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« 9/3, Mémoire d’un territoire » fait un tabac au Bondy Blog

Lundi 27/10/2008 | Posté par mehdi_et_badroudine |

Projection privée du film de Yamina Benguigui, samedi, dans les locaux de la rédaction. Une grande découverte, du bonheur et des larmes partagés.

Quatre punaises, un drap blanc à peine repassé, un rétroprojecteur et le tour est joué. C’est comme ça au Bondy Blog, on fait avec les moyens du bord. Et on fait bien ! Comme à Canal, mais avec moins de moyens. Le 29 septembre, Canal + diffusait « 9/3, Mémoire d’un territoire », de Yamina Benguigui. Ce jour-là, la réalisatrice tapissait les « unes » des journaux. Les critiques n’étaient qu’éloges. Le lendemain, on apprenait par le directeur de la chaine cryptée que « le documentaire avait été un succès historique, en terme de chiffres pour la chaine ».

L’aventure ne faisait que commencer. Alors, le Bondy Blog a sauté sur l’occasion. Le rédac’ chef voulait une projection du film en présence de l’équipe du blog, dans les locaux du blog, à Bondy, suivi d’un débat avec la cinéaste. Yamina, « fidèle lectrice » du BB, a accepté avec plaisir la proposition.

Samedi 25 octobre, le début de la projection est prévu pour 15 heures. Les retardataires arrivent essoufflés. Premières images. Des émeutiers révoltés sur la douce voix de Souad Massi. Le film alterne, pendant une heure et demie, entre témoignages et images d’archives. Générique de fin. La réalité dévoilée fait pleurer quelques-uns : évocation de ces pères et de ces mères déboussolés par la société française qu’ils découvrent, souvenirs de frères ou d’amis partis trop tôt. Mais des applaudissements nourris, qui permettent d’évacuer un trop-plein d’émotion. « Très bien », « vraiment super »… Le Bondy Blog a apprécié. Le thé est servi. Yamina Benguigui va bientôt arriver.

La réalisatrice pénètre dans les locaux. Nouveaux applaudissements, elle sourit. Les personnes qui ont vu le film s’installent autour de la grande table, face à elle. Nadia salue l’absence d’images violentes, si souvent présentes dans les reportages consacrés à la Seine-Saint-Denis. Et pourquoi c’est passé sur Canal + ? La réponse est simple : ni France Télévisions, ni TF1 n’ont voulu du documentaire. « Pour la télé, c’est un non sujet, ce que je ne pense pas, bien sûr, affirme Yamina Benguigui. La mémoire du 93 n’intéresse pas. Pourtant, cette banlieue est bien française ! »

Une anecdote – enfin, plus qu’une anecdote – lui revient à l’esprit. « J’en ai pleuré les larmes de mon corps, entame-t-elle. J’ai été convoquée au CNC (Centre nationale de la cinématographie), devant le directeur de la commission, Serge July (co-fondateur du journal Libération), après avoir demandé une aide à cet organisme pour la réalisation de mon film. Serge July m’a dit "non". C’était vraiment humiliant, hein, Said ? » Said, son assistant, approuve d’un signe de tête.

« On n'a pas aimé que je donne ce gros coup de projecteur, ajoute Yamina Benguigui. Mes films dérangent la gauche bien pensante qui se vante d'avoir fait Jamel. » Mais Yamina s’en fiche des détracteurs. Elle préfère, avec fierté, dire que son film « a été montré à New York et qu’il sera projeté, très bientôt, dans la ville d’Obama, à Chicago ». Waouh !

« 9/3, Mémoire d’un territoire » va partir sur les routes de France à la rencontre du public. Sa réalisatrice espère le présenter au festival de Berlin. Et dans deux mois, il devrait sortir en salles. Il est même question d’une projection à l’Elysée, devant Monsieur le Président, si préoccupé par les banlieues. Yamina jure qu’elle « ne lâchera pas l’affaire ». L’aventure ne fait que commencer.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

CE N'EST PAS FINI ! Nos deux blogueurs, Mehdi et Badroudine, ne savent pas comment vous le dire, alors nous le faisons pour eux. Cette aventure qui ne fait que commencer, vous pouvez la suivre sur un blog qu’ils ont créé tout spécialement pour raconter la vie, à partir de maintenant de « 9/3, Mémoire d’un territoire ». Voici l’adresse : http://93minutes.wordpress.com

mehdi_et_badroudine -

Réactions des internautes

Restain
Lundi 27 Octobre 2008, 08:57
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Lecteur de longue date du Bondy Blog, j'avoue ma perplexité devant votre enthousiasme à propos de ce film.

