RUBRIQUE :
Kadiatou, une femme en or
Vendredi 24/10/2008 | Posté par Nadia Méhouri |
Il est des personnes plus solides que le ciment des tours du 19e arrondissement de Paris. Kadi tient un « bureau dernière chance ». Portrait.
Kadiatou Diabira a 46 ans. Elle est divorcée et mère de trois enfants. Chaque journée qui commence est un marathon pour elle. Il faut la suivre pour y croire. La Pépinière Matis, dans le 19e arrondissement de Paris, où elle assure une permanence trois jours par semaine, est un lieu d’accueil pour les associations et les habitants munis d’un projet pour Orgues de Flandres, Curial, Cambrai et Alphonse Karr, des quartiers 19e arrondissement de Paris. L’association de Kadiatou, Entraide et espoir, y est domiciliée. Thierry, l’agent d’accueil et de médiation, connaît très bien Kadiatou (à gauche sur la photo), Kadi pour son entourage : « C’est un truc de malade, quand les gens ne la trouvent pas ici, ils disent "Bon ben, je vais aller chez elle". »
Trois personnes l’attendent déjà dans le hall. La permanence commence avec M. Timera. Il travaille auprès des familles qui font appel à lui quand elles rencontrent des problèmes d’autorité avec leurs enfants. Il est accompagné de Madame Sako, traductrice de langue africaine. Elle parle toutes les langues de l’Afrique subsaharienne : le bambara, le malinké, le diaranké et le soninké.
Kadiatou m’explique le but de sa collaboration avec M. Timera : « Nous voulons transmettre le savoir-vivre en société aux enfants nés ici et qui ont tendance à se laisser glisser dans la nature, parce qu'ils n'ont pas de repères. Les enfants ont une culture de la famille qui n’est pas celle qu’ils trouvent en sortant de chez eux. Ils n’ont pas d’identité solide. Nous voulons leur apprendre à conjuguer et composer avec ces deux civilisations, celle léguée par leur famille et celle de la société française dans son ensemble. »
" M. Timera est là pour que je l’aide à trouver un local, poursuit Kadiatou. Il veut aussi être déclaré en emploi de médiateur. Il a déjà commencé à intervenir dans les familles en tant que médiateur formateur. Il connaît les coutumes ancestrales de l’Afrique qu’il veut faire découvrir à nos enfants ainsi qu’aux Européens de souche. Je pense que ce sera plus facile pour lui d’obtenir un local que d’être déclaré en emploi de médiateur. Je vais voir avec Cédric, de l’association Projet19, s’il peut l’orienter. »
Kadi saisit le téléphone. Elle obtient un rendez-vous à M. Timera pour le 23 octobre. Rapide en besogne ! « J’essaie tout de suite de trouver un interlocuteur pour les personnes qui s’adressent à moi. » Kadi, si efficace, tellement indispensable, a posé sa candidature en 2006 pour poste d’ « adulte relais » au sein de la préfecture. Celle-ci l'a acceptée. Elle y est « chargée de médiation et d’accompagnement ». La majorité des adhérents de son association sont à 80% des Africains, les 20 autres pour-cent sont des Maghrébins et des Antillais.
« Les gens viennent me voir pour que je les aide à rédiger des lettres ou à entreprendre des démarches administratives, de type conseils juridiques, régularisation de papiers ou renouvellement de titres de séjours. Quand je m’y mets, je suis le dossier jusqu’à son aboutissement. Aujourd’hui, j’ai accompagné une personne qui a "obligation de quitter le territoire" à la préfecture. Il a eu de la chance, son rendez vous été reporté. »
Son association tente de sensibiliser les plus jeunes aux risques liés au Sida et aux MST, organise également des sorties à la mer, à « Paris by Night », ainsi que des après-midis entre femmes. « Notre but est d’améliorer le lien social et le bien vivre ensemble, car nous avons constaté que beaucoup de gens sont isolés. Avec les jeunes ados de 12 à 18 ans, nous avons mis en place un projet intitulé "inter culturalité" dont le propos est "la culture de mon pays d’origine". »
Je repasse un autre jour à la permanence de Kadiatou. Ilhem Bejaoui, une bénévole, juriste de formation, s’affaire à regrouper les pièces d’un dossier de refus de régularisation éparpillées sur un coin de bureau. « Pourtant, dit-elle, le cas de cette famille obéit aux critères de la circulaire Sarkozy du 13 juin 2006. En plus, elle peut justifier de plus de 10 ans de résidence sur le sol français. Cette fois-ci le dossier sera envoyé à la Ligue des droits de l’homme. »
Un véritable travail à la chaîne pour Kadiatou Diabira. « J’ai reçu 17 messages sur mon portable entre 9 heures et 11heures, je les écouterai plus tard, là je n’ai pas le temps. Hier soir j’en avais 33. » La présidente de l’association Entraide et espoir est en train de taper un CV pour Mme Guedrogo, qui souhaite postuler au « 104 », le nouvel établissement artistique de la rue d’Aubervilliers, tout proche. Le « 104 » recrute. Mme Guedrogo craint que les emplois de femmes de ménage ne soient donnés à des personnes qui n’habitent pas le quartier. Kadi, le téléphone rivé à l’oreille, tente de joindre le directeur du « 104 ». Elle se veut rassurante : « Nous nous battrons pour que les femmes de notre quartier y obtiennent en priorité un emploi, car le 104 est dans notre quartier. » Mme Guedoro ajoute : « Mon mari est malade, on n’arrive plus à payer la maison, il me faut ce travail ! »
Il est 11h30, trois personnes attendent encore dans le hall, Kadi a rendez vous à la mairie à midi… « Il faut recruter d’autres personnes pour m’aider à gérer cette montagne de demandes. Ça ne finit jamais. » Le soir, lorsqu’elle rentre chez elle, épuisée, c’est toujours le même rituel : « Je trempe mes pieds dans l’eau chaude et je pense que chaque fois qu’une bonne chose arrive, ça me donne envie de continuer. Mais lorsque je n’obtiens pas gain de cause pour ceux qui s’adressent à moi, je me dis que fatiguée ou pas, je ne dois pas m’arrêter sur des résultats négatifs. il faut persévérer. »
Kadiatou Diabira et son association Entraide et espoir font partie des richesses du 19e arrondissement de Paris. Kadi et son équipe de bénévoles sont devenus indispensables pour beaucoup des habitants nécessiteux des cités Curial et Cambrai.
