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Essayez l’identité régionale, avec Marius le Poitevin
Mardi 17/11/2009 | Posté par Adrien Chauvin |
A la fois taiseux et grande gueule, ce retraité de la banlieue parisienne. Son pays, c’est son coin de pays, où il n’a pas que de bons souvenirs. Conte identitaire.
Marius a perdu de sa superbe, son nez tombe de plus en plus sur ses charentaises abîmées par des pieds devenus trop paresseux pour se lever. Il a drôlement vieilli, c’est dingue ce que le corps peut perdre en l’espace de dix ans. A l’époque où je l’ai connu, huit ans auparavant, il se tenait encore droit comme un régiment, un port altier qui du haut de ses 70 ans, toisait mes dernières traces d’acné.
La première fois où Marius a daigné répondre à un de mes « bonjour », c’était un peu plus de trois semaines après mon arrivée en région parisienne. Je venais d’emménager dans un pavillon, pur produit des années 1970, moche mais spacieux, dans un quartier résidentiel qui fleurait bon le petit propriétaire, celui qui a bossé toute sa vie, sans connaître ni le luxe ni la disette.
J’ai rapidement appris qu’ici la socialisation passait en sortant ses poubelles, en taillant rosiers et herbes folles, mais jamais je n’ai vu Marius s’occuper de son devant. Pour remédier à ce qu’il appelait « des trucs de Parisiens », il avait mis du gros gravier au travers duquel rien ne poussait, et réservait sa binette au derrière du pavillon, dans son grand jardin tiré au cordeau.
Parce que Marius, toutes « ces conneries », ça l’emmerdait : les voitures, les merdes de chien sur les trottoirs, le bruit, le pain qui tient pas une journée, la laideur ambiante et l’imbécillité de ses voisins. Sauf que moi, Marius, il m’avait à la bonne. Et pour cause, la première fois où j’ai osé piétiner son paillasson, je venais lui demander une perceuse pour fixer cette fichue tringle et puis je suis reparti avec un kilo de tomate et des oignons maison. Pour lui c’était normal de s’aider, pas entre voisins, non, mais entre « Poitevins » comme il disait.
Marius avait en fait noté l’immatriculation de ma voiture, le 86, la Vienne. Lui, avait quitté les Deux-Sèvres dans les années 1960. Cadet d’une famille d’agriculteurs, à la mort des parents, la ferme est « revenue au frangin le plus vieux, un incapable mais bon, c’était comme ça, fallait pas discuter ». Et puis il a dû « gagner sa croûte », alors un cousin téméraire qui « était déjà monté à la capitale » lui a proposé un boulot de manœuvre dans le bâtiment. C’était l’époque où on pouvait changer de turbin du jour au lendemain, suffisait de connaître quelqu’un.
Marius est plutôt du genre taiseux. Quand il faut parler de choses futiles, Sylvaine, sa femme, est toujours là. « Elle aime bien causer elle et puis, dit-il, elle s’informe, lit les journaux, regarde les infos, écoute la radio, bref elle vit avec son temps ». Alors qu'avec Marius on discute fromage de chèvre, farci poitevin, Coteau du Layon, tourteau fromager, des chaïs, des métives et autres lumas, autant de mots que sa femme ne comprend toujours pas, normal, « elle c’est une vraie Parisienne, elle est normande ».
Marius a ses théories bien à lui sur l’origine des gens. Il s’en amuse : pour lui le vrai Parisien est « aussi rare qu’un chevreuil dans le Ve arrondissement ». Ils disent tous « qu’ils sont parisiens, mais c’est faux, c’est des bâtards de Normands, Bretons ou de bougnats, je te mets au défi de trouver un vrai Parisien sur deux générations ». Lui, il était venu dans l’idée d’un retour « au pays », puis finalement « la bonne femme et les gamins ont jamais voulu », alors maintenant, il vit dans la nostalgie de quelques photos de classe, de la cousine qui appelle tous les 15 jours pour prendre des nouvelles.
Une fois par an il retourne là-bas, en octobre, quand il est sûr de ne pas voir tous « ces cons chez lui ». « Je les vois déjà à belle année, c’est pas pour me les coltiner en vacances avec leur marmaille » sur les barques du marais poitevin ou en train de dévaliser les bois de leurs premiers champignons.