Avez vous lu la tribune, éloquente, d'historiens réputés et sérieux intitulée:

«Le «9-3» de Yamina Benguigui : un usage falsifié de l’histoire» ?

C'est passionnant.

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saint-bernard
Lundi 27 Octobre 2008, 09:15
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Re:
Merci de ce lien tout à fait éclairant.

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badrou
Lundi 27 Octobre 2008, 10:03
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Re:
Ne vous inquétez pas, fidéles bondynautes...
Cette polémique entre les historiens et Benguigui que mediapart a commençé à sortir, ça sera pour bientôt qu'on l'abordera. Vous verrez que contrairement aux apparences, c'est bien une nouvelle histoire montée de toutes piéces par l'établishment médiatique et parisien qui se sent dérangé par ce film... 

bientôt sur:  http://93minutes.wordpress.com
Badrou et Mehdi

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Le Spectre
Lundi 27 Octobre 2008, 10:24
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le bb peu etr fier de c 2 jeune recru medi et badroo

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Le Spectre
Lundi 27 Octobre 2008, 10:26
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lie
Lundi 27 Octobre 2008, 10:45
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Re:
Aywa El Spectro, très bonne recrue, j'attends la suite de l'affaire avec impatience.
Tu as vu ce doc ?

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Le Spectre
Lundi 27 Octobre 2008, 10:59
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Re:
bonjour Lie

oui tres bon doc, tres bon film, comme d'hab avec Yasmina Benguigui. Un caractère!
j'attend la suite. Mais on sait deja pourquoi ils veulent écrir réécrir l'histoire... le serge july, c le nafrag des gauchiste ex maoiste  (ils ont pas changé, ils aiment les chass o sorcière, traker les impureté) pas grave, ça fait parti de l'histoir
medi et badroo, continuez!

salut lie  

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sambatra
Lundi 27 Octobre 2008, 12:53
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Re: ce n'est pas dans le film
"Il a 22 ans; Il est déjà connu des services de police.Alors qu'il se tenait au pied de son immeuble ,il a reçu une balle dans la cuisse .C'était le drame "attendu" .
Il appartient à une famille polygame.Ils vivent à 25 dans un 4 pièces où les épouses rivales se défient constamment .Le mari,lui, est retourné au Mali.13 enfants d'un coté ,10 de l'autre .Il n'y a pas assez de lits pour tous .Une des épouses est prete à partir ,à "décohabiter". Une loi pour les ménages polygames le permet. Alors elle attend un logement .Les enfants partagent les matelas,se lèvent fatigués ,somnolent à l'école ,se couchent des qu'ils rentrent pour récupérer et autrement vivent dehors ." . "Vous ne verrez que des Noirs et des Arabes en bas. "

La crise du logement ne pourra que s'aggraver.Meme les bénéficiaires de logements sociaux ne peuvent s'acquitter du prix des loyers .1.200 .000 demandes pour un parc de 420 .o00 logements .Et chaque année une nouvelle vague de migrants qui s'ajoute. Mme Lie semble aveugle dans sa banlieue à ces arrivées massives . Elle ne semble pas s'en soucier.Mais peut etre a-t-elle une truelle magique pour faire sortir de terre les logements qui manquent . Ce serait bon pour la nation .

