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L’Europe à reculons
Lundi 27/04/2009 | Posté par Sandrine Roginsky |
On y est presque, et toujours cette impression qu'il ne se passe rien. La campagne des élections européennes peine à se mettre en ordre de marche.
On en viendrait même à remercier Madame Dati qui, de manière involontaire certes, a finalement permis de personnifier la teneur du débat général sur l’Europe à quelques semaines des élections : une attitude désinvolte et un manque cruel de réflexions et de connaissances sur le sujet. Et pourtant. Pourtant, le 7 juin prochain, on vote pour une des institutions politiques les plus importantes pour chacun de nous, si ce n’est la plus importante, puisque la grande majorité des lois nationales en découlent directement. On vote, ou plutôt on ne vote pas, puisqu’à en croire le dernier Eurobaromètre publié par la Commission européenne, l’abstention pourrait atteindre 66% dans l’ensemble des 27 pays de l'Union et serait encore plus élevée chez les jeunes.
Notre cas n’est donc pas isolé, et chez nos voisins aussi, l’intérêt pour les élections européennes n’est pas là. D’autant que dans huit pays, d’autres élections sont organisées en même temps qui mobilisent davantage l’attention. Une étude conduite par la commission des Affaires institutionnelles du Parlement européen montre également que la manière d’organiser les élections (décidée par chacun des Etats) a un impact direct sur la participation : en Grèce par exemple, les listes des candidats peuvent être présentées deux semaines avant la date des élections, ce qui rend la campagne électorale quasiment impossible.
La similitude entre nous ne se limite pas au désintérêt électoral partagé : les thèmes prioritaires semblent être les mêmes d’un pays à l’autre. C’est vrai que les crises (économique, sociale, environnementale…) ne s’arrêtent pas aux frontières de Schengen. Comme quoi, on devrait être en mesure dans un tel contexte de faire émerger un véritable débat européen. Mais encore faut-il que les partis politiques y aspirent et proposent d’envoyer à Bruxelles des gens qui sont vraiment intéressés par les questions européennes, et non des personnalités politiques dont ils ne veulent plus sur la scène nationale. Encore faut-il également que les médias s’intéressent davantage aux sujets de fond, et pas seulement aux arrangements politiciens qui déterminent, dans certains partis, le choix des candidats. A force d’instrumentaliser l’Europe ainsi, de parts et d’autres, forcément, ça ne donne pas envie de voter pour elle.
Les élections européennes n’ont pas à être ennuyeuses et réservées à quelques europhiles ou euroseptiques convaincus. Le Bondy Blog, à sa manière, est un produit homologué européen – même si les Suisses qui en sont les initiateurs ne font pas (encore ?) partie de l’Union européenne. L’Europe est en banlieue, que ce soit par ses citoyens qui y habitent, ses politiques publiques, ses multiples financements… Sans elle notre arsenal législatif de lutte contre les discriminations serait certainement toujours inexistant. Sans même parler de la législation touchant à la protection de l’environnement, et par-là même notre santé et qualité de vie. Immigration, discriminations, environnement, économie, commerce, c’est bien au niveau de l’Union européenne que ces sujets prennent forme. La plus grande élection trans-nationale de l’histoire qui concerne environ 375 millions d’électeurs vaut le coup qu’on s’y intéresse un peu.
Sandrine Roginsky
A partir du 22 juillet et courant août, le Bondy Blog publie un BEST OF ETE 2010, sélection d'articles parus durant le premier semestre. En espérant qu'ils vous divertiront, nous vous souhaitons, chers lecteurs, d'agréables moments estivaux. Merci de votre fidélité. 

