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Théâtre avec des personnes en situation d’autisme
Vendredi 23/01/2009 | Posté par Juliette Baron |
Claire, Laura et Matthieu sont de jeunes adultes autistes. Juliette les a mis en scène. Carnet de bord d’un atelier théâtre pas si particulier.
« L’artiste professionnel est là pour apporter une autre matière, pour faire des propositions qui vont venir nourrir et stimuler nos jeunes », me dit le directeur d’un établissement spécialisé des Hauts-de-Seine. « Capter leur attention est très difficile et leur comportement peut être très déroutant. » J’avais constaté cet aspect des choses dès mon arrivée, lorsque Gilles*, un résident, m’avait accueillie. En me voyant, il avait hoché la tête d’un air entendu et m’avait pris la main en me faisant signe de le suivre. Je croyais qu’il allait me guider jusqu’au lieu de rendez-vous. Il me fait effectivement traverser le bureau – vide – du directeur mais m’emmène sur la terrasse ensoleillée. Là, il m’indique la balancelle, m’allonge les jambes, insiste pour que je m’adosse, tout en faisant de même. Il voulait tout simplement partager un moment de farniente.
La semaine d’après pour l’atelier, je suis avec cinq jeunes adultes de 20 à 30 ans, deux garçons et trois filles, accompagnés de leur éducateur et d’un stagiaire. Les séances se passent dans un lieu à l’extérieur du centre avec une scène en bois légèrement surélevée, des rideaux noirs qui marquent les coulisses et divers cubes en bois de tailles différentes qui permettent de construire des éléments de décor. Je lance des déambulations, des marches différentes pour solliciter le corps, varier les appuis. Déjà le fait d’être pieds nus au contact du sol les amusent, Claire* particulièrement est morte de rire, elle court d’un bout à l’autre de la scène en poussant des petits cris de joie.
Toutes mes propositions ne rencontrent pas le même enthousiasme. Parfois, une personne en a assez, elle soupire, quitte la scène et va s’asseoir. On la rappelle ou on lui accorde un petit break. Elle reviendra ensuite si quelque chose l’attire dans ce qu’on est en train de faire. Ça me fait penser à une remarque du metteur en scène italien Castellucci. Il disait qu’il demandait à un enfant de regarder une répétition de son spectacle et qu’à partir de son observation, il retravaillait les moments où son jeune spectateur avait décroché.
En fait, avec ces ateliers, pour avoir une participation, il faut qu’il y ait du concret, une certaine forme d’exubérance, quelque chose qui change par rapport à l’habitude. « C’est rigolo », me dit Laura* quand elle voit son éducateur lui aussi faire l’acteur et s’emparer d’un monologue. Parfois, c’est assez expérimental, on ne sait pas si la consigne est comprise, et puis surprise, quelque chose arrive, une remarque qui tombe à pic, un geste étonnant ou un moment de théâtre qui pointe. Comme ce jour où Matthieu* est sorti des coulisses, il s’est avancé, le visage complètement transfiguré, lumineux, complètement porté par l’effort et l’énergie peu commune qu’il avait déployés pour faire l’exercice. On a tous été cueillis.
Quand il se passe quelque chose de cet ordre, c’est comme une vague qui submerge, c’est très puissant et question authenticité et humanité, on est à dix coudées au-dessus d’un bon acteur. Bizarrement, ce constat inquiète ou fait peur à quelques professionnels de la profession, tel ce comédien de théâtre bankable et vieillissant qui me tutoyait quand on parlait de sa pièce et qui s’est remis prudemment au « vous » quand j’ai abordé le sujet.
Bref, en ce moment, on a commencé à travailler sur un spectacle, une pièce autour de Moby Dick. Chacun a un rôle à sa mesure. C’est bien d’entrer dans un univers ensemble, je veille à ce que chaque personnalité trouve sa place comme dans n’importe quelle création de théâtre.
