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Ma journée sous les drapeaux : fierté et tristesse

Mercredi 11/11/2009 | Posté par Kahina Mekdem |

Kahina a participé jeudi dernier à la Journée d’appel de préparation à la défense. Ce jour-là, elle s’est sentie française, pleinement et simplement. Mais elle a éprouvé de la colère aussi. Voici pourquoi.

Jeudi 5 novembre, 9 heures du matin, base militaire de la marine de Dugny, dans le 93. Ma Journée d’appel de préparation à la défense, commence. Sept petits degrés au thermomètre. Djillali, un jeune homme de 18 ans en classe préparatoire scientifique, m’accompagne. Un soldat en uniforme bleu marine nous accueille à l'entrée de la base, quelques hommes à peine vêtus nous dépassent en courant jusqu'à une salle de sport. Ce sont des militaires qui font leur footing matinal.

Apres avoir présenté sa convocation ainsi qu'une pièce d'identité, chacun s'installe à une place numérotée. Un questionnaire à remplir : situation familiale et scolaire, dernier diplôme obtenu, etc. Quelques brochures à lire, dont une réservée aux filles, intitulée : « 18ans, Respect les filles ». Le questionnaire rempli, un film nous est projeté, son titre : « Une 2ème chance pour un métier. » Hamdi, 23 ans, ouvre le bal des témoignages, suivi par Ibrahim, Gregory, Caroline, Brian, Elodie et d'autres encore. Selon ces jeunes gens, le programme « Une 2ème chance pour un métier », les a changés.

Le lieutenant Stéphane Gaudion nous explique ce que sont ces centre « 2ème chance » : « Il s'agit d'accueillir en internat pendant au moins six mois des jeunes – entre 16 et 22 ans et demi – en difficulté et de les faire encadrer par d'anciens militaires, des enseignants, des éducateurs. » Les jeunes y suivent des cours destinés à les remettre à niveau en français, maths, informatique, de façon à obtenir un certificat de formation générale.

Une fois la projection terminée, chacun se présente : beaucoup sont étudiants ou lycéens, d’autre sont déjà dans la vie active. Le lieutenant Gaudion précise qu'il est réserviste, à la différence du sous-officier Philippe, d’active, qui nous a rejoints. La réserve est constituée de civils capables, après une formation, de remplir des fonctions militaires pour renforcer les forces armées. Le lieutenant Stéphane est ainsi professeur d'espagnol au lycée Eugène Delacroix de Drancy. Le sous-officier Philippe, militaire mécanicien de carrière, compte une trentaine d'années au sein de la marine.

Après une présentation des rouages de l'armée, la matinée se poursuit avec un débat intéressant rassemblant plusieurs thèmes : l'Europe, l'identité nationale, la défense de la France au quotidien et les tâches de l'armée. Stéphane Gaudion, quotidiennement au contact des élèves, anime ce débat en laissant les uns et les autres s’exprimer. L’accent est mis sur la culture générale, on se croirait à « Question pour un champion » avec le lieutenant Stéphane Gaudion dans le rôle de Julien Lepers. C'est au moment des « tests de français » que l'on se sent parfois revenus à l’école primaire, tant certaines lacunes sont patentes.

L'heure du repas a sonné. Nous nous dirigeons vers le réfectoire où un self est proposé. Au menu : salade, flageolets, boudin de port ou lapin, et yaourt au fruit. Les jeunes de confession musulmane et observant le rite halal – une bonne trentaine sur les 51 participant à la Journée – se contenteront d’un repas sans viande – le lapin n’étant pas halal. Autant dire que le repas n'a point rassasié la gente présente. Séparés de nous, quelques militaires en uniformes déjeunent, l'ambiance parmi eux est à la rigolade et à l'humour potache.

Au programme de l’après-midi, des exercices donnés par des membres de la Croix-Rouge. Mannequins, tapis au sol, nous apprenons les gestes des premiers secours. Très instructif. A 17 heures et de manière officielle, chacun est appelé et se voit remettre deux documents : un certificat individuel de participation à la JAPD et une attestation d'initiation aux alertes et aux premiers secours. La JAPD est terminée. Nous nous dirigeons vers la sortie de la base. « C'était bien, retiendra Djillali de l'aventure, sauf le repas ! »

Durant cette journée à Dugny et en ces temps de « grand débat » sur l'identité nationale, je me suis sentie française, simplement. Au sein de cette structure militaire où l'on pouvait à plusieurs reprises apercevoir le drapeau bleu-blanc-rouge, si l'on m'avait dit, lève-toi et bats-toi pour la France, je me serais levée. C'est dans ces moments qu’on touche au cœur du débat ouvert par Eric Besson. Mais vous, Monsieur le ministre de l'immigration, si la France entrait en guerre, vous battriez-vous ?

L'unique moment où j'aurais pu ne pas me sentir chez moi, c'est au moment du repas. Il était marquant, ce repas. Quand on vous propose de manger du boudin de porc ou du lapin non halal, alors que l’on sait pertinemment qu’une grande partie des jeunes inscrits à cette JPAD est d’origine arabo-berbère, et que dans la salle, les militaires vous regardent avec l’air de dire « ah ! c'est les bougnoules » – comme je l’ai ressenti –, là, vraiment, l'Algérie, qui est aussi mon pays, me manque.

Pourquoi est-ce mon pays, aussi, l’Algérie ? Après tout, c'est bien la France qui m'a vu naître. Pour une raison très simple : depuis mon enfance, c'est avec la langue du « pays » que mes parents parlent, entre eux surtout, et cette langue, il m’est impossible d’en faire abstraction. Si on y réfléchit, sans les mouvements migratoires, la probabilité pour que je sois à l'heure actuelle une bergère élevant des moutons au fin fond des montagnes de Kabylie, avec trois enfants à charge et le 4e en route, n’est pas négligeable. Merci papi-mami, on vous a exploités, mais grâce à vos sacrifices, maintenant j'écris au Bondy Blog.

Kahina Mekdem

Kahina Mekdem -

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