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« A force de travail, je sais que j'y arriverai »

Mercredi 25/02/2009 | Posté par Nassira El Moaddem |

TÊTES DE TURCS (2/3). Mère d'un fils de 3 ans, divorcée, Dilek a trouvé de l'embauche dans une imprimerie. Son leitmotiv : être indépendante.

Dans l'une des ruelles perpendiculaires à la rue du Faubourg-Saint-Denis, j'entre dans une petite imprimerie pour y rencontrer Dilek. Cette jeune femme de 26 ans fait partie de la communauté alévie*. C'est son père, travailleur immigré depuis 1984 en France, qui la fera venir avec sa mère en 1991. Divorcée depuis peu, maman d'un enfant de 3 ans atteint d'une maladie grave, Dilek ne veut pas s'apitoyer sur son sort et fait du courage et du travail deux vertus inconditionnelles de la réussite.

« C'est vrai que c'est très dur pour une femme, divorcée qui plus est. Et j'ai vécu beaucoup de choses difficiles. Mais je suis une femme battante. Après mon divorce, je me suis rendue compte que mon ex-mari m'avait laissé quelques dettes. Mais finalement, tout cela m'a donné de la force pour avancer. Aujourd'hui, c'est moi qui paye le loyer de mes parents, leur facture, en plus de tous mes frais. » Les cheveux coupés courts, habile dans son bleu de travail tâché de cambouis, Dilek s'affaire à faire tourner sa machine.

Elle me raconte comment elle s'est retrouvée dans cet atelier : « Je n'ai pas fait d'études. Je n'ai qu'un CAP pressing. Je suis une pure autodidacte. Avec mon ex-mari, j'avais monté un restaurant de gastronomie turque, mais j'ai dû le vendre pour faire face à mes dettes. Ensuite, j'ai été responsable d'une société de téléphonie mobile, mais j'en avais marre d'être derrière un bureau, je m'ennuyais. J'avais besoin de bouger, de travailler manuellement. Cela fait trois semaines que je travaille ici et je me sens bien. »

Qu'est ce que cela lui fait de travailler dans un univers d'hommes ? « Il faut se battre et se protéger en permanence, faire attention à ce que l'on dit. Mais j'ai la chance d'avoir un patron ouvert d'esprit. » Je l'écoute parler avec ses collègues, tous d'origine turque. Dilek jongle en permanence entre les mots turcs et français, à un rythme impressionnant. Dilek est très attachée à sa culture d'origine : « Je me considère avant tout comme une turque alévie. J'ai besoin de ma culture d'origine, de mes racines pour aller de l’avant. Avec mon fils par exemple, je ne parle que turc. Il apprendra le français à l'école. Je veux qu'il garde lui aussi sa langue et sa culture d'origine, c'est important pour moi. »

Pour Dilek, décidément, il n’y a que le travail qui compte : « Tout s'apprend dans la vie. A force de travail, je sais que j'y arriverai. J’ai confiance en moi et surtout je n'aime pas être dépendante de quelqu'un. La semaine, je travaille dans l'imprimerie et le week-end, je travaille comme photographe. Ça me permet d'être indépendante et de subvenir aux besoins de ma famille. Incha'allah, je sais que j'y arriverai. »

Nassira el Moaddem

*Alévisme : branche de l'islam turc issu du chiisme.

Précédent article de notre série : Les Turcs existent, nous les avons rencontrés

Nassira El Moaddem -

Réactions des internautes

candidou
Mercredi 25 Février 2009, 18:30
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"Je l'écoute parler avec ses collègues, tous d'origine turque."
Mais qui sont tous ces gens, sont-ils déclarés, paient-ils charges et impôts et  pourquoi et comment sont-ils en France alors que nous avons plus de deux millions de chômeurs (90000 de + en janvier)? 
Tout racisme et xénophobie mis à part, avouez que c'est difficile à comprendre! 

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farid
Mercredi 25 Février 2009, 19:30
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Re:
avec ce message, on mesure l'étendu du racisme en France. les clichés sortent à toute vitesse : travail non déclaré, communautarisme, association d'idée (taux de chômage=présence d'étrangers) et tout ça sous couvert de "racisme et xénophobie mis à part", la belle affaire !

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nono
Mercredi 25 Février 2009, 19:40
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Re:
 C'est pourtant original d'approcher cette communauté, et le témoignage de cette jeune femme courageuse n'est pas banal non plus. Dommage de n'y voir toujours que les clichés et la rancœur dans la plupart des commentaires.

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marck
Mercredi 25 Février 2009, 19:57
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Re:
c'est étrange, je reviens du salon de l'agriculture. dans tous les stands, j'ai entendu parler des langues locales. à travers mes conversations avec les uns et les autres, j'ai compris à quel point l'identité était importante pour chacun. ce que je lis dans ce témoignage, c'est exactement cela. une femme libre, fière d'elle et de ses origines, intelligente et décidée à sortir la tête de l'eau. belle leçon !  

