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La banlieue et le journaliste se marieront-ils un jour ?

Mardi 08/09/2009 | Posté par Faïza Zerouala |

La Cité nationale de l’histoire de l’immigration a accueilli samedi deux débats consacrés au traitement journalistique des quartiers populaires où résident des Français « issus de l’immigration », comme on dit encore et toujours. VIDEO EN +

Daniel Deloit, directeur général de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille (ESJ), se définit comme « un banlieusard élevé dans la périphérie d’une ville dans les corons miniers ». Il reconnaît volontiers que la question de la banlieue « nous occupe et nous a préoccupés ». Lucide, il est conscient du retard accusé par les écoles de journalisme dans l’apprentissage du traitement de la banlieue. Si les journalistes n’ont pas fait jusqu’alors « le travail en amont qui s’impose, il ne faut pas pour autant le faire vite et n’importe comment ». Et cite en exemple, la classe prépa diversité lancée sous l’égide de l’ESJ en partenariat avec le Bondy blog.

Nordine Nabili, journaliste et directeur de l’ESJ-Bondy, anime le débat et cède la parole à Nasser Kettane, patron de la radio Beur FM. Son constat est implacable. « Pas grand-chose n’a changé, on en est au même stade qu’il y a 30 ans. La banlieue est vécue comme une extraterritorialité, elle est traitée comme quelque chose d’étranger. Quand le journaliste part en banlieue c’est comme s’il allait au Rwanda ou en Pologne. »

Le directeur d’une des radios les plus écoutées par la diaspora maghrébine pointe « la passivité et la fainéantise du journaliste qui n’est pas toujours partant pour y aller. Il n’a pas le temps, il doit aller à l’essentiel, il est investi par sa rédaction sans connaissance des réalités. Souvent on y envoie une personne qui ne va pas rester, le stagiaire ou un spécialiste de l’économie. »

Nordine Nabili explique que s’il avait été galant il aurait cédé la parole en premier à Samira Djouadi, de la Fondation TF1. Sans langue de bois, elle reconnaît que « TF1 n’est pas la bienvenue en banlieue ». Originaire du célèbre 93, elle est prof de sport à La Courneuve quand elle se rend compte à quel point ses élèves ont une culture sportive développée mais inexploitée. Engagée à la régie publicitaire de TF1, elle met en place une fondation permettant à des aspirants journalistes de faire leurs gammes au sein des rédactions de TF1 tout en suivant une formation en alternance au Centre de formation des journalistes (CFJ), rue du Louvre à Paris.

Celle qui refuse l’étiquette de « Madame diversité », confie ne pas forcer les jeunes qui intègrent la fondation « à se spécialiser dans la banlieue ». Elle préfère insister sur le fait que ces journalistes pourront prêter main forte à leurs collègues en les faisant bénéficier de leurs réseaux et en leur enseignant les codes de la banlieue.

Sylvère-Henry Cissé, journaliste sportif à Canal +, partage le point de vue général. Et insiste sur le travail de fond que les journalistes doivent réaliser. Ils doivent se renseigner, solliciter quelqu’un qui s’y connaît, décrocher leur téléphone, naviguer sur Internet. Membre du club Averroès, Sylvère-Henry Cissé parle du Net comme d’un outil indispensable pour réhabiliter l’image de la banlieue. Il aimerait que des pages la présentant sous son angle positif soient alimentées pour faire contrepoids. Daniel Deloit reprend la parole et explique qu’il ne faudrait pas que la banlieue devienne une rubrique, au même titre que le sport, un élément d’étude à isoler et couper du reste de l’actualité.

Nasser Kettane enchaîne sur le thème de la stigmatisation et dénonce « la fantasmagorie de la fille en hidjab alors qu’une fille ne le met pas pareillement à Alger, en Afghanistan ou à La Courneuve ». Il n’hésite pas à mettre en cause certains reportages qui « tuent ». Nasser Kettane déplore le fait que la société considère qu’en banlieue il y’a « des voleurs, des violeurs, de l’islamisme, de la violence. Alors que c’est une communauté de vie, de partage ».

Samira Djouadi met en avant les rencontres qu’elle organise entre les vedettes de l’info de TF1 et la jeunesse de banlieue. Elle raconte que « dans les lycées, on s’en prend plein la tronche. J’emmène Harry (Roselmack) car il veut que ça change ». Motivée par sa mission, Samira Djouadi convainc les plus réticents comme Laurence Ferrari. Elle confie que Jean-Pierre Pernaut avant d’aller à Bobigny « était en panique dans la voiture ». Elle lui a rétorqué qu’elle ne l’emmenait pas « dans la jungle ». De retour, conquis, il a simplement demandé : « On y retourne quand ? » Elle espère que de retour au bureau, les journalistes tirent partie de cette rencontre.

