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Violence à l’école : le coup de gueule d’une mère
Jeudi 04/02/2010 | Posté par Khadija Ichou |
Khadija, maman de deux enfants, l’un en primaire, l’autre au collège, demande aux politiques de faire de l’éducation une priorité absolue.
Souvenez-vous, il y a quelques semaines on ne parlait que de ça, la mort tragique du jeune Akim poignardé dans un lycée du Kremlin-Bicêtre et qui n’a pas survécu à ses blessures. Quelques jours plus tard c’était au tour d’une jeune femme également poignardée dans l’enceinte de l’université de Perpignan. Et mardi matin, un lycéen de 14 ans scolarisé au lycée polyvalent Adolphe-Chérioux de Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, était passé à tabac, poignardé à la cuisse, sans que mort s’ensuive. Stop !
En tant que maman je ne peux m’empêcher de penser aux parents de ces victimes, en particulier à ceux de cet adolescent qui a perdu la vie dans un lieu où nous envoyons nos enfants en principe en toute confiance pour étudier, s’épanouir, se forger un caractère… Je ne suis pas d’un naturel alarmiste, mais l’école primaire, le collège, le lycée et l’université sont devenus des lieux où la violence fait partie du quotidien, et je ne parle pas seulement de la banlieue, ce phénomène s’étend dans les endroits les plus « cotés ».
La violence tant physique que verbale est partout à l’intérieur comme à l’extérieur des établissements scolaires. Même s’il est certain qu’en banlieue la violence est plus présente, pour plein de raisons : moins de moyens, plus de concentration d’élèves en difficulté, classes surchargées… Dans les établissements les plus sélects, les jeunes ont aussi des problèmes familiaux, d’alcool, de drogue, qui engendrent la violence.
Chaque fois qu’il y a un drame de ce genre, on s’émeut et cela fait la une des médias, puis ces incidents dramatiques sont relégués aux oubliettes. Les parents sont impuissants et vivent avec angoisse chaque jour cette escalade de la violence. Pourquoi, depuis plusieurs années, ai-je le sentiment que cette violence fait désormais partie du quotidien de nos enfants ? La violence est banalisée et elle explose souvent pour des futilités, comme cela a été le cas pour le malheureux Akim.
C’est la société qui veut cela. Avec la propagation d’internet, des jeux, des films violents, nos enfants sont élevés dans ce contexte et bien qu’on essaie de les mettre à l’abri des dangers, ils passent 8 heures par jour à l’école où ils ne font pas qu’étudier. Des jeux dangereux sont pratiqués chaque jour dans les cours de récréation : jeu du foulard, jeu de la tomate, etc. Les parents d’élèves et le corps enseignant mobilisent les associations sur la prévention et la lutte contre la violence, mais un phénomène est bien là, solidement ancré. Les instituteurs et professeurs font ce qu’ils peuvent, ils se retrouvent souvent confrontés à des situations pour lesquelles ils n’ont pas été préparés, ce n’est pas leur rôle. Ils sont parfois eux-mêmes victimes et sont dépassés par ces débordements.
En tant que parent d’élève, je me mobilise depuis plusieurs années au sein de l’école afin que les élèves fassent plus d’activités, plus de sport pour de se défouler mais aussi pour apprendre les règles de la vie en commun. Plusieurs pays ont déjà adopté ce procédé qui donne semble-t-il de très bons résultats. Lorsqu’on discute avec les professeurs, ils nous rétorquent qu’il y a un programme à respecter. Certes, je le comprends bien mais le sport, la culture, la musique sont aussi un enrichissement et peuvent apporter à ces jeunes mal dans leur peau d’autres possibles, comme on dit. Tout le monde ne peut pas faire Sciences-Po ou HEC.
Comme maman, je m’inquiète car mes enfants devront bientôt entrer au collège pour l’un, le lycée pour l’autre. C’est peut-être une utopie, mais il y a des solutions. Il faut que les ministres de l’éducation qui se succèdent arrêtent de supprimer des postes dans l’enseignement, qu’ils leur allouent plus de moyens, notamment sur la prévention. Il n’est pas normal qu’il n’y ait une infirmière que quelques heures par semaine dans l’enceinte de l’école, qui doit jongler entre plusieurs établissements, qu’il n’y ait pas plus de psys, de RASED (Réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté).
On gaspille des millions, sinon des milliards d’euros pour des budgets qui ne sont pas plus prioritaires que l’enseignement. Le dernier grand scandale est quand même la somme considérable dépensée pour le vaccin contre la grippe H1N1, dont on ne sait que faire aujourd’hui. Quand nos politiques feront vraiment de l’éducation une priorité, et qu’ils arrêteront de nous bercer de bonnes paroles et de nouveaux projets qui souvent n’aboutissent pas, nos enfants iront alors étudier en toute sécurité. Je suis certaine que la majorité des parents partage mon point de vue. Il est grand temps qu’on prenne le taureau par les cornes car la violence à l’école ce n’est pas une fatalité.
Khadija Ichou

Une sixième saison commence pour le Bondy Blog. Elle s'accompagne de nouveautés que vous découvrirez courant septembre. Créé durant les émeutes de banlieues de 2005, le Bondy Blog aura cinq ans en novembre. A cette occasion, nous apporterons un regard que nous espérons original sur cet événement déclencheur et fondateur à plus d'un titre.