Quand Marius parle des Deux-Sèvres il dit encore chez lui, alors qu’il n’y a plus rien ou presque, à part des souvenirs et pas forcément que des bons, mais « mieux vaut là-bas qu’ici ». Il s’est d’ailleurs acheté une concession dans le cimetière du village, Sylviane, elle, ne sait pas si elle le rejoindra. Mais il « s’en fout, une fois au boulevard des allongés, il veut être au calme et pas près du périf et puis Sylviane elle aura qu’à retourner sous ses pommiers ou à Pantin. »
Le mal du pays, comme il dit. Récemment, il a changé sa voiture et sur la nouvelle plaque d’immatriculation, on lui a demandé ce qu’il voulait mettre, alors il est heureux et fier maintenant avec son 79. Ça le fait rire. « L’autre jour, y’en a un qui klaxonnait en gueulant et qui me dit rentres chez toi pauv’plouc, alors moi je lui ai demandé c’est où chez moi ?, et bah, il le savait pas, peut-être que le 79, il le voyait à côté des Yvelines. »
Comme dans la chanson de Brassens, Marius est cet « imbécile heureux d’être né quelque part ». Il la connaît cette chanson ; même s’il la trouve un peu exagérée, il l’aime bien, et il aime Brassens par-dessus tout. Sûrement parce que c’est le premier à avoir chanté sur les « tondues », et ça Marius, il connaît, lui ce « fils de Boche » comme ils disaient tout dans le village. Sa mère est morte en haïssant tout le monde et « ces soit disant résistants de la dernière minute », ces « tondeurs de chiens » comme dans la chanson.
Alors en ce moment, Marius, il rigole bien avec « l’identité nationale », lui le Poitevin, « fils de Boche ».
Adrien Chauvin
Cet article est une fiction. Marius n'existe pas tout à fait.
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Réactions des internautes
Mardi 17 Novembre 2009, 13:29
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Ah, ben v'là que les garçons s'y mettent! Vexés probablement que les filles remportent toutes les palmes! C'est le côté positif de l'émulation!On le voit bien le Marius en plus!
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Mardi 17 Novembre 2009, 21:28
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← Re: « Viol collectif » dans la cage d’escalier
Les commentaires étant fermés pour l'article « Viol collectif » dans la cage d’escalier (vous avez la censure facile sur le BB !--
Où sont les familles? Où sont les pères?
J'entends déjà des mères débordées prendre la défense de leur fils ambitieux "chance pour la chance".
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Mardi 17 Novembre 2009, 13:51
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Felicitations
Bravo AdrienJusqu'au bout j'ai cru à l'existence de Marius , il me rappel certains anciens de ma famille.
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Mardi 17 Novembre 2009, 14:18
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← Re: Marius and co
C'est bien cette petite nouvelle Adrien, très bon personnage le taiseux grande gueule.Pourquoi pas une série qui aurait pour thème " les contes identitaires" comme tu l'écris dans le sous titre ?
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Mardi 17 Novembre 2009, 14:16
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JE dois admettre que c'est criant de vérité...Comme d'aucun pourrait croire que l'on dit les choses tout haut quand la majorité le pense tout bas...
Bien que le personnage soit aigri, j'aime bien le contraste avec sa bonhommie.
Très bon texte en tout cas, j'ai eu beaucoup de plaisir à le lire et à le faire lire... C'est allé à tel point que certianes personne de mon entourage se sont identifié à Marius... Ce qui entre nous m'a beaucoup amusé...
Bonne continuation.
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Mardi 17 Novembre 2009, 14:40
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← Re:
Aucune surprise en Fait . Nous savons tous que le Français ,ça n'existe pas . C'est une fiction ,une fiction .ça n'existe pas .Et Sarko le sait mieux que quiconque .Répondre -
Mardi 17 Novembre 2009, 16:01
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L'Alexandre l'a la plette bien tendue, une groude de marache avec ! Mé o le un failli diseur, chiele rigourdene me fait zire. D'avour un belou latinerae ja do oberlin !
I sé ja là pour pigner, ni aetre venouère. Mé chiele dire ae to les agissences blamaés aux étrangers et ya tot une guerroué a applaudir ici chielaé vesounerai si le meme ogu été dis su do étrangers ! Chiele dire ae oune sermont, non "un conte" ja, pour expliquae prsoune ae été françae en vret.
A tche fet !
P.S. : Si mes textes en parlange sont plus court que ceux en Français (je n'ai pas la même maitrise des deux langues), ils sont surement aussi long à lire.
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Mardi 17 Novembre 2009, 16:30
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← Re: Bondy Blog at its best..
Superbe.Merci, Adrien.
Briardounet
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Mardi 17 Novembre 2009, 21:24
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← Re:
Très très bien, merci !Répondre -
Mardi 17 Novembre 2009, 17:41
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Bien vu
et bien écrit ! Foi de bâtard !Répondre -