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candidou
Mercredi 25 Février 2009, 20:41
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Re:
Mais bien sûr, c'est le mauvais esprit français qui est en cause car c'est bien connu sans cela tous les problèmes seraient résolus, d'ailleurs il n'y aurait pas de problème.
Je vous prie de m'excuser si je dérange en étant dans mon pays, si je me pose des questions. Heureusement que vous êtes là, Farid,  pour me faire la morale, me ramener dans le droit chemin.
Au fait, je risque quoi si je ne pense pas comme vous?
Quant à cette brave dame, qu'elle réussisse, qu'elle soit heureuse et surtout qu'elle ne témoigne aucune reconnaissance à la France qui n'aura fait que l'exploiter.

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liveman
Mercredi 25 Février 2009, 20:53
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Re:
Combien de francais ont ils emigré ailleur? non c'est normal alors pas besoin d'en parler...
Sans racisme aucun, il y a beaucoup de pedophiles francais au maroc... Des traffiquants de canabicoles qui se font prendre et crient au loup de l'injustice.

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walida
Mercredi 25 Février 2009, 21:24
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Re:
t'es hors sujet liveman ! 
tu n'as rien compris...

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verygoodisgood
Mercredi 25 Février 2009, 21:03
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cette dame a l'air d'un courage et d'une volonté admirable .

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Romuald
Mercredi 25 Février 2009, 23:46
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Dilek jongle en permanence entre les mots turcs et français, à un rythme impressionnant.
Une chose que j'entends régulièrement chez celles et ceux ayant 2 cultures, c'est qu'ils sont capables de parler 2 langues au cours d'une même conversation; j'avoue que ça m'épate et j'aimerais bien comprendre comment cela est-il possible, et pourquoi cela se produit-il? Je remarque souvent ce jonglage chez les femmes plus que chez les hommes d'ailleurs.

C'est comme pour les bambins dont les parents ont 2 nationalités différentes, je suis toujours étonné qu'ils sachent distinguer les 2 langues.
Hier dans le RER y avait 2 ados franco-anglais, parfaitement bilingues; ils faisaient fonctionner leur cerveau durant le trajet jusqu'à Roissy. Leur père leur donnait une lettre de l'alphabet, et ils devaient donner un max de mot qui commençaient par cette lettre. Et les 2 ados le faisaient en anglais et en français, tout naturellement.. Trop fort!


Dilek est très attachée à sa culture d'origine : « Je me considère avant tout comme une turque alévie. J'ai besoin de ma culture d'origine, de mes racines pour aller de l’avant. Avec mon fils par exemple, je ne parle que turc. Il apprendra le français à l'école. Je veux qu'il garde lui aussi sa langue et sa culture d'origine, c'est important pour moi. »
A un moment, elle devra forçément lui parler en français, lorsque justement il ira à l'école; sinon, comment faire pour l'aider pour ses devoirs?..
Qu'elle ait choisi pour elle de ne parler turc que chez elle, ma foi, c'est sa vie privée; elle est bilingue et son identité turque ne semble avoir posé aucun problème au niveau de son intégration.
Mais pour le petit..
C'est drôle, parce qu'habituellement, ce sont les petits d'immigrés qui apprennent le français à leurs parents; là, c'est la mère qui veut apprendre le turc à son fils. Ca change.

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TomBombadilom
Samedi 28 Février 2009, 19:15
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atelier d'imprimerie et Solvant
Bonjour

Si Dilek lit l'article, je ne peux que lui dire ceci, Dilek méfiez-vous des solvants utilisés dans ce métier, attention au toluène, et surtout au "déglaceur" qui sont des solvants qui à la longue peuvent avoir des effets néfastes sur votre santé. atteinte hépatique, comparable à ceux du à l'alcool, cancer...

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Rmatt
Lundi 2 Mars 2009, 13:48
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L'alévisme
C'est un peu faire court que de dire que l'alévisme est une branche de l'islam issue du chiisme !

C'est vrai qu'ils reconnaisent Ali comme les chiites, mais sinon il n'y a pas grand-chose en commun !

Les alévis (environ 25% de la population turque) ont toute une panoplie de texte (re)définissant leur religion écrits aux alentours du 13ème siècle et qui présentent la particularité d'être d'une modernité incroyable. L'égalité hommes-femmes y est affirmée et la science y est proclamée supérieure à la religion, entre autres... Les alévis ne vont pas à la mosquée (pour les alévis, Dieu est en chacun d'eux), les cérémonies religieuses sont mixtes...

Des recherches scientifiques ont été entreprises pour voir si l'alévisme était bien une branche de l'islam, comme il est souvent décrit, malgré les très grandes différences entre sunnites et chiites, et de l'autre côté alévis.
Plusieurs travaux, dont un conduit sous la direction du Parlement allemand ont démontré que l'alévisme était une religion indépendante, antérieure à l'islam, qui se serait inspirée depuis des millénaires des différentes religions auxquelles elle a été confrontée. On trouve ainsi des traces d'hindouisme, de bouddhisme, même de taoisme dans l'alévisme. L'islam a été la dernière religion à influencer l'alévisme et en est en conséquence le plus proche.

Au sein de la communauté alévie, les avis sont partagés à peu près À égalité sur cette question.

Il est intéressant de noter que l'alévisme est répandu aussi bien chez les Turques que chez Kurdes que chez les Zazas, sans distinction ethnique.

Cordialement,
Matthieu

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