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Tadjer a voulu voir Paris, et il a vu le monde
Lundi 23/11/2009 | Posté par mehdi_et_badroudine |
Akli. Banlieue. Flipper (le jeu). Evasion. Chroniqueur. Nuits. Cloclo. Johnny. Voyage. Algérie. Ecrivain. Roman. « Western ».
Il est fils d’immigrés algériens. Et c’est sans doute la seule chose qu’il ait de commun avec tous les « fils d’immigrés algériens ». Sa démarche, les mains dans les poches, entre chien et loup, ne ressemble à aucune autre silhouette. Sa vie, qu’il raconte par bribes, n’est pas banale. Son point de vue sur le monde est intrigant. Cet homme est unique : il est écrivain. Il est le genre de père qui, quand la gamine s’angoisse pour une rédaction, la fait à sa place. Pour un « devoir aussi chiant que la pluie », il avait eu six sur vingt. La maîtresse avait jugé le « dialogue plat ». Et pourtant…
Une tasse de café git sur la table. Le bar est tamisé et un gars aux cheveux gris fait la cour à une minette brunette, à la table d’à côté. « Quand tu apparais avec ton charme et ta beauté… », que le gars, ce crouton, dit à la fille. Ils pourraient être des personnages d’un roman de Tadjer, ceux-là. Déjà parce qu’il a tendance à appeler les gens « croutons » et puis, parce que ses personnages sont « des gens humains ». Comme eux, ces deux amoureux.
La vie de Tadjer est un roman, dont la première page serait : « Akli Tadjer est né à Paris, en 1954. » A la deuxième, on lirait : « Et il est né dix-sept ans plus tard, près de Paris. » On n’y comprendrait rien, juste qu’il a eu deux naissances. C’est un peu ça. Il a 17 ans et « veut se barrer de chez ses parents, de cette banlieue ». « On traînait au bistrot, on draguait les nanas. Je me suis dit que je n’allais pas passer ma vie à taper le flipper. Je voulais passer le périph. » Le fameux rêve d’évasion, indispensable rêve aux carrières prédestinées. Il sera coursier et avait « promis de ne plus revenir par ici ».
L’école n’est qu’un mauvais souvenir : « Je l’ai quittée au début de ma seconde, je savais pas, c’était pas fait pour moi. En tant que coursier, j’étais assez indépendant. » Pour trois sous, il prend parfois un billet pour Amsterdam, et revient. « Je le disais à mon père, mais il savait pas où c’était, il pensait que c’était à trois cents mètres, Amsterdam. »
Paris, capitale fantasmée. Il y trotte, y marche, l’adore. L’embrasse. Y habite quand il peut, un jour ou deux : « J’essayais d’avoir des amoureuses qui vivaient à Paris, mais bon… » Et c’est autour d’une table en plastoc, pendant une pause déjeuner, quand les autres allaient se bourrer la poire à glouglouter du vin rouge qu’il parle avec le rédacteur en chef de HIT Magazine, un hebdo people des années 70. « Tu vas pas être coursier toute ta vie », lui lance le rédac chef. Celui-ci inscrit Akli Tadjer à l’école de journalisme de la Rue du Louvre, au centre de Paris. Akli Tadjer en sort victorieux, dans les premiers.
La tête plongée, très vite, dans la gloire et la célébrité. On lui propose un poste à Libé, préfère rester à HIT Magazine. Il côtoie Johnny, Dave et Cloclo, sort avec l’une de ses minettes. Une Claudette. « Claude François parlait arabe et me demandait pourquoi moi, je le parlais pas. Je suis kabyle, je lui répondais. Il comprenait. Quand il me demandait mon avis sur un nouveau titre, je lui disais que j’adorais, il jubilait. C’est beaucoup simple de dire qu’on aime, parce que si je dis la vérité, que j’aime pas, je devrai étayer. »
Il rentre, parfois, retrouver ses potes qui sont restés scotcher au flipper du coin. Il leur raconte ses rencontres, ses amours. Eux n’y croient pas. « C’est vrai que quand je leur ai dit que j’avais vu John Lennon au Crillon, ils n’y croyaient pas. » Il leur montre alors une photo et son papier, pour argumenter. Les potes sont époustouflés.
Sa vie est un roman. A la troisième page, on apprendrait qu’« Akli Tadjer est né en 1984, entre Alger et Paris ». Akli l’écrivain émerge. Deuxième fois seulement qu’il va en Algérie, seul. D’habitude, il est celui qui porte les cabas, les sacs bourrés de bananes et fromages. Mais là, il voyage seul. Lui et sa voiture. « Je me suis fait chier », avoue-t-il, sourire en coin. A son retour, il fait le point. Se souvient. « C’est là où l’idée d’écrire un roman sur le bateau Tassili m’est venue. » Un monde, un univers où se croisent « des Arabes non identifiés ». Une drôle de planète au milieu des courants, loin des frontières. On en fait une adaptation pour la téloche. « Je voulais pas faire une adaptation pour le cinéma parce que je pensais à ma mère qui ne mettait pas les pieds au ciné et toutes ces mères qui n’y vont jamais. »
Il ne lâchera plus la plume. Suspendu au-dessus des brouillons. Des ratures. Il écrit des scénarios, « une quinzaine après mon premier roman avant d’écrire le second ». Pond des chansons. D’où son amour pour les rimes et les phrases mélodieuses. « Pour moi, un roman réussi, c’est un livre où l’on tourne les pages sans voir passer le temps. » Un peu comme les siens… Ses parents voient ses romans, les touchent et les admirent. En sont fiers. « Illettrés, ils n’ont jamais pu lire mes bouquins. » Le fils d’analphabètes est devenu écrivain. Bien plus que l’avenir que les profs lui avaient prédit : pour eux, il ne serait rien. Ou alors plombier.
