataire  qui peut dégrader votre bien et qui ne paye plus son loyer .

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mowglii
Vendredi 26 Septembre 2008, 20:17
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expulsables, explusés , mais pour quoi ? 

ils squattaient ? ils ne payaient pas leur loyer ? leurs locations etaient insalubres, ou dangereuses ? 

on ne nous dit pas . motus . 

l'expulsé doit rester dans son habit blanc de victime . sans passé, sans explications.sans discussion . 
 il est victime . point 

J'ai fait une demande de logement

Bondyblog, le choc de l'emotion. le poids des réclamations    

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VESCERIEN
Dimanche 28 Septembre 2008, 12:16
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" LE FEU BRULE "


Et, c'est ainsi que les hommes ne comprennent point les leçons de l'Histoire !

Et, c'est ainsi , n'est-ce pas, que le fossé se creuse de plus en plus entre les uns et les autres !

Et, c'est ainsi aussi que les hommes finissent par s'en vouloir , par se  haïr  et , à la fin , par se transformer en  Monstres !!
Et, c'est ainsi aussi aussi que l'homme devient vil et traître vis -à-vis de son frère l'Homme !!!
                        _______________________________________________________________
 A qui la faute "S'ils travaillent mais ne gagnent pas assez aux yeux des propriétaires d'appartements"  afin d'être solvables ?
                                            Quel est le rôle qui incombe à la mairie et aux élus dans ce cas précis ?
" La mairie a déposé plainte contre les personnes qui ont installé leur « campement » sur le parvis de cette dernière. "
                                            Pourquoi ne s'empresse-t-elle pas d'aider ces  humbles familles qui ne sont ,en réalité que                                                                       la preuve irréfutable de cette injustice sociale grandissante?
=====================
LE VESCERIEN qui revient.

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benvoyons
Dimanche 28 Septembre 2008, 13:02
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Re:
et bla et bla et bla ! allez oust.... zou !!!!!


---------------------------> prenez tout vos bagages, on ne fera plus de sentimentalisme, meme les mairies pcf et verts les foutent dehors c'est dire  ils ont compris le message electoral les verts ps pcf, ils pevent plus faire pleurer ds les chaumieres qd les francais de souche crevent la dalle !!

ces gens,  reinstallez les dans leurs iles natales ils n'y seront pas depaysés, car  ici en france cela est trop dur pour eux !il y a la crise economique desormais et 6 millions de francais  sans emploi ( qd on compte le rmi et les cdd pour moi ce sont aussi des chomeurs ),et sans logement sans la possibilité de se sougner des vieux qui meurent seuls et en silence ! alors stop PREFERENCE NATIONALE !

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Commandeur2
Dimanche 28 Septembre 2008, 14:16
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EPARGNE RETRAITE
Une partie du parc locatif privé appartient à des retraités qui ont économisé toute leur vie pour acheter un appartement qui leur permettrait d'avoir un revenu mensuel en complément d'une pension parfois trop faible. Ils ne peuvent pas se permettre d'avoir des loctaires qui arrêtent de payer le loyer, les charges ou dégradent leur bien. Rares sont les propriétaires qui n'ont pas connu de difficulltés avec leurs locataires à un moment ou un autre, du coup ils deviennent méfiants et par prudence exige des garanties ou se disent qu'on ne les y reprendra plus et que leur argent serait mieux à la caisse d'épargne. Evidemment cela n'encourage pas les bailleurs privés à construire repoussant la charge sur des bailleurs publics qui n'ont eux même plus d'argent.

La raréfaction de l'offre conduira mécaniquement à une hausse des loyers et à l'insolvabilté de certains. La hausse des taux d'intérêts de la BCE va aussi dans ce sens, elle rend insolvable certains acheteurs les poussant à rester locataire (d'où plus de demande de location face à moins d'offre) et renchérit le coût d'achat des bailleurs privés mais aussi publics qui sont alors conduits à demander des loyers plus élevés pour faire face au remboursement de crédits plus élevés eux aussi.

Concernant l'hôtel dans l'article, il est curieux que le propriétaire confisque les biens des occupants. Néanmoins s'ils ne peuvent plus payer, ils doivent partir sinon l'hôtel fait faillite et ses employés vont gonfler les rangs des chômeurs aux frais de la collectivité.

Enfin je pense que les personnes expulsées ne sont pas prioritaires pour les logements sociaux pour lesquels il y a des gens dans la même situation qu'eux qui attendent depuis des années sans protester et sont sur de longues listes d'attente. Je reconnais qu'il y a une détresse humaine que l'article s'efforce de montrer mais il n'existe pas de solutions à court terme pour un problème structurel.

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