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« Voilà : je suis alcoolique, dépressif, hyper émotif »

Vendredi 04/12/2009 | Posté par Stéphanie Varet |

Stéphanie s’est rendue à une réunion des Emotifs anonymes (EA). Leur programme, de style new age, s'inspire de celui des Alcooliques anonymes.

C'est dans une grande et froide bâtisse située dans les beaux quartiers de Paris que la réunion a lieu. Le couloir est truffé d'affiches de cours de qi jong, théâtre, prise de parole en public. J'entre dans la pièce avec un peu d'appréhension et m'assois alors que deux femmes d'un certain âge placardent des phrases au mur. Je lis « est-ce si important ? », « agir aisément », « ne pas se compliquer les choses », « aujourd'hui est le premier jour du reste de ta vie »... Un à un les gens arrivent et se mêlent aux autres, muets.

« Je m'appelle Jeanne, émotive. – Bonjour Jeanne, répond le groupe en écho. – Je vais être la modératrice de cette réunion », ajoute Jeanne, qui précise que les Emotifs anonymes se sont inspirés des Alcooliques anonymes, qu’ils ne sont ni une secte, ni une religion. Elle explique que chacun peut parler en toute confiance, l'anonymat étant respecté et que la réunion est un espace de parole où les jugements, critiques, conseils ne sont pas permis. « Nous sommes ici pour évoquer et transcender nos difficultés émotives en nous entraidant. C'est une réunion pour parler de soi, l'emploi du "je" est obligatoire. »

Elle fait ensuite passer un cahier afin que les membres y lisent à haute voix les 12 règles des Emotifs Anonymes. Je sursaute intérieurement en entendant prononcer le mot « Dieu », ne prêtant plus attention au reste de la litanie. L'athée que je suis est mal à l'aise. Jeanne qu’il faut ici comprendre Dieux comme une force supérieure, que cela peut être la spiritualité et non un Dieu en particulier. Elle répète le principe premier de la réunion : « Prends ce que tu veux, laisse le reste. » Je me reconcentre.

Chacun est invité à exposer brièvement au groupe comment il se sent. La majorité se sent bien, d'autres sont incapables de décrire leur état émotionnel, d’autres encore sont confus. Après un moment de recueillement, Thomas prend la parole : « Bonjour, Thomas, émotif. » Le groupe lui répond en chœur : « Bonjour Thomas ». « Voilà, je suis alcoolique, dépressif, hyper émotif. J'inhibais jusqu'à présent ma souffrance par l'alcool mais j'ai arrêté de boire depuis 25 jours. J'ai aussi beaucoup diminué ma consommation de médicaments. » Le groupe lui rétorque d'une voix monocorde : « Merci, Thomas. »

Les langues courageuses se délient les unes après les autres dans le silence. « Bonjour, Jean-Pierre, malade émotif. – Bonjour Jean-Pierre. – Je ne saurai pas dire mon état émotionnel. Petit, j'étais un garçon nerveux. A 6 ans, le médecin m'a mis sous Gardenal, un médicament pour l'épilepsie mais moi, j'étais pas épileptique. J'étais nerveux car il y avait des abus dans ma famille, ma mère qui me tripotait dans mon bain... J'ai connu la psychiatrie institutionnelle avant d'atterrir ici. Les Emotifs anonymes auraient très bien pu être une secte. La première fois que je suis venu, je m'en foutais. »

Jean-Pierre, à l'allure bonhomme, dit qu'il a eu d'innombrables attaques de paniques et autres bouffées d'angoisses, qu'il a cru mourir plus d'une fois. Il s’en remémore une, précisément. Son unique souci était alors que les personnes présentes ne s'en rendent pas compte. Son long monologue est ponctué de sourires et rires étouffés de certains « EA ». Son ton n'y est pas pour rien, l’homme paraît en forme. « Voilà, sinon je me suis mis à courir. A 61 ans ! Au début je faisais 6 tours de mon quartier, maintenant, j'en fais 12... J'aime vraiment ces réunions car elles me donnent du bonheur même si après j'ai des bouffées d'angoisse. » « Merci Jean-Pierre ».

C’est au tour de Singara, une jeune nouvelle avec un léger accent québécois. « Bonjour, Singara, télépathe émotionnelle, c'est-à-dire que je ressens les émotions des autres. – Bonjour Singara. » Singara veut, comme tous les autres, changer, tourner le dos à son hyperémotivité, mieux appréhender sa réalité émotionnelle. Elle déplore ne pas savoir bien gérer les conflits. Elle avoue que petite, elle était très timide. « Je pleure pour un oui, pour un non. Il y a des personnes qui s’engueulent dans le métro et moi ça me fait pleurer fort. » « Merci Singara. »

Cette fois-ci, c’est à moi. Je parle pour ne pas trahir la confiance de ceux qui ont eu la hardiesse d'être là et qui expriment si ouvertement leurs fragilités. A l'instar de Singara, j'avoue que le conflit me fait très peur. Que la danse et la marche à pied me réussissent pas mal.

