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Paris-Dakar: deux banlieues, deux types de violence

Vendredi 23/01/2009 | Posté par Ousmane Diop |

Si, à Clichy-sous-Bois et à Guédiawaye, le chômage est la norme, la manière de résoudre les problèmes n’est pas la même. Du moins, pas encore.

Il arrive que les jeunes de la banlieue parisienne expriment leurs frustrations en brûlant des voitures et en affrontant les forces de l’ordre. Ceux de la banlieue dakaroise n’en sont pas encore arrivés à ce stade. Contrairement aux Français, les habitants de la banlieue de Dakar, répartis entre Guédiawaye, Pikine, Parcelles Assainies, Thiaroye, Rufisque, n’ont pas l’habitude de manifester leur mécontentement en utilisant la violence contre les autorités de l’Etat. Et ce, malgré le sort peu enviable qui leur est réservé.

A Dakar, même si beaucoup de jeunes de la banlieue ne vont pas à l’école et sont sans emploi, cela ne les amène pas à crier leur ras-le-bol en jetant des pierres ou en incendiant des commerces, comme les jeunes de la banlieue parisienne l’ont fait en 2005. Peut-être est-ce dû à des réalités socioculturelles. Comme dans la plupart des sociétés africaines, les jeunes ne peuvent agir qu’après avoir obtenu l’aval de leurs parents. L’adage dit que « le chemin de la paix n’est pas loin ». Les Sénégalais préfèrent garder un mal le plus longtemps possible sans avoir à en venir aux mains.

Les affrontements, seulement au stade et à la fac. Les jeunes de la banlieue dakaroise ne sont pas victimes de racisme à cause de leur groupe ethnique, encore moins de la couleur de leur peau, contrairement à leurs frères parisiens. Ceux qui, à Dakar, ont réussi à entrer à l’université peuvent vraiment s’estimer heureux quand on voit le grand nombre de jeunes avec qui ils ont joué enfants, et qui sont maintenant abandonnés à eux-mêmes. Sans emploi et sans qualification.

Ce n’est pas pour rien si le taux de criminalité dans la banlieue est important. Il est moins risqué pour un jeune d’attendre la tombée de la nuit pour se cacher dans un coin isolé, sans éclairage, d’attendre que quelqu’un passe, de le menacer avec un couteau ou une machette que d’affronter la police en plein jour au risque de se faire jeter en prison où il sera oublié pendant des années avant d’être jugé.

Les seuls moments où on assiste à des scènes de violence entre forces de l’ordre et jeunes sont, entre autres, les rencontres de football entre équipes de quartier. En fait, il n’y a pratiquement que les étudiants de l’université qui affrontent quotidiennement les forces de l’ordre pour être satisfaits. Pour le paiement de bourses, protester contre les mauvaises conditions d’hygiène dans les restos, la mauvaise qualité des repas, le manque de moyens pour étudier… La liste est longue.

Ici, pas de guérilla urbaine. Cependant, cette situation est en train de changer. Les manifestations contre les autorités gouvernementales sont de plus en plus fréquentes. Récemment, le collectif des imams du département de Guédiawaye (localité située dans la banlieue dakaroise) réclamait la baisse des factures d’électricité. Fin décembre 2008, dans la région de Kédougou, à quelques encablures de la frontière avec la Guinée Conakry, les jeunes sont descendus dans la rue pour dénoncer la discrimination dont ils sont victimes concernant les offres d’emploi pour l’exploitation des mines de Sabadola riches en or.

Mais de là à affronter les policiers pendant des semaines. A transformer la banlieue en une sorte de guérilla urbaine. Les jeunes banlieusards sénégalais n’agissent pas ainsi. C’est une grande différence avec les jeunes Français. Mais, c’est vrai, la situation change. Et les jeunes Sénégalais osent maintenant faire des choses qui étaient jusque là impensables.

Ousmane Diop (Dakar Bondy Blog)

Ousmane Diop -

Réactions des internautes

lie
Vendredi 23 Janvier 2009, 13:33
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Ah ça ira, ça ira, ça ira!
Wè Ous, c'est magique, je viens de laisser un com suite à ce post sur le DakarB et paf il débarque à Bondy. Bon pour un copier coller alors.

Très intéressant ton post Ousmane. Je voudrai rajouter quelques points sur ces différences de réactions "Peut être est-ce du à des réalités socioculturelles" en effet si tu regardes bien l'histoire de France, ce type de manifestation n'a pas commencé  seulement il y a qq années, on pourrait remonter jusqu'à la révolution française, le front populaire et encore mai 68. On peut donc dire que cela fait partie de notre réalité socioculturelle, j'irai même jusqu'à dire que cela fait partie de notre identité française. Aujourd'hui se sont les voitures brûlées, hier les barricades, mais avec toujours cet esprit frondeur et d'irrespect envers les forces de l'ordre. Après, je ne dis pas que c'est en brûlant des voitures que l'on fait avancer les choses, ils seraient beaucoup plus ou mieux entendu si ils ne s'en prenaient pas au bien d'autrui, et surtout si ces jeunes marquaient leurs luttes sous le sceau républicain et non celui du communautarisme.