Juliette Baron
A voir : les soirées du Chapiteau des Turbulent, 222 rue de Courcelles, dans le XVIIe arrondissement de Paris, organisées avec des artistes de tous horizons et des personnes en situation de handicap ; un concert du groupe Percujam qui mêle musiciens éducateurs et autistes et qui s’est produit dernièrement au Café de la Danse ; les pièces de Olivier Tchang Tchong avec les acteurs traumatisés crâniens du CAJ de l’Adapt à Paris.
*Les prénoms ont été changés.
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Réactions des internautes
Samedi 24 Janvier 2009, 12:43
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Alors y a personne qui a quelque chose à dire.Dès qu0on parle d'Obama ou Palestine il y a 50 minim coms
là rien
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Samedi 24 Janvier 2009, 18:09
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← Re:
Je pense que ce sont des personnes très intelligentes !Répondre -
Samedi 24 Janvier 2009, 21:10
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← Re:
Ben c'est peut être du au fait que le sujet fait l'unanimité et ne prête pas à polémique. Cette initiative est excellente et il n'y a pas grand chose à dire de plus que Bravo et continuez.Le sujet de l'article est intéressant et je souhaiterai en lire plus souvent d'autres de la sorte. Enfin du positif et du constructif. Quelque chose pour changer le regard sur des malades qui habituellement n'attire ni l'attention, ni le soutien. Il faut dire qu'ils ne se plaignent pas trop, ne brûlent pas de voitures pour passer à la TV alors évidemment.....
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Samedi 24 Janvier 2009, 22:40
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===> Juliette Baron"...c'est comme une vague qui submerge, c'est très puissant et question authenticité et humanité"... écrivez-vous.
C'est l'impression que me donne votre article. Un seul geste et l'étincelle jaillit : le rapport humain s'établit entre deux êtres qui, auparavant, ne savaient comment communiquer entre eux. Et lorsque l'étincelle jaillit, le visage du gosse autiste devient "lumineux et transfiguré". Parce que "le rire est le propre de l'humain".
Sinon, en face d'un handicapé, un humain bien portant "normal" peut se sentir impuissant ou même coupable de sa normalité. D'où peut-être, dans votre article, l'inquiétude du comédien qui cesse de tutoyer et, donc, "rentre en lui-même" - comme un autiste qui ne sort pas de lui-même...
On cherche à ce que les autistes deviennent normaux en nous imitant. Résultat : la peur fait que nous nous mettons à les imiter. Un peu comme l'éducation d'un enfant à qui on apprend à imiter les adultes. De quelle façon? En leur apprenant le vocabulaire. Comment? On leur désigne une boite en disant : "Regarde la boi-boite". Et c'est le papa qui alors retombe en enfance...
Cette méthode d'apprentissage par l'enfantillage, nous disons qu'elle consiste à singer parce que on se livre à des "singeries"...
Ce qui est insultant pour les singes.
Mais tellement gratifiant pour l'espèce supérieure que nous constituons - comme en témoignent tous les "Monuments aux Morts" des guerres mondiales. Que nous mettons sur le compte de la.. Bestialité.
Laquelle, cela va de soi, est le propre des... bêtes féroces...
Briardounet
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Dimanche 25 Janvier 2009, 14:23
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← Re:
CELUI QUI EN PARLE LE MOINS EN MANGE LE PLUS !
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Lundi 26 Janvier 2009, 10:25
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Mon père était kiné dans un IME puis dans un centre pour enfants polyhandicapés; je n'ai pas grandi avec des autistes mais en fréquentant des jeunes handicapés physiques et mentaux, dont des trisomiques 21.En ce moment une pub déchaîne quelques foudres, parce qu'elle met en scène Benoît Duquesne, acteur trisomique 21. Or même s'il sont handicapés, ils sont parfaitement capables de travailler, d'aimer. Et certains voudraient les éliminer dès détection dans le ventre de leur mère de leur maladie?
Pour en revenir aux autistes, toutes les thérapies sont bonnes à prendre. Qu'il s'agisse de théâtre, de contact avec des dauphins ou autre.
Malheureusement pour les autistes, à leur handicap mental se rajoute bien souvent la maladie mentale (crises d'angoisse, peur des autres etc).
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