Jeanne demande s'il y a des messages à faire passer à l'auditoire. Des nouvelles des absents sont données. Jeanne conclut : « Les Emotifs anonymes se financent eux-mêmes par le don des participants aux réunions. Les nouveaux sont dispensés de la quête lors de leur première venue. »

La réunion touche à sa fin, nous nous levons, nous donnons la main et prononçons ensemble la prière des Alcooliques Anonymes : « Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d'accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d'en connaître la différence. » Je m'en vais discrètement, un peu sonnée par tout ce flot condensé de douleurs, mais persuadée que ces réunions peuvent aider ceux qui en ont besoin.

Stéphanie Varet

Stéphanie Varet -

Réactions des internautes

baroud
Vendredi 4 Décembre 2009, 09:45
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haro sur les "freud" à la petite semaine !
Les seules angoisses que je peux avoir par ces temps de pudibonderie collective sont déclenchées par les marchands du temple (toutes religions confondues) qui squattent nos vies de force.

Donc ce truc là, d'anonymes émotifs,  n'est pas du tout  conseillé pour mon stress atypique, cela me rassure car j'ai encore plus d'aversion pour toutes ces sectes qui surfent sans scrupules sur le malheur des crédules !

http://baroud.dzblog.com  

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chiquitte
Vendredi 4 Décembre 2009, 15:19
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Alternative aux medicaments
Ces réunions d'entraide aident les personnes à rompre avec l'isolement. elles font du bien et aident à changer son état d'esprit tout en donnant une vision différente de ses problèmes; Merci pour votre article Stéphanie.

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bondynoise
Vendredi 4 Décembre 2009, 15:33
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Il me semble qu'un commentaire de Long John a été censuré retiré? C'est vrai qu'il n'était pas flatteur pour Stéphanie.Il trouvait son article ennuyeux et pensait  qu'elle pouvait mieux faire avec le potentiel qu'elle avait.

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commandant_minos3
Vendredi 4 Décembre 2009, 15:35
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Re:
seules les critiques positives sont acceptés ?

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tof
Vendredi 4 Décembre 2009, 16:07
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Re:
C'est comme pour la discrimination ....

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zoebee
Vendredi 4 Décembre 2009, 16:29
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Re:
C'est bizarre. son article n'était ni diffamatoire, ni raciste, ni sexiste, n antisémite, ni xénophobe, ni même...méchant. Juste un peu...condescendant. ca de la modération! Et Sarkozy, on a le droit le dire?

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zoebee
Vendredi 4 Décembre 2009, 16:23
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Ben...
 Quand on va chez le psy, et qu'on lui dit que la note est salée, il vous répond qu'il comprend mais que vous en êtes le seul bénéficiaire (1000 euros par mois, oui, c'est un sacré cadeau que je me fais).
La motivation devrait donc avoir une correspondance financière exacte (qui profite au médecin avant toute chose). Je ne suis donc pas franchement récompensée de ma motivation.
La quête en fin de séance, c'est un bon début pour de telles justifications.
La gratuité n'est pas un gage d'honnêteté, et chacun possède son libre arbitre, monnayage ou non de la chose. Mais quand même, la quête pour quoi, quand on sait qu'il s'agit d'ouvrage collectif instantané, que le témoignage des uns est un évènement qui ne peut se produire que parce que celui des autres a lieu aussi et qu'il repose sur la rupture de la confidence solitaire en face à face? La quête pour le modérateur et ses brillantes idées? 
Les brillantes idées humanistes, ça ne se monnaye pas.

Des bisous à  ceux qui en veulent.
Z

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disastri
Mercredi 9 Décembre 2009, 00:31
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Se mesurer,
Article moyen encore de Stéphanie, mais très bon sujet. Je dis moyen par pour m'élever, mais simplement parce que:
- La journaliste a caché son identité à ses interlocuteurs, alors que cela aurait été nettement plus intéresant dqu'elle affronte à découvert le regard de "ses" hôtes et d'avoir des réactions "brutes"...
- La journaliste ne semble pas trop quelle fin donner à son article et sort par une pirouette très banale. Un peu comme un précedent article de vous que j'avais lu où vous étiez déjà dans l'incompréhension. Ne faîtes-vous donc que des choses qui ne vous permettent pas de prendre de la hauteur ou de trancher clairement sur des situations et d'en retirer une vraie spiritualité en quelque sorte?... (Et une vraie conclusion :))


Je ne suis pas d'accord avec tous les commentaires laissés ici. D'une part, être émotif, c'est une grande chance et un énorme pouvoir dans la vie si on sait l'apprivoiser. Alors, ce n'est pas une question de payer ou ne pas payer un psychologue ou une thérapie de groupe, et ce pour plusieurs raisons. 

La première, vous n'enrichissez pas une personne unique qui, de par sa seule existence et sa culture unique ne saura pas forcément vous répondre ou faire mieux que vous écouter n'ayant pas connaissance de cas pareils à vous. Vous participez à un groupe qui pourra vous donner autant et même plus que ce que vous donnez et pourrez en retirer des échos semblables à ce que vous vivez. Vous permettant ainsi de mieux comprendre et de profiter de l'expérience apportée par chaque participant.

