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Le Maghreb des livres : la meilleure façon de s’aimer
Samedi 06/02/2010 | Posté par Faïza Zerouala |
A l’initiative de l’association Coup de soleil, la plus grande manifestation éditoriale maghrébine au nord de la Méditerranée se tient ce week-end à Paris, à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration. Pendant deux jours, vivez-la en « direct » avec le Bondy Blog.
Un soir de 1985, des amis, juifs, pieds-noirs, musulmans originaires du Maghreb, « une belle tchoutchouka » comme le souligne Georges Morin, assistent, impuissants, à la montée de la xénophobie. L'ancien instituteur né à Constantine préside l'association Coup de Soleil, créée dans la foulée de ce soir-là. Pour éradiquer « le cancer du racisme » – nous sommes dans les années d'ascension du Front national –, cette assemblée de copains décide de promouvoir la littérature maghrébine. Cela donnera très vite le Maghreb des livres.
Encouragé par l'écrivain algérien Rachid Mimouni aujourd'hui disparu, Georges Morin organise depuis seize ans cet évènement littéraire. A chaque édition et à tour de rôle, un pays du Maghreb central (Maroc, Algérie, Tunisie) est mis à l'honneur. Cette tradition a été instituée en 2001. Bertrand Delanoë, qui vient d’être élu maire de Paris, met à disposition les salons de l'Hôtel de ville pour accueillir la manifestation. Pour le remercier, sa Tunisie natale est intronisée pays d'honneur. En 2003, c'est l'Algérie, dans le prolongement de l'Année de l'Algérie en France. Le Maroc s'intercale naturellement entre les deux.
Cette année encore, l'accent est mis sur l'Algérie. Hasard du calendrier, on commémore le cinquantième anniversaire de la disparition d'Albert Camus, les quinze ans de la mort de Rachid Mimouni et les vingt du décès de Kateb Yacine.
Cent vingt-six auteurs sont conviés. En plus de la production française, 1100 livres édités au Maghreb seront proposés aux lecteurs. Des nouveautés parues de l'autre côté de la Méditerranée. Des parutions en arabe mais aussi en tamazight complètent l’offre de littérature maghrébine que les visiteurs pourront découvrir
Le Bondy Blog s'associe à cette manifestation. Samedi et dimanche, nous allons nous faufiler dans les moindres recoins de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration pour partager nos rencontres, des histoires. Nous serons aussi présents pour raconter les coulisses, saisir l'ambiance et faire vivre par nos mots ce grand évènement littéraire. Que vous soyez néophyte ou passionné de littérature, nous vous entraînerons dans notre voyage, à travers notre regard subjectif, au cœur des richesses de la littérature maghrébine. Le week-end sera rythmé par nos billets, saisis sur le vif.
L'évènement littéraire prend ses quartiers dans un lieu symbolique dont l’ambition est de souligner l'apport de l'immigration la France. La France et l'Algérie vivent des rapports passionnés. Une histoire d'amour et de désamour empreinte de cette « nostalgérie » décrite par les auteurs pieds-noirs. Cette histoire complexe est narrée en français. Un pli pris pendant la colonisation, que les auteurs contemporains n’ont pas défait. L'écrivain Kateb Yacine considérait la langue française comme une conquête à valoriser, un « butin de guerre ».
La tradition littéraire algérienne prend sa source dans la colonisation. Aux premières heures de l'Algérie française, l’Orient faisait rêver et nombreux sont ceux qui ont voulu retranscrire l’exotisme des femmes, l’atmosphère et la beauté du pays colonisé. Eugène Fromentin, Alphonse Daudet, les frères Goncourt, Gustave Flaubert et André Gide se sont essayés à l'orientalisme et ont retranscrit une vision idéalisée du pays conquis. Durant l'entre-deux guerres les auteurs algériens se saisissent à leur tour de la littérature et décrivent leur réalité.