Octobre 2009. Akli Tadjer sort son dernier roman, « Western ». L'histoire d'un gamin abandonné par sa mère, récupéré par sa tante, une ancienne Claudette. Puis confié, le temps d'une tournée, à Omar Boulawane, un voisin journaliste. Le gosse s'attachera à Boulawane et celui-ci l’emmènera en vadrouille avec ses potes, à la recherche des parents. Le tout saupoudré par la folie de Kader, un boxeur qui veut tuer Ben Laden. Un livre qu’on lâche parce qu’il faut bien dormir et qu’on reprend au réveil. Ou qu’on lit dans la journée, d’une traite, avec passion.
Cette passion qu’avait éprouvée Akli en dévorant « Voyage au bout de la nuit », le chef-d’œuvre de Céline. Il l’avait trouvé aux puces du Kremlin-Bicêtre. Son père avait fouillé les fonds de ses poche, lui avait donné trois pièces et il l’avait acheté. Akli découvrait la littérature. La magie et l’envoutement immédiat des mots. Là, il revient de là-bas. D’Alger et de son Salon du Livre. Il y a présenté « Western » et ses autres livres. Il s’étonne du nombre de « Ben Laden » qui se promenaient dans les rayons.
Sa vie est un roman. La dernière page serait une phrase d’Akli parlant de lui-même, l’écrivain : « Je m‘imagine pas être autre chose dans la vie. » Sinon, on peut aussi décider que la dernière page restera blanche. Pour que le lecteur y écrive la fin, la plus belle à ses yeux…
Meklat Mehdi et Badroudine Said Abdallah
Akli Tadjer, « Western », Flammarion, 288 pages. Prix : 19 euros.
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Réactions des internautes
Lundi 23 Novembre 2009, 13:08
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Ac culturé
Pas mal le parcours, encore un acculturé comme dirait les grosses têtes du BB. Je ne connaissais pas Tadjer, merci les gars pour cette présentation, Western est sur ma liste. J'ai cru au départ qu'il s'agissait de Hafed Benotman, que je vous conseil de lire également.Répondre -
Lundi 23 Novembre 2009, 17:24
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← Re: Ac culturé
En quoi ce romancier fait-il preuve de double culture . C'est un romancier français , francophone , nourri de Céline et là , au pif , je dirais amateur de Mac Orlan , et de road-movies ;Répondre -
Lundi 23 Novembre 2009, 18:19
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← Re: Ac culturé
Parce que tous les autres ne sont pas français ?Répondre -
Lundi 23 Novembre 2009, 18:25
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← Re: Ac culturé
Désolée , Lie , mais je ne comprends pas votre question ; De quels autres parlez-vous ?Répondre -
Lundi 23 Novembre 2009, 18:30
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← Re: Ac culturé
Des autres français ayant une double culture.Répondre -
Lundi 23 Novembre 2009, 19:05
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← Re: Ac culturé
Lie , ce que j'ai dit est qu'il ne suffit pas d'avoir des parents d'une nationalité (dans l'exemple d'ici algérienne) et de vivre dans un autre pays (ici la France ) pour avoir une double culture . La culture s'acquiert essentiellement à l'école : les parents vous transmettront leur langue et leur gastronomie et éventuellement vous encourageont à lire , à faire de la musique ou autres , mais l'école va vous transmettre une langue , des oeuvres littéraires et artistiques , qu'elle va vous amener à analyser , l'Histoire des hommes qui mettra plus l'accent sur ceci ou cela ,elle va enseigner le sport dans telle ou telle optique .D'ailleurs , dans les écoles qui recrutent des traducteurs et des interprètes , on ne demande pas aux candidats quelle est leur langue maternelle mais quelle est leur langue d'études et c'est vers celle-ci qu'ils vont travailler , quelle que soit la langue parlée à la maison , qui reste souvent au niveau conversationnel. Et cela , non seulement parce qu'ils ont un bien meilleur niveau dans cette langue-là mais qu'ils en ont véritablement la culture sans quoi la maîtrise d'une langue n'est pas possible .Donc , pour en revenir à ce romancier et à votre premier commentaire , cet homme a une culture française et uniquement française , quand bien même ses parents parleraient l'arabe à la maison . Et en toute logique , il écrit ses romans en français , sa langue d'étude . Même chose pour les autres blogueurs . ils sont de culture française point .