De deux, si cette capacité émotionelle n'est pas maîtrisé, votre vie peut s'en trouver complètement gâchée très clairement. Ca parle d'ailleurs dans l'article d'alcool, de drogue, de médicaments. Tout le monde connaît quelqu'un plus ou moins passé par une de ces situations.
Seulement dans le cas d'un émotif ou hyper-sensible, il ne s'agit pas d'un malheur bénin, d'une quête de la spiritualité ou philosophique seule, que chacun va vivre mal avec ses cycles et anxieté, -certes que je ne voudrai pas renvoyer à quelque chose de banal mais en tous les cas de beaucoup plus ordinaire  que de faire de la télépathie émotionnelle. Il faut savoir que seulement (en même temps, c'est aussi beaucoup) 10% des gens en France auront fait une dépression dans leur vie. Pour les autres, ce n'est pas pour faire présomptueux, mais pour être franc, c'est au-delà de votre imagination par rapport à votre vie quotidienne et vos soucis que d'imaginer ce par quoi la conscience et l'esprit humain peuvent passer. Et de réaliser l'ensemble de vos capacités qui vous accompagnent au quotidien. Ces gens ont juste dépassés leurs limites que peut-être vous-mêmes croyaient avoir atteints. Cela ne signifie rien d'autre que pour s'en sortir, il faut en effet avoir un reflet social positif et éviter de rester seul. 

Désolé j'ai raccourci pour pas rentrer dans les détails. Mais pour exemple, le Jean-Pierre qui a ses bouffées d'angoisse après la réunion, c'est aussi et très certainement parce que personne ne lui  a appris à mesurer le dégré qu'il devait attacher au regard des autres et à son propre jugement vis à vis de lui. Du coup, ça parle facilement pendant la réunion et ensuite ça vient à s'autoanalyser regrettant ou doutant de la pertinence de certains propos. Le problème de ces personnes, c'est bien souvent de se voir uniquement à travers le regard des autres, et non plus par le sien. Mais comme je l'ai dit, ce sont des gens à potentiel énorme. On parle trop peu de ce qu'il y a au-delà des cinq sens communs, mais ces personnes ont des sensibilités que je qualifierais sincèrement de puissantes et de mystique...

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yohoho
Mercredi 9 Décembre 2009, 19:55
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Je fais partie des Alcooliques Anonymes
J'ai lu l'article de Stéphanie et il semble qu'elle retrace pas mal le fonctionnement d'une réunion.
A peu de choses près c'est le même fonctionnement chez les AA. 
Il faut remarquer une chose c'est que si les Emotifs anonymes ou les Narcotiques Anonymes suivent un programme similaire à celui des Alcooliques Anonymes c'est parce qu'ils ont conscience que ça marche !
Il y a plus de 2.000.000 d'Alcooliques anonymes dans plus de 100 pays et cela ne fait que croître !
Chez les AA on prend ce qui nous intéresse et on laisse le reste, comme dans une auberge espagnole; C'est cela qui m'a plu , une liberté absolue, pas de gourou, pas de fric derrière et pas de chef. D'ailleurs étant un peu anar je n'aurais pas supporté !
Il y a 28 ans maintenant, j'ai appelé au secours, deux AA sont venus me voir chez moi et ont raconté ce qui leur était arrivé . Ils ne m'ont pas dit ce que je devais faire, non, ils ont parlé de ce que eux avaient fait. 
Je me suis reconnu à peu près dans leur parcours et j'ai pris la perche tout de suite. Je n'ai pas rebu depuis.
Je dois à Alcooliques Anonymes une fière chandelle parce que , si j'avais continué, c'était la mort qui m'attendait, comme j'ai vu mourir plusieurs de mes camarades de route qui avaient rechuté .
La quête sert uniquement à payer les frais de chaque groupe ( le loyer, le café, la littérature); 
le modérateur ( qui n'est pas toujours le même ) n'est qu'un serviteur des AA et non pas un gourou. Il est tenu de céder sa place à un autre suivant un arrangement qui est décidé par le groupe.Il en est de même de tous ceux qui jouent un rôle ( trésorier, secrétaire,délégué auprès des instances régionales ou nationales), ils ne restent pas plus de deux à quatre ans à leur poste suivant un principe de rotation.
Il s'agit d'une véritable démocratie !
Actuellement, je continue à aller à mes réunions et je me tiens prêt éventuellement pour aider un Alcoolique qui cherche sa solution ! 

Voilà, j'espère que cette explication n'a pas été trop longue mais , voyez-vous, on raconte tellement d'histoires qu'il valait mieux que quelqu'un qui a vécu tout cela puisse ,éventuellement, vous éclairer.

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Ayme2010
Dimanche 28 Février 2010, 08:42
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Article intéressant.

             Je ne connaissais pas et je dois dire que cela est un bon complément car il est rare qu'une personne ayant des difficultés "sociétales" ne soit victime que d'une addiction.

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