La dimension testimoniale y est prégnante. Parfois élaborée, parfois naïve, cette littérature se veut le reflet d'un univers qui se caractérise d'abord par son étrangeté pour le lecteur européen. Etrangeté qui sera même le principal motif de la lecture de ce dernier. C'est pour découvrir une culture maghrébine qui leur est étrangère, mais par laquelle ils sont concernés dans le fonctionnement politique français, que les lecteurs s'intéressent à ses textes.
On a coutume de considérer que le premier texte littéraire maghrébin de langue française important est de peu antérieur aux débuts de la Guerre d'Algérie. Ce texte, « Le Fils du Pauvre » de Mouloud Feraoun paru en 1950, mais composé dès 1939, est une autobiographie au déguisement volontairement transparent d'un instituteur issu de la paysannerie kabyle pauvre.
Cette littérature se garde d’émettre des critiques trop virulentes à l’égard des colons, certains écrivains ayant des amis parmi les Pieds-Noirs. On songe ainsi à l’amitié profonde qui lie Emmanuel Roblès et Mouloud Feraoun, condisciples à l’Ecole normale. Il ne s’agit pas d’attiser les rancœurs mais de crever un abcès. Cette littérature agit comme un exutoire mais reste une littérature de compromis. Compromis entre le silence et la dénonciation violente des vexations subies en Algérie par les colonisés. Les paroles restent prudentes, il n’y a pas de revendications nationalistes claires.
Cette tradition de littérature de combat se poursuit après l'indépendance. Bon nombre d'écrivains contemporains comme Maïssa Bey, Yasmina Khadra, Leïla Sebbar, Assia Djébar se replongent dans ce « passé qui ne passe pas » et utilisent la période coloniale comme toile de fond à certains de leurs romans. Lorsque l'histoire de l'Algérie s'écrit en lettres de sang dans les années 90, les écrivains payent un lourd tribut à l'islamisme. Une décennie douloureuse qui traverse les romans de ces auteurs comme Boualem Sansal, Rachid Boudjedra ou Aziz Chouaki.
Les femmes aussi prennent la plume pour dénoncer les maux dont elles sont victimes. Les tabous religieux et sociaux sont dynamités dans ces ouvrages. Une littérature de combat qui ici prend tout son sens et son éclat.
Au-delà des incompréhensions, des non-dits, le Maghreb des livres offre une occasion de découvrir ou redécouvrir cette littérature foisonnante dont l'histoire reste intrinsèquement liée à celle de la France.
Faïza Zerouala
Photo : Tewfik Bendaoud
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Réactions des internautes
Samedi 6 Février 2010, 11:08
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Good job
merci Faïza, vous faites un bon boulôt d'écrire sur la production littéraire de cette culture qui est là, qui est aussi notre quotidien.Vous êtes bien une force vive de notre pays et vous oeuvrez et vous méritez une reconnaissance universelle pour le fait d'oser le faire.Répondre -
Samedi 6 Février 2010, 12:39
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← Re: Good job
"La meilleur façon de s'aimer" j'aime beaucoup ce titre Faïza et la culture y aide beaucoup.Je ne connaissais pas "le fils du pauvre" de Mouloud Feraoun, mais le Passé simple de Chraïbi qui a été une bombe à sa sortie en 54 peut faire partie également des premiers texte littéraire maghrébin de langue française.
"Au-delà des incompréhensions, des non-dits, le Maghreb des livres offre une occasion de découvrir ou redécouvrir cette littérature foisonnante dont l'histoire reste intrinsèquement liée à celle de la France."
C'est bien de le rappeler ici, à tous ceux qui ont des idées toutes faîtes sur leur culture et celle des autres.
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Samedi 6 Février 2010, 23:27
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← Re: Good job
"reconnaissance universelle" ??? Planétaire, non?Répondre -
Dimanche 7 Février 2010, 10:28
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← Re: Good job
Amélie,Personne n'a démontré l'inexistence des exo-planètes. On en trouve même de plus en plus et nul n'a démontré non plus la non apparition de toute forme de vie sur l'une au moins de ces exoplanètes.
Et s'il y a de la vie sur une exo planète, si cette vie ressemble à la notre, il faut que si d'autres créatures savent lire, qu'elles soient consciente de l'existence de ce maghreb des livres. La moindre des choses, si notre civilisation se veut avancée est qu'elle fasse profiter de son expérience les habitants potentiels de tout notre univers.