Rares sont ceux qui ont une double culture : cela veut dire qu'ils parlent deux langues , connaissent bien les Histoires des deux pays, les deux littératures , leur mythologie , etc ...et cet état de choses est difficile à maintenir ; Il faut un métier qui s'y prête , des occasions de voyager , des loisirs , et un véritable goût pour ça . Mais on vit très bien avec une seule culture parce que celle-ci n'est pas un lien ou un bâillon . Celui qui aime lire dans sa langue s'intéressera aux littératures étrangères même par le truchement de la traduction , idem pour la musique ou les Beaux-Arts . Cette histoire de double culture est un poncif et une fausse vérité arithmétique.
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Lundi 23 Novembre 2009, 19:49
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← Re: Ac culturé
@saint bernard
La grosse difficulté à la lecture du BB et des ses commentateurs, c'est de savoir ce qu'est la Culture, malheureusement pour beaucoup je crois qu'il ne s'agit que de ce que d'autres appellent la tradition, que celle ci soit religieuse régionale ou familiale. Ce qui est loin de faire une culture. On doit pouvoir dire que cet homme est de culture occidentale et de tradition Kabyle.
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Lundi 23 Novembre 2009, 20:14
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← Re: Ac culturé
D'accord avec vous , Ricard .Répondre -
Mardi 24 Novembre 2009, 10:09
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← Re: "A moi, Saint-Bernard, deux mots..."
===> Saint-Bernard,Ce que vous écrivez sur la culture est juste et sensé.
Cependant, peut-on dire, dans le cas de cet écrivain, que "la culture s'acquiert essentiellement à l'école", alors qu'il a quitté le lycée au début de la seconde?
En seconde, j'ai eu un excellent prof de français : il s'appelait Lagarde (le copain de Michard), et j'ai appris de jolies choses sur notre littérature. Mais c'est en quatrième que j'ai "fait"Le Cid, et quand je l'ai "refait" en hypokhâgne, je me suis aperçu que je ne savais pas grand'chose sinon : "Rodrigue, as-tu du coeur?"
Je me suis rattrapé par la suite puisque Pierre Corneille m'a fait l'honneur de m'inviter à enseigner dans le lycée qui porte son nom à Rouen.
Cordialement,
Briardounet
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Mardi 24 Novembre 2009, 11:11
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← Re:
Je pense , Briardounet ,qu'on peut parler de langue d'étude et de culture acquise à l'école , même si on a quitté celle-ci tôt . On en a de nombreux exemples , et il n'y a pas si longtemps , on sortait du système scolaire avec ( ou sans ) le certificat d'études , cela n'a pas empêché (et je cite comme cela me vient à l'esprit et de manière très hétéroclite ) les Frédéric Dard , Jean Genêt , Alain Souchon qui a râté son bac , et autres . Ensuite la vie va nourrir tout ça et le goût du verbe et de la palabre enrichir la vie .Ce que vous dites de la relecture des classsiques étudiés très (ou trop ) tôt n'en reste pas moins vrai .Il y a diverses strates dans l'acquisition d'une culture et toute une vie pour le faire . Je suis bien d'accord .
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Mardi 24 Novembre 2009, 12:33
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← Re: Pédé? Prison?
===> Saint-BernardLa culture de Jean Genêt, que vous citez, est intéressante.
Homosexualité + prison, ça forme son homme dans la République.
Et il a eu le droit à l'hommage de J.P. Sartre et autres Zabrégés de l'Université.
Peut-être qu'avant l'invasion islamo-barbare - et "Les Bonnes"au Théâtre national de l'Odéon- nous nous souvenions du deuxième terme de notre devise...
...Egalité
Mais z'où sont les Jean-Louis Barrault d'antan?
Briardounet
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Mardi 24 Novembre 2009, 13:02
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← Re: Pédé? Prison?...pas toujours
===>Saint-Bernard (Additif)Tandis qu'André Gide, avec sa jeunesse à l' Ecole Alsacienne (Paris VIe arrondissement), sa culture protestante -donc, réellement Judéo-chrétienne, lui, il n'avait aucun préjugé vis-à-vis des Envahisseurs Zarabes, dont il aimait fort le corps. En Algérie française.
Est-ce la raison pour laquelle les Scandinaves lui ont accordé le Prix Nobel en 1947?
A une époque où le racisme était encore mal vu?
Même en France. Rendue muette par ses années pétainistes.
Cordialement,
Briardounet
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Mardi 24 Novembre 2009, 13:30
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← Re: Pédé? Prison?...pas toujours
André Gide allait les apprécier sur place , Briardounet , dans leur cadre naturel , comme Mitterrand .Pour le prix Nobel , ma foi , je n'en comprends pas toujours les choix . Après tout , on a bien accordé le Prix Nobel de la Paix à Obama , alors qu'il a renforcé les troupes en Afghanistan.
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Mardi 24 Novembre 2009, 11:23
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← Culture
« La culture c’est comme la confiture, moins on en a plus on l’étale.» n'est-ce pas, Docteu'?
Pour les autres:
« La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié. » (Édouard Herriot)
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