La deuxième partie du débat réunit Edouard Zambeaux, journaliste sur France Inter, Erwan Ruty fondateur de l’agence de presse Ressources Urbaines et Mohamed Hamidi du Bondy Blog. Frédéric Boisset, journaliste pour la télévision, annoncé, ne viendra pas. Edouard Zambeaux ouvre la discussion et raconte qu’il a fait le choix de traiter des questions de banlieue. Il regrette qu’une grande radio comme France Inter n’ait jamais crée un poste dévolu à cette question. Et déplore que les journalistes se saisissent du sujet banlieue comme d’un fait divers. Le journaliste, plaide Zambeaux, doit se départir de ses idées reçues et le jeune arrêter de jouer au jeune de banlieue. Pour Erwan Ruty, l’essentiel est de ne pas prêcher des convaincus et de peser « sur les décideurs qui ont un déficit de connaissances ».

Pour Mohammed Hamidi, la solution est simple : « Il faut infiltrer les rédactions. Cela prend du temps, et ne doit pas être fait n’importe comment. Il faut prendre des gens qui ont du talent et non pas faire de la discrimination positive. » Il poursuit en faisant le parallèle avec le milieu politique. « Si c’est pour faire du Rachida Dati, ce n’est pas la peine. »

Edouard Zambeaux dénonce l’injonction implicite de faire du « positif » sur la banlieue : « On s’enthousiasme pour la moindre association de quartier, pour le moindre slammeur bidon. » Il faudrait seulement banaliser et normaliser la banlieue. Et éviter, ajoute le reporter de France Inter, de basculer du « banlieue is dangereux à banlieue is merveilleux », pour se rattraper.

Faïza Zerouala

Vidéo : Aladine Zaiane

Faïza Zerouala -

Réactions des internautes

aplanos
Mardi 8 Septembre 2009, 13:21
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De quelle banlieue parlent ils donc?

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swazi
Mardi 8 Septembre 2009, 16:51
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Re:
Bien des explorateurs connus ont pénétré l'Afrique   sans traitement préalable de l"Afrique . Et maintenant  pour aborder la banlieue ,il faudrait un traitement préalable ,un "coach " sans doute .
Qui préparera ZeMMOUR por un voyage banlieusard et lui éviter un caillasage ?

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france de zidane
Mardi 8 Septembre 2009, 13:39
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Le net est ouvert, que font les gens des banlieues pour l'investir ?
Article bien intéressant.
La vidéo est l'est aussi et même doublement puisqu'on reconnaît le son de Kerry James.

Mohammed Hamidi a dit des truc pertinent.

La fondation TF1 faut pas se leurrer c'est du flan pour redorer l'image de TF1. C'est uniquement une opération marketing. La banlieue est toujours stygmatisé par TF1 rien à changé.

Membre du club Averroès, Sylvère-Henry Cissé parle du Net comme d’un outil indispensable pour réhabiliter l’image de la banlieue. Il aimerait que des pages la présentant sous son angle positif soient alimentées pour faire contrepoids


De ce côté là, j'ai constaté que peu de gens des quartiers se sont investis dans le web et ses outils sociaux.
Le bondy blog vient d'une initiative extérieure à la banlieue. Je crois que LIbé a aussi lancé un blog qui parle de la banlieue. Mis à part ces blogs collectifs venant de l'extérieur. On peut dire que les gens des quartiers sont rares dans la blogosphère à part des jeunes qui vont frimer sur skyblog.

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lie
Mercredi 9 Septembre 2009, 19:17
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Re: Le net est ouvert, que font les gens des banlieues pour l'investir ?
FDZ,
Ils l'investissent le net, t'inquiète, je te mets un petit florilège de divers sites ou blougs pour quand tu repasseras à l'occasion : zyva.fr/blogs/
  www.des-espoirs-de-sous-france.com/   www.kerzazi.info/
vudesquartiers.journalisme.com/  kairashopping.canalplus.fr/index.php  www.enattendantdemain.com/mac.php
See ya,

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Romuald
Mercredi 9 Septembre 2009, 19:58
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Re: Le net est ouvert, que font les gens des banlieues pour l'investir ?

Sur le site/blog Zyva, la dernière mise à jour date de mai 2006; pour enattendantdemain.com, à part un clip daté de mars 2009, les derniers écrits remontent à février 2007.