Il vaut mieux prendre le risque de se tromper que d'oublier quelqu'un sur ce coup là.
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Lundi 8 Février 2010, 07:19
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← Re: Good job
Bonjour,
Pour ma part, je pense que la vie s'est développée sur d'autres planètes.
Si par hasard, un jour, des Etres venus de l'une de ces planètes, venaient à nous visiter, quel beau tableau d'egocentrisme nous leur donnerions à voir.
Des religieux de toutes tendances qui s'affrontent pour affirmer leur supériorité sur l'autre afin de mieux dominer l'homme.
Des politiciens qui s'affrontent pour obtenir le pouvoir de dominer l'homme.
Une terre qui se meurt d'une économie destructrice et inhumaine.
Des Peuples qui meurent de faim en raison de cette même économie
Des guerres à n'en plus finir à cause du dieu Mamon et des idéologies fanatiques.
Quel spectacle lamentable en vérité.
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Lundi 8 Février 2010, 07:41
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← Re: Good job
Moi, je trouve que notre manière de forniquer est tout de même montrable.Répondre -
Dimanche 7 Février 2010, 11:55
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← Re: Good job
Des écrivains français et venus de la métropole ,dont les noms ont été cités , ont fait connaitre l'exotisme de l'Algérie coloniale ,ont fait réver ,ont fait aimer de loin ces terres et cette population .Curieusement ,aucun ne semble avoir découvert les 'horreurs " de la colonisation.Aucun n'a rendu compte .Etaient ils aveugles ,sourds ,indifférents . ? racistes sans le savoir ,
Aujourd'hui n'importe quel lycéen pourrait vous abreuver des horreurs ,des injustices ,des exactions subies par les indigènes et faire repentance et manifester contre le racisme de son grand père en Algérie ,aux Colonies .
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Dimanche 7 Février 2010, 12:08
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← Re: Good job
Ai je bien compris . il paraitrait que la littérature algérienne ,la littérature de combat ait plutot fermenté apres l'Indépendance . Mais avant ? quels sont les grands auteurs qu'il faudrait lire et qui sont oubliés .?Il faudrait rendre aussi hommage à tous les peintres français qui de leur palette ont exalté la magnificence ,le luxe ,la lascivité de l'Orient ;
Je suis heureux d'apprendre que le maghreh francophone LIT et écrit . 1200 titres exposés .!! Ailleurs il m'avait été dit que l'Espagne en une seule année éditait plus que tout le Moyen Orient en deux ou trois siècles . Bravo pour tous les francophones ,nos voisins du Maghreb
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Samedi 6 Février 2010, 14:17
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Benjamin Stora sera-t-il de la partie?http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/02/03/benjamin-stora-memoires-vives_1300575_3246.html
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Dimanche 7 Février 2010, 11:44
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← Re:
Benjamin Stora est devenue une vedette de la tv ,un spécialiste du Maghreb . J'ai la plus grande méfiance envers les spécialistes de plateaux de Tv . je les soupçonne de prendre des 'poses " . A la fin ,ils finissent par jouer un role .Finalement ,BS n'est pas un "pied noir ". Il a été "évacué " tres tot de l'Algérie .D'autres que lui pourraient passer pour ou devenir le spécialiste ou le témoin de la région ou des "événements " . mais ceux là ne sont pas invités.
Ce n'est qu'une opinion .
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Dimanche 7 Février 2010, 12:37
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← Re:
Stora est historien avant d'être homme de télévision.Les journalistes TV sont incultes et ne connaissent souvent que les penseurs les plus médiatiques qu'ils contribuent à médiatiser encore plus. A ma connaissance, personne en France n'a sollicité Necla Kelek sur l'islam en général et sur le voile intégral en particulier. A la place, on nous sert ce fumiste Tariq Ramadan jusqu'à plus soif et du Dounia Bouzar politiquement correct.
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Dimanche 7 Février 2010, 04:28
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Isabelle Eberhardt Une trés grande femme écrivain
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