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leboun
Lundi 27 Octobre 2008, 13:04
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Re: ce n'est pas dans le film
Moi j'ai pas vu le film, mais j'ai peur d'une chose, que ce film montre ça vérité du 93! Moi je vis a gagny ( donc a 5 km de bondy pas plus) et je n'ai pas la même vie que ce soit disant 93... bref j'espére qu'il n'y a pas d'amalgame et que le film parle vraiment de tout les habitants et pas que ceux des cités! Parce que ce serait leur donner une représentation qu'il n'ont pas! Mèmoire du 93... j'espére que ça ne s'arrete pas a un vague reportage sur les émeutes. Parce que bon je sais pas combien on est dans le 93 mais yen a qu'une minorité qui sont sorties dans la rue! ça se compte en centaine le nombre de délinquant! alors faudrait pas non plus sur-représenter hein!

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Legolas
Lundi 27 Octobre 2008, 15:58
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Re: ce n'est pas dans le film
Il est super intéressant le point de vue d'historiens et de chercheurs du CNRS, car ça change du point de vue biaisé des blogueurs et journalistes...
Je vous le conseille : http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/241008/le-9-3-de-yamina-benguigui-un-usage-falsifie-de

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aplanos
Lundi 27 Octobre 2008, 17:02
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Merci à Restain pour le lien vers l'article des historiens qui contestent la version dirigée de benguigui. Ce qu'ils disent est vraiment le reflet de la réalité, telle qu'elle est encore dans la mémoire des membres de ma famille, installée à Saint Denis depuis la fin des années 1840. Ce documentaire est la vision personnelle de benguigui, alors qu'elle évite de le présenter comme étant l'histoire du territoire en question.

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Biblius Cactus
Lundi 27 Octobre 2008, 17:12
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la diférensse entre chercheurs o cnrs et artiste
c que yen a ki cherche
et d'autr ki trouv

on lè zentend jamè ceula, les estampillé droit de pEnser
sauf today of courss... 
alors on écoute  ceux ki se donn le devoir de pAnser
les intello organiques, comme disait l'autre... 
l'histoire: vérité objective? mdr

hein?

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Le Spectre
Lundi 27 Octobre 2008, 17:20
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Re:

biblius cactus a été oci entre les murs avec un prof péteu? 

hehe


http://www.editionsamsterdam.fr/Site/accueil.htm

http://www.nonfiction.fr/home.htm

2 sites pour les 2 jeunes blogueurs, intello organiques mazett

apluss
 

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aplanos
Lundi 27 Octobre 2008, 17:25
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Re:
ça pique les yeux de lire le commentaire du cactus. Ou voit il un ou une artiste au sujet du documentaire? A part une vision dirigée du sujet, je ne vois pas grand chose! Pas étonnant que July a refusé son sujet.

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Le Spectre
Lundi 27 Octobre 2008, 17:33
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Re:
la kestion c:
mé kèce ke fou July à la commission du cnc??? meme les tocar de libé n'en veulent plus!

misère

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lie
Lundi 27 Octobre 2008, 17:41
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Re:
Aplanos,
tu n'as même pas vu ce docu.

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aplanos
Lundi 27 Octobre 2008, 17:43
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Re:
Bonjour Lie,

Si depuis la dernière fois je l'ai vu.

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lie
Lundi 27 Octobre 2008, 17:44
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Re:
Biblius Cactus,
Zé bin cru voir un ro minom !

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risan
Mardi 28 Octobre 2008, 10:23
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merci yamina si tu permet je vais te tutoyer come ca se fait si bien dans notre bon 93 et tous le monde chez nous c'est bien que le climat n'en n'est que bien plus agréable le vouvoiment  je le laisse pour les personnes avec lesquelles il y a de la distance et ta facon de voir les choses me semble si proche
je voulais juste te remercier pas du tout come un fan mais plutot come un anonyme parmis tans d'autres qui découvre certaines choses et qui est découvert par certains comme n'etant pas une chose merci madame particuliérement pour mémoire d'immigrés mais evidement pas que pour cela!

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Yeznig Arevikian
Mardi 28 Octobre 2008, 12:01
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Re:
Des historiens — Emmanuel Bellanger (CNRS-Paris I), Alain Faure (Paris X), Annie Fourcaut (Paris-I) et Natacha Lillo (Paris-VII) — dénoncent une vision mythique de l’histoire de la banlieue dans le film deYamina Benguigui, 9-3, Mémoire d'un territoire,salué par la presse comme une œuvre salutaire sur la Seine-Saint-Denis.