Pour des-espoirs-de-France, c'est 2008.
Pour kerzazi j'ai dû couper le son à cause du rap qui m'écorche les oreilles, mais les diapo sont sympas.

Je connaissais kairashopping.

Enfin, Vudesquartiers est plutôt sympa, même s'il souffre sûrement d'un manque de fréquentation évident (le site a l'air d'être tenu à jour, mais les commentaires des habitants de banlieue, pourtant sollicités, ne sont pas au RDV..).



Je ne pense pas que ce soit un problème lié à la fameuse fracture numérique, parce que les blogs de "caillera" eux sont légions (les blogs d'ados style "93 représente" je ne sais trop quoi et sur lesquels j'ai appris le terme "wesh cousin"), sans oublier les mises en ligne sur Youtube & co de vidéos d'actes débiles...

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france de zidane
Jeudi 17 Septembre 2009, 09:53
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Re: Le net est ouvert, que font les gens des banlieues pour l'investir ?
Merci Lie pour les liens des divers sites.

N'empêche qu'il y a quand même une certaine fracture numérique et c'est dommage.

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aplanos
Mardi 8 Septembre 2009, 13:46
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Il s'agit de la banlieue ou des quartiers???

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Romuald
Mardi 8 Septembre 2009, 13:50
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Edouard Zambeaux dénonce l’injonction implicite de faire du « positif » sur la banlieue : « On s’enthousiasme pour la moindre association de quartier, pour le moindre slammeur bidon. » Il faudrait seulement banaliser et normaliser la banlieue. Et éviter, ajoute le reporter de France Inter, de basculer du « banlieue is dangereux à banlieue is merveilleux », pour se rattraper.
Qui ça, "on"?
Il y avait eu sur le BBlog un article sur les Talents des Cités, j'y avais déjà exprimé ma perplexité quant à ce genre d'initiatives, qui permettent aux politiciens (de tous bords) de faire semblant de s'intéresser aux banlieues à peu de frais.
On distribue ici une breloque, là un diplôme, ça coûte pas un rond et ça flatte les égos.
Mais, ça doit être quand même la honte d'être cité en exemple juste parce que de couleur et/ou issu d'une cité moisie..

C'est un peu comme si on disait "ouah, même les Noirs/Maghrébins peuvent réussir, bravoooo !!" ce qui est franchement infantilisant et rabaissant.
Comme si un Noir ou un Maghrébin ne pouvait réussir...


Or, en les persuadant qu'ils ne le peuvent que grâce à des coups de pouce, à la discrimination positive ou au clientélisme, certains politiciens/assoc contribuent à entretenir cette image négative que ces jeunes ont d'eux-mêmes. Et ça n'aide guère à lutter contre le fatalisme et la victimisation.


Dans les banlieues c'est forçément plus difficile quand on n'a aucun réseau professionnel autre que du travail au noir (pardon je cours me flageller, je voulais écrire "travail illégal"; je vais être accusé de racisme anti-Noirs), c'est forçément plus difficile lorsque les parents sont soit au chômage soit triment jour et parfois nuit.
Mais je ne crois pas à la fatalité.


Après, il existe uns véritable incohérence à propos de tout ce qui est diversité.
Quand y a pas de colorés au JT, en politique ou dans les hautes sphères de l'administration, ce serait la preuve implacable que la France est un pays raciste.
Quand le gouvernement/le chef de l'Etat place ici et là des colorés, ceux-ci sont des traîtres et ça hurle à la démagogie.
Faut savoir...

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lie
Mardi 8 Septembre 2009, 14:53
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Re: Infiltrés
Pas mal ce post, d'accord avec l'ensemble des intervenants, Zambeaux, Moha Hamidi.
Normalisation ? Effectivement Romuald, la distributions des pris spécial Bougnouls n'est peut-être pas le meilleur moyen de normaliser, ça part d'un bon sentiment mais c'est un marquage de plus, même si il est positif. Après, comme on part du vide il faut souhaiter que se soit juste une transition, une étape avant que les choses ne se fassent naturellement .

"Quand y a pas de colorés au JT, en politique ou dans les hautes sphères de l'administration, ce serait la preuve implacable que la France est un pays raciste."
Tout de suite les gros mots ;-( Pas raciste non, juste un peu en retard entre la réalité de la rue et ceux que l'on voit dans les "hautes sphères" 

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aplanos
Mardi 8 Septembre 2009, 14:07
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A Saint Denis et la Courneuve, il n'y a ni plus ni moins de problèmes qu'ailleurs, sauf dans des endroits bien ciblés.

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