Nadia Méhouri
S'inscrire pour commenter




Réactions des internautes
Vendredi 24 Octobre 2008, 13:42
Signaler un abus
« Nous nous battrons pour que les femmes de notre quartier y obtiennent en priorité un emploi, car le 104 est dans notre quartier. »marrant, je suis curieux de savoir si elle a reflechi aux conséquences de sa pensée :
Pour les emplois à paris elle ne veut que des parisiens ? et "les emplois français aux français !" ???
Avec les jeunes ados de 12 à 18 ans, nous avons mis en place un projet intitulé "inter culturalité" dont le propos est "la culture de mon pays d’origine". »
Euh, tres bien, tres bien, mais pourquoi pas un projet intitulé "inter culturalité" dont le propos est la culture de mon pays d'acceuil ? "
Répondre -
Vendredi 24 Octobre 2008, 16:18
Signaler un abus
← Re:
--> MowgliiPour répondre à votre seconde question, la réponse se trouve quelques lignes au-dessus, dans l'article :
Kadiatou m’explique le but de sa collaboration avec M. Timera : « Nous voulons transmettre le savoir-vivre en société aux enfants nés ici et qui ont tendance à se laisser glisser dans la nature, parce qu'ils n'ont pas de repères. Les enfants ont une culture de la famille qui n’est pas celle qu’ils trouvent en sortant de chez eux. Ils n’ont pas d’identité solide. Nous voulons leur apprendre à conjuguer et composer avec ces deux civilisations, celle léguée par leur famille et celle de la société française dans son ensemble. »
N'oubliez pas de ne pas garder de l'article que ce que vous avez bien voulu y lire...
Mama
Répondre -
Vendredi 24 Octobre 2008, 16:26
Signaler un abus
← Re:
mama , j'avais en effet bien lu et relu cela.mais justement, une fois ce dagnostic posé, une fois cette declaration d'objectifs faite, de concilier les deux cultures, je m'attendais à ce qu'un cours soit donné par rapport au pays de vie.
or apprend uniquement que y'a ce cours sur le pays d'origine. si c'est le seul, c'est bien dommage .
Répondre -
Vendredi 24 Octobre 2008, 16:29
Signaler un abus
← Re:
Je suis de l'avis de Mowgli. Emigrer est douloureux. Si les parents qui émigrent ne veulent pas que leurs enfants connaissent le mlême déchirement et souffrent d'un manque d'identité, il me semble qu'il vaut mieux jouer à fond la carte du pays d'accueil et uniquement celle-là : apprendre la langue du pays d'accueil, son Histoire et ses codes ,sous peine d'obtenir l'effet inverse à celui recherché, une iden tité solide. Cette deuxième génération sera toujours à temps d'apprendre le bambara ou le wolof plus tard. Dans un premier temps, il faut parer à l'urgence et je crois qu'il vaut mieux mettre en place du soutien scolaire.Conjuguer et composer deux civilisations, c'est dur et c'est déjà dur avec une seule.Au fait, pourquoi habiter Paris, ville chère et dans laquelle les gens qui travaillent ont du mal à se loger?Répondre -
Vendredi 24 Octobre 2008, 21:36
Signaler un abus
← Bonsoir...
Bonsoir,"L'assimilation" serait donc le remède ? Ce concept a fonctionné avec l'immigration européenne (italienne,espagnole,polonaise etc...) mais se "heurte" à de nouvelles données.Ne serait-il pas plus judicieux de trouver un nouveau modèle ?
Les harkis ont pourtant essayer de s'assimiler en optant pour ce projet de "l'homme nouveau" à la sauce frenchie !!Qu'ont-ils obtenus sinon plus d'ostracisme et de mépris!!
Une identité solide permet au contraire d'appréhender le monde avec sérénité et ne pas trébucher sur une schizophrénie culturelle qui est entre autre à la base du malaise de "nos banlieues".
Répondre -