 

 


9-3, Mémoire d'un territoire, le film de Yamina Benguigui a bénéficié d'une couverture médiatique exceptionnelle. Présenté comme le documentaire historique que la Seine-Saint-Denis attendait, il a été célébré par toute la presse comme une œuvre salutaire. La Seine-Saint-Denis — qui n'existe que depuis 1964 —, n'aurait été qu'une terre de misère et de désenchantement, une terre toujours «sacrifiée», «abandonnée», aujourd'hui «sans issue».


L'orchestration musicale et les images en boucle des émeutes de 2005 donnent au film un ton mélodramatique qui offre une vision du passé reconstruite de façon partisane. Alors que ce film prétend rendre hommage aux femmes et aux hommes qui y ont vécu et y vivent, il les enferme dans les pires poncifs sur la peur des faubourgs. Depuis la monarchie de Juillet, l'exclusion frapperait ce territoire ! Qu'on permette à des historiens, censurés par l'auteure lorsque leur témoignage n'allait pas dans le sens voulu, de redresser un certain nombre d'erreurs, voire d'énormités historiques, contenues dans ce film.

 

Non, les usines et les ateliers n'ont jamais été expulsés de Paris. Pour cette simple raison d'abord qu'il n'existait pas au 19e siècle de réglementation générale qui aurait pu fonder un tel transfert. Les patrons qui sont partis aux marges de l'agglomération pour installer des établissements fonctionnant à l'aide d'une main d'œuvre déqualifiée et sacrifiée l'ont fait volontairement, et surtout ce mouvement n'a pas été présenté par l'historien interrogé comme le moteur de tout le développement industriel. C'est l'habileté du montage qui lui fait dire cela.

Les usines ne sont pas parties de Paris pour cette simple raison aussi qu'elles y sont restées. La capitale demeure, jusqu'au milieu du XXe siècle, une grande ville industrielle, avec, entre autres, de grandes unités de production, tout aussi polluantes que celles de Saint-Denis. N'importe quel Parisien ou Parisienne âgé et né dans un arrondissement à deux chiffres — sauf le XVIe et le XVIIe, et encore ! — vous dira que son enfance a baigné dans les fumées et les odeurs industrielles. Un exemple entre cent : jusqu'à l'exposition de 1937, une grande gare à charbons subsiste, quai d'Orsay, quasiment au pied de la tour Eiffel, pour l'approvisionnement des usines installées dans le XVe arrondissement. En 1906, la capitale compte 550 000 emplois dans l'industrie, la banlieue, en son ensemble, à peine 190 000.

 

En effet, les communes industrielles du futur 93 eurent de nombreuses sœurs en banlieue proche, et notamment à l'ouest. La ligne des Moulineaux — le tramway T2 aujourd'hui — a été prolongée jusqu'à Puteaux dans les années 1870 pour amener le charbon aux nombreuses usines installées dans les parages. L'histoire détaillée des beaux quartiers de Paris est aussi pleine de surprises : les propriétaires de la plaine Monceau ont eu à subir la présence d'une usine à gaz installée boulevard de Courcelles jusqu'en 1891 ; sur l'emplacement actuel de la maison de la Radio, l'usine à gaz de Passy, elle, fonctionna jusqu'en 1926. Les Ternes, dans le XVIIe, furent longtemps un quartier spécialisé dans la carrosserie et la construction des voitures à chevaux : l'industrie automobile s'est développée dans la banlieue ouest en continuité géographique avec cette industrie parisienne. Bref, le rôle des vents dominants, qui expliquerait ce soi disant monopole de l'est ou du nord-est pour l'industrie émettrice de fumée, est une idée fausse : pourquoi aurait-on cherché à préserver une zone d'un fléau qu'elle subissait déjà ?