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france de zidane
Samedi 24 Janvier 2009, 12:48
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Re: Ah ça ira, ça ira, ça ira!
Bien vu c'est une réflexion pertinente

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ah-bon
Vendredi 23 Janvier 2009, 15:01
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les senegalais sont de grands enfants par rapport aux congolais ,aux rwandais ,aux kenyans, ethiopiens,somaliens

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lie
Vendredi 23 Janvier 2009, 15:36
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Re:
De grands enfants ? C'est enterrer un peu vite leur esprit de rébellion, en 68 ils n'ont pas été les derniers à se révolter eux aussi et puis comme toujours il y a les artistes, le "sénérap" plutôt très engagé socialement avec des artistes comme Didier Awadi et son "Sunugaal":
"

Refrain
Toutes vos belles paroles
Toutes vos belles promesses
On les attend toujours

AWADI :
Vous m'aviez promis que j'aurais du boulot
Vous m'aviez promis que je n'aurais plus jamais faim
Vous m'aviez promis de vraies occupations et un avenir
En vérité jusqu'ici je ne vois toujours rien
Voilà pourquoi j'ai décidé de fuir, voilà pourquoi je me casse en pirogue
Je le jure ! Je ne peux rester ici une seconde de plus.
Mieux vaut mourir que de vivre dans de telles conditions, dans cet enfer
Advienne que pourra
Je préfère encore mourir
Les journalistes politiques sont en prison ou à la DIC (Division Investigations Criminelles)
Les Opposants politiques sont en prison ou à la DIC.
Trop de sociétés sont en faillite ICS, SONACOS sombrent toutes dans la faillite
Tous les jours vos scandales inondent nos radios
Le Vieux, son fils spirituel, le fils du Vieux
C'est devenu grave ce qui se passe au Sénégal
Les voleurs et les criminels sont libres ou relâchés et on trouve ça légal.

 

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saint-bernard
Vendredi 23 Janvier 2009, 18:16
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votre article est intéressant, mais je souhaiterais vous poser une questin. Etes-vous sûrs que les auteurs de violence en banlieue soient victimes de racisme. Ne peut-on concevoir qu'ils soient racistes. Le raciste, c'est forcément le Blanc?

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lie
Vendredi 23 Janvier 2009, 18:32
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theballs
Vendredi 23 Janvier 2009, 19:08
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Affrontements entre policiers et commerçants ambulants à Dakar

a part ca "Ici, pas de guérilla urbaine"

Sur tout le long des avenues Blaise Diagne et Emille Badiane, qui mènent directement au marché principal de Sandaga situé au centre-ville de Dakar, les jeunes ont saccagé les feux-rouges des différents carrefours et démoli plusieurs panneaux publicitaires, avant de s’en prendre à la mairie d’arrondissement de la Médina. Le bâtiment de la mairie a été pillé et un véhicule, qui se trouvait dans la cour, incendié.

Source Afrik.com

Bonne soirée

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Sebastien
Vendredi 23 Janvier 2009, 20:00
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vu de loin...
Cher Ousmane,

Dakar reste loin de Paris, même en prenant des raccourcis. En France, ne pas être blanc ne signifie pas irrémédiablement la promesse d'une mort sociale, tout comme le fait de l'être ne déroule pas le tapis rouge vers les sommets. Habiter une ex-banlieue ouvrière n'est pas une tare insurmontable, même si on y trouve une concentration de difficultés économiques et sociales qui exigent une attention particulière.

Pour résumer, on peut s'en sortir. Certains ont sans doute besoin d'un bon coup de pouce, mais l'essentiel est une question de volonté.

Bon, on ne va pas (plus) vous (se) mentir : ce ne sera jamais l'abondance et la prospérité pour tous les hommes de bonne volonté. C'est le système qui veut ça, mais il est le même pour presque tout le monde : rude, sélectif, souvent injuste. On s'en sort un peu mieux en s'y étant préparé, et on peut même s'en détacher en adoptant un mode de vie alternatif.

Seulement, les jeunes français dont vous parlez, ils ont les mains vides, ils sont désarmés. Quand les étudiants balançaient des pavés en mai 68, dans l'autre main ils avaient un diplôme, ou tout au moins, un certain savoir. Là, une fois qu'on a balancé le cocktail Molotov, qu'est-ce qui reste ? Un peu plus de frustration et de désespoir.

Votre conclusion tombe à point :

"Et les jeunes Sénégalais osent maintenant faire des choses qui étaient jusque là impensables.".  Vue de France, ce qui semble "impensable", ce sont ces jeunes sénégalais qui payent des millers d'euros pour embarquer sur des rafiots qui les conduiront, peut-être, vers le bout de terre européen le plus proche et vers une vie de clandestin.

Pour moi, c'est aussi une expression violente de désespoir.

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solare
Samedi 24 Janvier 2009, 16:22
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Re: vu de loin...
Sebastien    TB

Dans lesannées 60 ,les grands pères  criaient :Vive Senghor !!  à bas le Colonialisme !!!
Vive le Sénégal !!! Vive l'Indépendance

On ne s'exilait pas .On ne se prenait pas pour des morts vivants.

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verygoodisgood
Samedi 24 Janvier 2009, 15:40
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y'a pas que les racailles qui peuvent utiliser la violence . les syndicats qui pourrisent la vie des gens vont bientot etre lynchés en place publique, à ce rythme . mort a Sud !

"
Des voyageurs impatients ont encerclé un local d'accueil dans lequel se sont réfugiés les agents de la SNCF pour échapper à la colère des usagers, qui ont brisé deux vitres de ce local et craché sur les autres. Les policiers entouraient le local pour protéger les agents de la SNCF de la colère de la foule. La fermeture de la gare le 13 janvier par la direction de crainte d'un "engorgement" après l'exercice massif du droit de retrait des cheminots suscité par l'agression d'un conducteur avait déclenché l'indignation des voyageurs."

AFP 



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