 

Mais à qui veut-on faire croire que la misère ouvrière et l'exploitation des migrants ont été l'apanage de ces communes ? Les Bretons par exemple étaient nombreux à Saint-Denis, mais ils étaient plus nombreux encore à trimer dans les usines et les chantiers de Paris. Et les domestiques, ces demi esclaves au service des ménages parisiens ? Les raisons de l'installation dans le futur 93 de nombreuses vagues d'immigration tant européennes qu'africaines sont à peine évoquées : on passe de la présence espagnole, dès la Première Guerre mondiale, à l'arrivée des rapatriés d'Algérie et des Antillais, sans jamais évoquer les Italiens, installés depuis la fin du XIXe siècle et longtemps majoritaires, l'arrivée des premiers Kabyles dans l'entre-deux-guerres et l'immigration portugaise des années 1960.

Tous ces hommes et ces femmes n'ont pas été «relégués» en banlieue ; ils ont choisi d'y venir car ils savaient qu'ils y trouveraient un emploi qui, bien que souvent très dur, leur permettrait d'accéder à un niveau de vie nettement supérieur à ce qui les attendait dans leur pays.

Dans un espace marqué avant tout par une forte solidarité ouvrière, les mariages mixtes sont présentés à tort comme marginaux, et cela pour mieux étayer la thèse de la «ghettoïsation». Rappelons que les filles et fils d'Espagnols et d'Italiens de la banlieue nord-est ont épousé à plus de 75 % des «Français de souche». Les unions entre enfants d'Algériens, de Marocains ou d'Antillais et de «Français blancs» sont également très fréquentes.

 

Le film caricature à l'excès l'histoire du logement social. Les architectes et urbanistes ne seraient que d'avides bâtisseurs sous influence, si ce n'est corrompus. La construction des grands ensembles, dans le 93 comme partout ailleurs, répond d'abord à la volonté de sortir les familles françaises des taudis où elles croupissent, de résoudre, au plus vite, avec les moyens de la France ruinée de l'après guerre, la terrible crise du logement. Les «logements Million», vilipendés dans le film, sont le produit du contexte des années 1950, que le film ignore. Les logements neufs et confortables, construits par les Offices HLM dans les années 1960, constituèrent un progrès immense pour ceux qui y accédèrent. A partir de la création du département en 1964, l'État et les collectivités locales ont poursuivi une politique continue d'équipement : du logement social digne, deux universités, des services publics pionniers, le premier tramway francilien...

 

La Seine-Saint-Denis résidentielle et coquette de l'ancienne Seine-et-Oise n'a pas droit de cité. Le film n'accorde non plus aucune place à une banlieue populaire, choisie et aimée, celle des promenades du dimanche et surtout celle des lotissements. Acheter un terrain pour avoir un jour une maison à soi, ce fut le rêve réalisé de foules d'employés, de petits commerçants et d'ouvriers pour qui cette banlieue encore verte apparaissait infiniment désirable. Où est ici l'exclusion?

 

Aussi contestable est la marginalisation de la banlieue rouge, du socialisme et du communisme municipal. La dimension collective et intégratrice de l'engagement militant dans les partis, les syndicats, les associations, est sciemment minorée. Les temps forts (le Front populaire, mai 1968...) et les lieux de sociabilité festive (les processions religieuses, la fête de l'Huma au parc de La Courneuve, les fêtes de quartiers...) sont écartés, car ils contrarient la vision misérabiliste du documentaire. Alors que les élus locaux communistes ont joué un rôle déterminant dans la cohésion sociale du 93, aucun n'est interrogé.

 

Ce film invente le passé du 93 ou n'en veut retenir que le plus sombre, pour faire de ce département un territoire martyrisé depuis deux siècles. Œuvre de mauvaise fiction, il verse dans le plus classique misérabilisme en usage à propos des banlieues. Mais à quoi sert de tordre ainsi l'histoire d'un département dont la crise actuelle, elle, est bien réelle?


http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/241008/le-9-3-de-yamina-benguigui-un-usage-falsifie-de 

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athena
Jeudi 6 Novembre 2008, 19:00
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Re:
Va voir ce lien, tu auras la réponse qui a été faite à ces grands historiens!

http://93minutes.wordpress.com/yamina-benguigui-restitue-la-verite/

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